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Quoi de neuf dans le discours religieux ?

Mardi, 02 janvier 2018

Existe-t-il une définition précise de l’expression « le renouvellement du discours religieux » ? Ce qui s’est passé en 2017 représente-t-il un renouvellement du discours religieux qui nous pousse à aspirer à plus en 2018 ? Je pense que ces deux questions sont relativement importantes quand il s’agit de parler du discours religieux.

C’est la réponse à la première question qui nous permettra de comprendre la totalité du sujet. Depuis que le terme est né il y a plusieurs années, il n’existe jusqu’à présent aucune défi­nition convenue de l’expression « le renouvel­lement du discours religieux ». L’expression demeure donc floue. Certains y voient juste un changement de mots, une façon d’éviter d’autres expressions, ils estiment donc qu’il s’agit plus d’une question de forme que d'une question de fond. D’autres pensent qu’il s’agit plutôt de revoir le texte lui-même, la façon de raisonner, la manière de voir les choses. Je pense que ce sont ces derniers qui ont raison. Il s’agit en premier lieu d’une question intellectuelle étroitement liée à la structure intellectuelle et culturelle et à la manière de concevoir les choses. La langue est l’outil d’expression de la pensée et non pas le contraire. Il s’agit d’une problématique intellectuelle se rapportant essentiellement à la conception de la vie d’après des opinions religieuses extrêmement rigoristes, alors que le discours autour du renouvellement du discours religieux vire dans la majorité des cas vers la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme.

Ce sont là certes des questions importantes, mais le renou­vellement du discours religieux est beaucoup plus large. Il se rapporte à la vie, de sorte que la religion devienne une énergie libératrice de l’homme de lui-même.

Nous parlons sans cesse du renouvellement du discours religieux, alors que d’autres ques­tions non moins importantes sont omises, comme la lutte contre le trafic humain, les dangers de la surconsommation, les discrimi­nations auxquelles les femmes sont sujettes. N’est-il pas étrange que ces sujets soient igno­rés et que des questions simplistes prennent leur place ?

En fait, pour savoir quel changement connaî­tra le discours religieux en 2018, il faut d’abord savoir ce que nous attendons du concept de renouvellement de ce discours. Le premier objectif est de réaliser ce qui n’a pas été acquis au cours des années précédentes, c’est-à-dire l’essentiel : le chan­gement des mentalités. L’objectif étant une plus grande ouverture d’esprit afin de conce­voir le texte religieux comme une énergie libératrice, afin de réviser les valeurs essen­tielles de la vie comme le bonheur, l’altruisme et le respect de la différence. Dans ce contexte, nous devons nous arrêter devant plusieurs points. D’abord, il faut savoir que le renou­vellement du discours religieux est un proces­sus continu visant à modifier la pensée reli­gieuse afin de considérer la religion comme une force motrice sur la voie du changement de la société. Il s’agit, en d’autres termes, d’un changement social, de la lutte contre la margina­lisation et la pauvreté, de l’encouragement de la culture de la diversité, du dialogue et de la créativité, du respect des droits de l’homme, et du développement au sens global, c’est-à-dire que la religion devient pour ses adeptes une énergie de libé­ration humaine. Cette définition se contredit cependant avec les discours confus qui évitent de critiquer le système social. Ensuite, pour que le discours religieux s’attaque aux ques­tions relatives à la marginalisation, il est indispensable d’opérer tout d’abord une révo­lution dans les mentalités, dans la vision même de la religion. C’est-à-dire que la reli­gion ne se borne pas à des questions concrètes sur les rituels, mais doit plutôt aborder des questions plus profondes, plus philoso­phiques, puisque son but, on semble l’avoir oublié, c’est de vivre en harmonie avec soi-même et avec la société. Ce qui a été, malheu­reusement, totalement ignoré par les discours religieux traditionnels. Tout cela implique un changement chez les hommes de religion eux-mêmes. Ceux-ci doivent avoir une vision plus large de la société et ne pas se cantonner au texte religieux. Pour cela, l’étude de la reli­gion doit se faire parallèlement à celle de la sociologie. Enfin, l’homme de religion doit bénéficier de libertés. Et ce, pour pouvoir transmettre ses idées au public qui, à son tour, est amené à réfléchir au discours qu’il entend.

Bref, le renouvellement du discours religieux n’est en aucun cas un changement de langage ni une correction de notions. L’alternative est de présenter un discours religieux qui libère l’homme pour qu’il tire de la religion les valeurs de la liberté, du changement, de l’aspiration à jouir de la vie et à bénéficier du pluralisme humain. La piété à laquelle nous aspirons est celle du citoyen qui cherche la justice, qui res­pecte les droits, qui assume ses responsabilités envers la société, qui aspire à la noblesse dans ses relations humaines et qui ne considère pas la religion comme un outil dans une société traditionnelle hypocrite pour réaliser des acquis per­sonnels. Il s’agit d’une piété ouverte qui voit dans toutes les convictions des valeurs nobles qu’il est possible d’apprendre et qui voit dans leurs adeptes une diversité que le Créateur a tenu à préserver.

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