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Golan syrien : Washington récidive

Lundi, 01 avril 2019

La décision de Donald Trump, le 25 mars, de reconnaître la souve­raineté d’Israël sur le plateau du Golan syrien confirme, s’il en était encore nécessaire, qu’il est le prési­dent américain le plus favo­rable aux intérêts de l’Etat juif dans l’histoire des Etats-Unis. Aucun locataire de la Maison Blanche n’avait osé, avant lui, de se montrer aussi biaisé en faveur de Tel-Aviv et contre les intérêts des pays arabes. Sa démarche, à l’instar de sa reconnaissance le 6 décembre 2017 de Jérusalem unifiée comme capitale d’Israël, n’a aucune valeur juridique et a été dénoncée et rejetée par le monde arabe et les principaux acteurs sur la scène internatio­nale: la Russie, la Chine et l’Union européenne. Son impact est principalement poli­tique.

Il est clair que la décision de Trump, compte tenu du moment choisi pour son annonce, vise à soutenir la réélection du pre­mier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, confron­té à une opposition grandis­sante lors des prochaines légis­latives prévues le 9 avril. C’est un cadeau politique offert à Netanyahu, un ami personnel de Trump et de son gendre Jared Kushner, pour augmenter ses chances face à son principal rival, Benny Gantz, au moment où pèsent sur lui des accusa­tions de corruption et d’abus de pouvoir. Netanyahu avait approché le président améri­cain au sujet du Golan l’année dernière, peu après que Trump eut annoncé qu’il déplacerait l’ambassade américaine en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem. Mais sa quête n’a vraiment commencé à gagner du terrain que lorsque John Bolton, un faucon archi-hostile à l’Iran, est arrivé à la Maison Blanche le printemps dernier, comme conseiller présidentiel à la sécurité nationale.

Golan syrien  : Washington récidive
(Photo:Reuters)

Avant l’annonce de la déci­sion de Trump, la perspective de reconnaître la souveraineté israélienne sur le Golan avait été largement approuvée par plusieurs législateurs améri­cains partisans d’Israël.

Les sénateurs républicains, Ted Cruz et Tom Cotton, ainsi que le représentant républicain Mike Gallagher, ont présenté, en février, un projet de loi en ce sens aux deux Chambres du Congrès. Au début de mars, l’influent sénateur républicain et président de la commission judiciaire au Sénat, Lindsey Graham, fervent partisan d’Is­raël, s’est rendu en Israël où il a visité le Golan en compagnie de Netanyahu, qui a plaidé à l’occasion pour le maintien du plateau sous contrôle israélien. Graham a exprimé son soutien et s’est engagé à insister auprès de Trump sur la question dès qu’il rentre aux Etats-Unis.

Outre le soutien électoral à Netanyahu, la décision de Trump vise à accroître ses propres chances de réélection à la présidentielle de novembre 2020, en ciblant l’électorat juif et celui des chrétiens évangé­liques, ardents défenseurs d’Is­raël. La majorité de ces der­niers avait voté pour lui à la présidentielle de 2016. L’Administration Trump a inté­gré en son sein plusieurs repré­sentants de cette communauté, dont le vice-président Mike Pence et le secrétaire d’Etat Mike Pompeo.

Les évangéliques, qui repré­sentent la majorité des protes­tants américains, sont des inconditionnels de l’Etat d’Is­raël. Ils sont parmi les premiers soutiens au sionisme, en tant qu’idéologie et mouvement politique, soutenant l’établisse­ment d’un Etat souverain pour le peuple juif en Terre sainte, avec Jérusalem unifiée comme capitale. Ils ne sont pas étran­gers à la décision de Trump en mai dernier de déplacer l’am­bassade américaine vers la Ville sainte. Ils soutiennent la colonisation israélienne de la totalité de la Palestine, car ils croient que la domination juive de la Terre sainte est une condi­tion préalable à l’accomplisse­ment des prophéties bibliques et au retour du Christ.

C’est pour cela qu’ils appor­tent des dons et diverses formes d’assistance à l’émigration de juifs américains en Israël et à l’acquisition de terres et de maisons palestiniennes. Ici, l’objectif de la décision de Trump de reconnaître la souve­raineté israélienne sur le Golan syrien est d’apparaître comme le meilleur ami de l’Etat hébreu et de dénigrer le parti démo­crate rival, qu’il ne cesse de dénoncer comme « anti-israé­lien » et « anti-juif ».

L’Administration Trump a justifié sa décision par sa volonté de défendre la sécurité de son allié israélien qui serait menacée par la présence mili­taire de l’Iran, et de son allié le Hezbollah libanais, en Syrie. C’est un moyen de montrer à ses alliés régionaux que les Etats-Unis restent un acteur majeur sur la scène du conflit en Syrie, malgré leur récente décision de retirer les troupes américaines du nord de ce pays.

Mais concrètement, la déci­sion de Trump apporte un sou­tien politique à Israël, qui occupe les deux tiers du pla­teau du Golan depuis la Guerre de juin 1967. Ces hauteurs ont été annexées par Tel-Aviv sous le gouvernement de Menahem Begin en 1981. Une décision qui n’a jamais été reconnue par aucun pays.

En réalité, le contrôle du Golan assure à Israël un avan­tage militaire et stratégique sur son voisin syrien, car il lui per­met de surveiller les mouve­ments de l’armée syrienne ainsi que la capitale Damas, distance d’à peine 60 km. Le plateau est également riche en terres fer­tiles, où quelque 20000 colons juifs se sont installés depuis 1967, et une précieuse source d’eau douce du lac Tibériade.

En reconnaissant et en légiti­mant l’annexion illégale du Golan par Israël, Washington crée un dangereux précédent. Par son acte, il invite et encou­rage virtuellement tous les Etats agresseurs à conserver les territoires qu’ils avaient illéga­lement occupés le plus long­temps possible, afin de créer un fait accompli et exiger ensuite la reconnaissance internatio­nale de cette « réalité ». L’attitude de Washington revient à battre en brèche la justice et le droit internatio­naux, à légitimer l’agression et à récompenser l’agresseur.

A commencer par Israël qui, outre le Golan, ne cache pas son désir d’annexer la totalité ou une partie de la Cisjordanie, également occupée depuis juin 1967.

La droite nationaliste et les partis religieux israéliens, qui forment la coalition gouverne­mentale, se sentent encouragés par la décision de Trump et seraient tentés d’intensifier leurs pressions en faveur de l’annexion de tout ou d’une partie de la Cisjordanie, en y incluant l’ensemble des colo­nies de peuplement juif. Maintenant que le président Trump a montré le chemin à emprunter, ce n’est qu’une question de temps avant qu’Is­raël, avec la bienveillance d’un Trump réélu en 2020, n’annexe formellement la vallée du Jourdain sous prétexte, comme c’était le cas avec le Golan, de protéger la sécurité de l’Etat juif. Mais ce sera aussi la fin de toute perspective de paix entre Palestiniens et Israéliens, et l’enterrement de la solution de deux Etats vivant côte à côte en paix.

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