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Egypte-France : Les raisons du réchauffement

Mercredi, 30 janvier 2019

Le président français Emmanuel Macron s’est rendu au Caire du 27 au 29 janvier, dans sa première visite en Egypte depuis le début de son mandat en mai 2017. Au cours de son entretien avec son homologue égyptien, Abdel-Fattah Al-Sissi, il a notamment discuté des moyens d’approfondissement et de diversification des rapports déjà resserrés entre les deux pays ainsi que des questions régionales d’intérêt commun, comme la lutte contre le terrorisme, la crise libyenne, le processus de paix au Proche-Orient et l’immigration clandestine vers l’Europe en Méditerranée orientale.

La visite de Macron vient couronner un réchauffement sans précédent des rapports bilatéraux dans tous les domaines, depuis l’arrivée de Sissi au pouvoir en juin 2014. Signe de cet emballement : l’organisation en 2019 de « l’année Egypte-France », où diverses manifestations culturelles et artistiques seront organisées alternativement dans les deux pays.

Les maisons d’Opéra du Caire et d’Alexandrie ont déjà accueilli en janvier les premières manifestations artistiques de cette année culturelle. Sur le plan militaire et stratégique, les deux pays ont signé de nombreux contrats d’achat d’armes françaises, notamment 24 chasseurs Rafale, deux bâtiments de projection et de commandement (porte-hélicoptères) de type Mistral, une frégate multimissions (FREMM), quatre corvettes Gowind et un satellite de communication militaire. Chaque année, les armées égyptienne et française organisent un exercice conjoint, « Cleopatra », mené alternativement sur le territoire égyptien et français. Le dernier s’est tenu dans les eaux territoriales égyptiennes en novembre dernier. Les deux capitales ont également établi une Commission militaire armement stratégie francoégyptienne (CAMAS) et un plan annuel de coopération de défense, qui comporte à ce jour plus de 70 actions dans tous les aspects de défense, en matière de formation et d’échanges, d’exercices, d’équipements ou de dialogue stratégique.

En économie, les échanges commerciaux entre les deux pays ont augmenté de 21,8 % en 2017, pour atteindre les 2,5 milliards d’euros. Les exportations égyptiennes vers la France ont connu une hausse de 25,4 % en 2017 à 617,3 millions d’euros. Il s’agit de la 2e année consécutive de hausse après 5 années de contraction entre 2011 et 2015.

Les principaux produits exportés sont des engrais et des composés azotés, des vêtements et articles textiles ainsi que du gaz naturel liquéfié. L’Egypte est ainsi le 2e fournisseur de la France au Proche-Orient. Les exportations françaises ont de leur côté connu une hausse de 20,6 % en 2017 pour atteindre 1,9 milliard d’euros, faisant de l’Egypte le premier client de la France au Proche-Orient. Il s’agit essentiellement de produits manufacturés, tels les équipements mécaniques, matériel électrique, électronique et informatique, produits agroalimentaires, matériel de transport, mais aussi des films cinématographiques, vidéos et programmes de télévision.

La France est ainsi le 11e partenaire commercial de l’Egypte en 2016- 2017. 160 filiales d’entreprises françaises sont présentes en Egypte. Elles participent à la création de 40 000 emplois directs et 360 000 emplois indirects, selon le ministère égyptien des Investissements et de la Coopération internationale. L’Agence Française de Développement (AFD) est engagée pour près de 2 milliards d’euros dans des domaines-clés définis comme prioritaires par Le Caire, en particulier la santé, avec la construction de centres de soins, et les énergies propres, avec l’installation de plusieurs centrales solaires. La France se trouve ainsi au 6e rang des investisseurs étrangers en Egypte.

Le resserrement des liens entre l’Egypte et la France est le fruit d’une convergence de vue politique sur un large éventail de questions régionales. Les deux pays partagent une lecture commune de l’évolution chaotique du monde arabe depuis 2011 et des conséquences négatives provoquées par l’instabilité politique et sécuritaire, les conflits armés dans de nombreux pays, comme en Libye, en Syrie ou au Yémen, ainsi que l’extension du phénomène du terrorisme au nom de la religion, qui a touché certains pays européens, notamment la France. Les dirigeants égyptien et français s’accordent sur la nécessité de s’attaquer aux sources de ces phénomènes et à leurs répercussions négatives dans la région et en Europe, dont l’afflux de millions de réfugiés et l’extension de l’immigration clandestine via la Méditerranée.

La France considère l’Egypte dans ce contexte comme un pilier de stabilité au nord de l’Afrique et au Proche-Orient. En conséquence, elle estime indispensable de lui fournir les moyens de puissance nécessaires pour faire face aux défis auxquels elle est confrontée sur les plans interne et régional, en particulier la menace terroriste au Sinaï et à la frontière occidentale avec la Libye, ainsi que les risques que pose la guerre au Yémen à la sécurité des voies maritimes en mer Rouge. L’achat par l’Egypte d’importants équipements militaires navals de la France vise justement à sécuriser ces voies de navigation vitales qui s’étendent du golfe d’Aden jusqu’au Canal de Suez, une source majeure de revenu pour Le Caire.

Le conflit en Libye voisine pose également plusieurs problèmes d’ordre sécuritaire, compte tenu de l’absence de pouvoir central et la multiplication des milices armées, faisant de la Libye un pôle d’instabilité politique qui profite aux groupes islamistes et aux réseaux de trafic d’êtres humains et d’immigration illégale. Le groupe terroriste Daech profite du vide politique et sécuritaire en Libye pour étendre son influence et menacer les pays voisins, notamment l’Egypte. Cette dernière fournit, en réaction, une assistance militaire et technique à l’Armée Nationale Libyenne (ANL), dirigée par le maréchal Khalifa Haftar, pour lutter contre ce phénomène. Elle coopère également avec l’ANL pour exercer un contrôle accru sur la frontière commune longue de 1 115 km, afin d’empêcher l’infiltration de combattants islamistes et la contrebande d’armes.

Pour sa part, la France, selon le journal Le Monde, mène des opérations spéciales contre les dirigeants de Daech en Libye en coordination avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni. Ces opérations visent à réduire les capacités de frappe de Daech et à saper le moral de ses combattants. Le Caire et Paris s’accordent à apporter leur soutien à l’ANL qu’ils considèrent comme un rempart contre les groupes islamistes en Libye. L’intérêt particulier que porte la France à la lutte contre Daech tient au fait qu’elle était, et reste, la cible principale des attaques terroristes commises par cette organisation ou inspirées par elle.

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