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Trump et le terrorisme

Lundi, 06 février 2017

Le nouveau président américain, Donald Trump, a souligné à plu­sieurs reprises, lors de sa campagne électorale ainsi que dans son discours d’investiture, que sa priorité en poli­tique étrangère est l’éradication de ce qu’il a appelé « le terrorisme de l’is­lam radical », représenté en premier lieu par l’Etat Islamique (EI). Cette position est en parfaite harmonie avec les convictions des deux principaux responsables de la nouvelle Administration : Michael Flynn et Steve Bannon, respectivement conseillers pour la sécurité nationale et pour la stratégie à la Maison Blanche, qui estiment que « l’extré­misme islamiste » est une menace existentielle pour l’Occident. James Mattis, secrétaire à la Défense, consi­dère lui aussi que les Etats-Unis doi­vent lutter contre l’« islam poli­tique ». Flynn et Mattis, anciens généraux qui avaient servi en Afghanistan et en Iraq, sont des parti­sans de la manière forte et recom­mandent l’usage massif de la force militaire et des méthodes offensives contre les groupes terroristes. De son côté, le secrétaire d’Etat, Rex Tillerson, a indiqué le 11 janvier der­nier devant la Commission des rela­tions extérieures du Sénat que la priorité de l’Administration améri­caine au Moyen-Orient est la défaite de Daech et que « l’islam radical » constitue une grave menace pour la stabilité des Etats en général. Ceci montre que l’Administration Trump a tendance à associer publiquement le terrorisme à l’islam, contrairement à la position de Barack Obama, qui avait lancé une guerre limitée contre le terrorisme, et même à celle de Georges W. Bush, qui avait déclaré une guerre planétaire contre le terro­risme, à la suite des attentats du 11 septembre 2001. Les deux précé­dentes administrations ont tenté d’éviter l’établissement du sentiment anti-américain de la part des musul­mans. Un positionnement tout autre dirige la nouvelle Administration de Trump.

C’est notamment sous cet angle que Trump a décidé d’interdire l’en­trée sur le sol américain de ressortis­sants de sept pays musulmans (Syrie, Iraq, Soudan, Libye, Iran, Yémen et Somalie) et de suspendre l’accueil des réfugiés syriens. Une décision préjudiciable à son objectif déclaré de combattre l’EI, et condamné par de nombreux pays et personnalités, y compris des responsables du Parti républicain, auquel appartient Trump, et des diplomates américains, parce qu’ils estiment à juste titre qu’elle sert les intérêts de Daech. Ce groupe terroriste a toujours défendu l’idée que l’Occident, en général, et les Etats-Unis, en particulier, mènent une guerre contre l’islam et les musul­mans. La décision de Washington confirme la propagande de l’EI et encourage des jeunes désabusés à rejoindre ses rangs. Consciente de ce danger, l’ambassade américaine en Iraq a appelé l’administration à reve­nir sur sa décision, estimant celle-ci injustifiée sur le double plan moral et stratégique. En effet, cette décision rend plus difficile l’action des Etats-Unis contre l’EI en Iraq : comment pourraient-ils s’attendre à une totale coopération du gouvernement, de l’armée et des milices iraqiennes au même moment où ils infligent une punition collective à l’ensemble des Iraqiens, considérés comme des ter­roristes potentiels ? Il suffit de voir les réactions des hommes politiques iraqiens pour se rendre compte de l’ampleur du problème. Washington devrait aussi s’attendre à des compli­cations avec l’Iran, très présent dans les combats contre Daech aussi bien en Iraq qu’en Syrie, les deux fiefs de l’EI dans le monde arabe.

La stratégie anti-Daech de l’Admi­nistration américaine sera principale­ment fondée sur l’usage massif des armes et relayée par une coopération militaire et de renseignement avec les pays arabes et le Moyen-Orient sou­cieux de lutter contre le terrorisme, dont l’Egypte. A l’heure actuelle, Washington déploie 5 000 militaires en Iraq et 500 hommes des forces spéciales, dont des experts militaires en Syrie, qui participent à la lutte contre Daech. Il est probable que Washington augmente ses effectifs dans la période à venir, envoie des armes supplémentaires, notamment de l’artillerie, des hélicoptères et des avions de chasse, et multiplie ses frappes aériennes contre l’EI. Washington cherchera également à affaiblir la capacité de mobilisation du groupe à travers le sabotage de son réseau de communication sur Internet. Toutefois, sa décision d’interdire l’entrée des ressortissants de sept pays islamiques nuira à son action dans ce domaine.

Autre élément nouveau : le prési­dent Trump a annoncé sa volonté de coopérer avec la Russie — qui main­tient une présence militaire en Syrie — pour combattre Daech. Cette nouvelle position est à l’opposé de celle de la précédente administration, qui a toujours refusé de coopérer avec Moscou. Pour Trump, Daech repré­sente la menace la plus grave à la sécurité de son pays. Ce qui justifie à ses yeux la nécessité de mettre de côté ses litiges avec Moscou, malgré la crise en Ukraine et l’intervention militaire russe en Syrie, en faveur de Bachar Al-Assad. Contrairement à la position d’Obama, qui a cherché acti­vement le départ du président syrien, Trump ne se soucie guère du sort du régime de Damas.

Si vaincre l’EI est la priorité abso­lue de Washington en ce moment, ce dernier a l’intention de sévir ulté­rieurement contre les groupes isla­mistes en général. Tillerson a indi­qué dans son témoignage devant le Sénat que la défaite de Daech per­mettra à Washington dans une pro­chaine étape d’oeuvrer pour l’affai­blissement des autres groupes appar­tenant à « l’islam radical », comme Al-Qaëda et les Frères musulmans. La Maison Blanche favorise le clas­sement de ces derniers comme « organisation terroriste étran­gère », ce qui se traduira par son interdiction aux Etats-Unis. Le conseiller en politique étrangère de Trump, Walid Phares, avait annoncé le 13 novembre que le président sou­tient une telle mesure. Washington avait par le passé imposé des sanc­tions à des Frères musulmans qu’il accusait de soutenir le terrorisme, mais s’est abstenu de déclarer « organisation terroriste » la confré­rie, avec qui il maintenait des contacts. Cette politique est forte­ment critiquée par un courant puis­sant, auquel appartient Trump, au sein du Parti républicain .

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