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L’Egypte et l’Iran

Dimanche, 14 août 2016

Le mois dernier, l’Iran a protesté contre la participation, le 9 juillet, d’une dizaine de députés égyptiens ainsi que de quelques figures publiques à un rassemblement annuel à Paris de l’opposition iranienne, réunie sous la bannière du Conseil National de la Résistance en Iran (CNRI). Les personnes concernées ont rétorqué que leur présence était à titre personnel et qu’elles ne représentent pas le gouvernement égyptien.

Cet incident traduit bien la tension et les divergences qui caractérisent les rapports entre l’Egypte et l’Iran, dont les relations diplomatiques sont rompues depuis 1980, dans le sillage de la Révolution islamique iranienne en février 1979, la conclusion en mars de la même année du traité de paix égypto-israélien et l’exil en Egypte en 1980 du chah d’Iran déchu, Mohamed Reza Pahlavi, dont l’extradition était demandée par les nouvelles autorités iraniennes d’alors. Depuis, les divergences, nées d’orientations intérieures et extérieures diamétralement opposées, n’ont cessé de s’accumuler, faisant du rétablissement de rapports normaux entre les deux pays une tâche ardue.

Aujourd’hui, les turbulences dans le monde arabe, survenues à la suite des soulèvements populaires de 2011, ont donné l’occasion et poussé la République islamique à approfondir son immixtion dans les affaires de pays en proie à la guerre civile et à l’instabilité politique et sécuritaire, multipliant d’autant les divergences avec l’Egypte. Ainsi, une première source d’inquiétude pour Le Caire se trouve dans le soutien de Téhéran au Mouvement de la résistance islamique (Hamas) dans la bande de Gaza, frontalière de la péninsule du Sinaï, où sévit la branche égyptienne de l’Etat islamique, autrement connue sous le nom de l’organisation d’Ansar Beit Al-Maqdès. Des armes iraniennes se seraient trouvées entre les mains des djihadistes au Sinaï, probablement passées en contrebande via les tunnels creusés par le Hamas dans la région frontalière avec l’Egypte. Le Caire est convaincu de l’existence de connexions entre les terroristes au Sinaï et le mouvement islamiste palestinien qui contrôle la bande de Gaza, et du soutien multiforme apporté par ce dernier aux islamistes égyptiens de Daech. Il cite à cet égard la formation aux méthodes de guérilla dans des camps à Gaza, le soutien logistique par des cadres du Hamas, la contrebande d’armes et les soins médicaux offerts à Gaza aux islamistes égyptiens blessés lors des combats avec l’armée et la police au Sinaï.

Un autre sujet de friction avec Téhéran se trouve dans la grande hostilité de l’Arabie saoudite, chef de file des monarchies arabes du Golfe, à l’égard de l’Iran. Riyad se sent encerclée par l’extension de l’influence régionale iranienne dans la péninsule arabique et dans les pays du Levant, de la Syrie à l’Iraq, et du Liban au Yémen. Bénéficiant des largesses de l’Arabie saoudite depuis le renversement de Mohamad Morsi, issu des Frères musulmans, Le Caire se doit d’être solidaire avec Riyad et d’autres pays du Golfe, tels que Bahreïn, contre ce qui est perçu comme une ingérence iranienne dans leurs affaires intérieures. Les responsables égyptiens ont réitéré à plusieurs reprises leur solidarité avec les monarchies du Golfe. Le ministre des Affaires étrangères, Sameh Choukri, a clairement indiqué dans une interview publiée par le quotidien saoudien Okaz, le 31 mars, qu’un rétablissement des relations diplomatiques avec Téhéran est tributaire d’un changement de son approche et de ses politiques dans la région, de son respect de la souveraineté des pays arabes et de l’arrêt de son intervention dans leurs affaires intérieures. Première application de ce soutien face à l’extension de l’influence iranienne : la participation égyptienne à la coalition militaire menée par l’Arabie saoudite au Yémen contre la rébellion houthie. Celle-ci, d’obédience chiite, bénéficie du soutien de l’Iran. La contribution militaire égyptienne cherche, certes, aussi à protéger le détroit de Bab Al-Mandeb, au large du Yémen, qui contrôle l’entrée sud du Canal de Suez.

L’existence de profondes divergences n’empêche pas de convergences ou de rapprochements sur d’autres dossiers, à commencer par celui de la guerre civile en Syrie, où Téhéran est un allié majeur du régime de Damas. L’Egypte ne serait pas partisane de la chute du président Bachar Al-Assad, par crainte de l’ascension de forces islamistes, que Le Caire combat non seulement sur son sol, mais aussi dans l’ensemble du monde arabe, à commencer par la Libye voisine. Le cas du Hamas en Palestine en est un autre exemple. Bien que l’Egypte ne joue pas un rôle direct dans le conflit armé en Syrie, se contentant de dialogue politique avec les différentes parties prenantes, sa position officielle est de laisser aux Syriens le soin de décider du sort du président Assad et de son régime. Cette position la rapproche de celles de l’Iran et de la Russie, les deux principaux alliés de Damas.

Sur le plan bilatéral, la levée, depuis le 16 janvier des sanctions internationales qui frappaient l’Iran en raison de son programme nucléaire, semble ouvrir des perspectives de coopération commerciale entre les deux pays dans le domaine énergétique. En juin, Le Caire a donné son feu vert au transit des exportations pétrolières iraniennes à destination des pays européens via l’oléoduc égyptien de SUMED, qui relie la mer Rouge à la Méditerranée. En novembre dernier, le ministre égyptien du Pétrole, Tareq Al-Molla, a déclaré que Le Caire suivait avec attention l’augmentation prévisible de la production du brut iranien qui pourrait faire croître les recettes de l’oléoduc SUMED, en cas d’exportation vers l’Europe. Le transit du pétrole iranien via l’Egypte a été interrompu en 2012 à la suite du renforcement des sanctions internationales contre l’Iran. Mais dès la levée des sanctions, les deux pays ont repris leurs rapports commerciaux avec l’arrivée en Egypte en janvier dernier du premier cargo iranien transportant des produits pétrochimiques. Les deux capitales sont également en négociation pour l’achat par l’Egypte de gaz naturel iranien l

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