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A propos de la crise de la presse

Lundi, 16 mai 2016

Depuis que le philosophe et homme politique, Edmund Burke, a donné à la presse le surnom de « quatrième pouvoir », la relation entre le pouvoir et le monde de la presse connaît des hauts et des bas sous tous les régimes, qu’il s’agisse de régimes démocratiques ou « en voie de démocratie ». La presse est une partie intégrante de la pratique démocratique. Sa mission est de critiquer les personnes qui sont au sommet du pouvoir, de mettre en avant de nouveaux acteurs politiques, de sensibiliser les citoyens à l’action politique et de contribuer également à réaliser la transparence. Thomas Macaulay, pour sa part, a qualifié les journalistes de « gardiens de la liberté publique ». Ce modèle libéral classique s’appuie sur une hypothèse qui lie la liberté d’expression à la responsabilité. Dans ce modèle, la liberté est l’absence de contraintes gouvernementales sur la presse, et la responsabilité est le résultat d’une autorégulation de l’activité journalistique à travers les instances professionnelles et syndicales. Dans les plus anciennes démocraties, le rôle et le poids de la presse sont considérables, à la lumière du recul des partis politiques, ceci à un moment où le monde de la presse voit l’arrivée de nouveaux acteurs sur Internet et qui présentent un modèle d’action journalistique différent du modèle traditionnel.

Les événements du syndicat des Journalistes qui préoccupent l’opinion publique en Egypte sont l’expression d’une crise profonde ayant trait à la presse et à son rôle. Cette crise va au-delà des faits et touche à la profession journalistique même. Le concept de « quatrième pouvoir » n’a ici aucune signification, étant donné que la profession est divisée et dominée depuis des décennies par les intérêts, la publicité et les capitaux privés, sans oublier bien sûr les tentatives de rapprochement avec le pouvoir politique.

Aujourd’hui, la population a perdu confiance en la presse, et cette problématique va sans doute persister pendant quelque temps. Ajoutons à cela que l’Etat n’accepte pas qu’un groupe professionnel bénéficie d’une immunité ou d’un statut spécial. Il n’accepte pas non plus l’amalgame entre le travail syndical et le travail politique, et rejette l’idée que les journalistes, en vertu du quatrième pouvoir qui leur est accordé, s’opposent à ses pouvoirs constitutionnels.

Le problème réside dans l’absence d’organisation et toutes les parties de la crise assument cette responsabilité. C’est un état général dont souffre la société en Egypte. Celle-ci ne parvient pas à organiser la relation entre ses différentes composantes, notamment l’Etat, la société civile et le secteur privé.

L’équilibre entre la liberté et la responsabilité, ou encore entre la liberté d’expression et la paix sociale est encore de nos jours sujet à polémique dans les pays démocratiques ainsi que dans ceux qui font leurs premiers pas en matière de démocratie. Régir les relations entre les différentes composantes de l’Etat exige que l’on tienne compte de certaines questions, comme le rôle de l’argent, l’intégrité journalistique et le message que doit livrer la presse dans une société en quête de liberté d’expression et en lutte contre la corruption. Le journaliste doit exercer son métier dans un environnement économique et social propice.

L’organisation de la presse est une question fondamentale pour bâtir une démocratie. Cette organisation ne doit pas être le reflet d’un équilibre des forces, mais doit être plutôt l’une des bases de l’Etat démocratique.

Je crains que le fossé actuel ne s’élargisse entre le citoyen et la presse et que la crise actuelle ne mène finalement à des restrictions sur la presse. Aucune société démocratique ne peut survivre et aucun développement ne peut prospérer sans la liberté d’expression.

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