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Trump et le monde arabe

Jeudi, 12 janvier 2017

Quelle sera la politique arabe du prochain président des Etats-Unis, Donald Trump ? Son élection surprise a suscité des réactions divergentes parmi les régimes arabes. Alors que certains se sont réjouis de ses posi­tions vigoureusement antiterrorisme islamiste, notamment contre l’Etat Islamique (EI), d’autres ont exprimé leurs inquiétudes face à ses prises de position excessivement pro-israé­liennes.

Trump est en réalité un tenant d’une politique étrangère isolationniste. Il a souligné qu’il mettrait l’accent sur les questions internes, notamment écono­miques. Il ressemble en cela au prési­dent démocrate sortant Barack Obama, qui s’est gardé d’impliquer directe­ment son pays dans les conflits qui déchirent le monde arabe depuis 2011, se contentant d’un rôle secondaire et laissant les premiers rôles aux puis­sances régionales, (Iran, Arabie saou­dite et Turquie), mais aussi à la Russie.

Trump a cependant exclu la lutte contre le terrorisme, notamment contre Daech, de cette politique de retrait des affaires du monde arabe. Il a annoncé que c’est la seule question pour laquelle il était prêt à envoyer des troupes américaines à l’étranger. Mais il préfère toutefois, en accord avec sa politique isolationniste, laisser à la Russie le soin de combattre Daech en Syrie. Moscou, qui intervient militai­rement dans ce pays depuis septembre 2015, y bombarde, entre autres, les positions du groupe islamiste. Pour Trump, la Russie fait du bon travail anti-islamiste en Syrie.

On peut donc s’attendre à ce que le nouveau locataire de la Maison Blanche applique une politique vio­lente et agressive, basée sur l’utilisa­tion de la force militaire, contre les organisations terroristes dans le monde arabe. Cette politique suppose une coopération et une concertation sécuritaires plus étroites avec les régimes politiques régionaux qui combattent le même phénomène, dont l’Egypte. Elle implique par conséquent la baisse ou la suppres­sion des pressions officielles améri­caines concernant les questions de démocratie, de respect des droits de l’homme et de liberté d’expression, qui sont considérées par les puis­sances régionales comme une inter­vention dans leurs affaires internes. Il faut s’attendre donc à une améliora­tion des relations entre Washington et ces pays.

Conformément à sa politique isola­tionniste, Trump a appelé les monar­chies arabes du Golfe à « dépenser plus » dans leurs forces militaires et à assumer une part plus importante de la sécurité de leur intégrité territo­riale. Il leur a également demandé de « payer plus » pour bénéficier de la protection militaire américaine. Cette position est conforme à la vision affairiste adoptée par Trump dans les questions internationales, mesurant le mérite de toute politique étrangère à l’aune du profit matériel direct. Cette politique pourrait être un facteur de tension avec les Etats du Golfe qui les pousserait vers une plus grande intégration de leurs forces militaires. En fait, Obama a tenu une position similaire lorsqu’il a appelé les régimes du Golfe à compter davan­tage sur leurs propres forces mili­taires, estimant en même temps qu’ils exagéraient le danger que représente l’Iran pour leur sécurité interne, en particulier après la signature de l’ac­cord international sur son programme nucléaire en juillet 2016.

C’est là que réside la principale dif­férence entre Trump et Obama. Alors que le président sortant considère que l’accord sur le nucléaire iranien est sa plus grande réalisation au Moyen-Orient, Trump estime que cet accord est le pire jamais signé par les Etats-Unis, et qu’il n’empêcherait pas l’Iran de se doter de l’arme nucléaire. Il a, par conséquent, promis de revoir cer­taines de ses dispositions. Cette pro­messe est extrêmement difficile, voire impossible à mettre en oeuvre, car il s’agit d’un accord international signé par les cinq membres permanents du Conseil de sécurité, plus l’Allemagne. Les Etats-Unis pourraient cependant ralentir l’application de ses disposi­tions relatives à la levée des sanctions. Ils sont également en mesure d’impo­ser leurs propres sanctions. Il est à rappeler que Washington avait imposé de nouvelles sanctions à l’Iran, en rai­son de son programme de missiles balistiques, le 17 janvier dernier, quelques heures à peine après la levée de certaines sanctions prévues par l’accord sur le nucléaire. Les nomina­tions annoncées jusqu’ici dans l’Ad­ministration Trump confirment cette orientation anti-iranienne, qui devrait se solder par un rapprochement des positions avec les monarchies du Golfe. Celles-ci avaient longtemps accusé l’Administration Obama de « naïveté » dans sa politique envers les ambitions régionales de la République islamique.

Le plus inquiétant dans la politique arabe de Trump se trouve dans ses positions vis-à-vis du conflit israélo-palestinien. Elles sont certes en faveur d’Israël, à l’instar de celles des précé­dentes administrations américaines. Mais elles représentent aussi une rup­ture avec les positions traditionnelles des Etats-Unis envers les colonies juives dans les territoires palestiniens occupés. Trump avait au départ annon­cé, lors de sa campagne électorale, qu’il serait « neutre » à l’égard du conflit israélo-palestinien, ce qui a suscité la colère des dirigeants israé­liens. Il a ensuite rectifié le tir, en annonçant qu’il serait le meilleur des amis d’Israël et que les relations entre les deux pays atteindraient des niveaux inégalés. Il a par conséquent indiqué qu’il soutient le transfert de l’ambas­sade américaine à Jérusalem, ce qui signifie que Washington la reconnaîtra comme capitale d’Israël. Ses conseillers en politique étrangère ont cependant expliqué par la suite que le président élu ne prendrait pas une telle décision avant qu’elle ne bénéficie d’un consensus américain.

Mais la position la plus importante tenue par l’équipe de Trump en faveur d’Israël est celle annoncée le 10 novembre dernier, par son conseiller sur Israël, Jason Greenblatt. Celui qui est pressenti comme le prochain envoyé spécial américain pour le Proche-Orient a indiqué que le prési­dent élu ne considère pas les colonies juives dans les territoires palestiniens occupés comme un « obstacle » à la paix. Une position qui est non seule­ment contraire au droit international mais également aux positions des dif­férentes administrations américaines depuis plus de vingt ans. Celles-ci avaient constamment considéré la construction de colonies comme un obstacle à une solution pacifique basée sur la création d’un Etat palestinien indépendant. Si elle se confirme, cette nouvelle position nuira gravement à toute solution politique fondée sur la formule des « deux Etats ». Certains observateurs expliquent les positions pro-israéliennes de Trump par son manque d’expérience en matière de politique étrangère, notamment concernant des dossiers aussi compli­qués que celui de la question palesti­nienne.

Les grandes lignes de la politique arabe de Trump, exposées ci-dessus, représentent essentiellement ses posi­tions affichées au cours de sa cam­pagne électorale. Certaines d’entre elles pouvaient avoir été fortement influencées par sa volonté de gagner les voix du puissant lobby pro-israé­lien aux Etats-Unis. D’autres risquent fort d’être modifiées ou reformulées lorsque la nouvelle Administration se heurterait aux difficultés de l’exercice du pouvoir et aux contraintes impo­sées par les intérêts des puissances étrangères

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