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Pourquoi la Chine s’intéresse-t-elle à l’Egypte ?

Jeudi, 18 février 2016

La récente visite, fin janvier, du pré­sident chinois, Xi Jinping, en Egypte montre l’intérêt grandissant de Pékin pour le monde arabe et le Moyen-Orient. Elle était sa première visite au pays des pharaons, au cours de laquelle 21 accords économiques, d’un montant de 15 milliards de dollars, ont été signés sur des dossiers allant des infrastructures, à l’indus­trie, au transport et à l’électricité. La visite est intervenue dans le cadre d’une tournée moyen-orientale, une première pour le diri­geant chinois, qui l’a mené en Arabie saoudite et en Iran, deux autres poids lourds de la région, où d’importants accords économiques ont été également signés, y compris celui d’élever les rapports avec les deux pays au niveau de « partenariat stratégique élargi ».

L’intérêt de la Chine pour l’Egypte, et le Moyen-Orient en général, est avant tout éco­nomique et commercial. Il porte essentielle­ment sur l’initiative économique « Une Ceinture, une route », annoncée par Jinping en 2013. Il s’agit de ressusciter la « route de la soie » qui, au Moyen Age, désignait le réseau des routes commerciales reliant la Chine à l’Europe, en passant par le Moyen-Orient et l’Asie centrale. La version moderne de cette route vise à créer un ensemble de méga-projets d’infrastructures, tels que des routes, des chemins de fer, des ports et des équipements logistiques pour servir l’expan­sion économique et commerciale de la Chine avec le monde extérieur. Pékin envisage d’al­louer 900 milliards de dollars, dans les pro­chaines années, à ces projets en vue de facili­ter les transactions commerciales de la Chine avec les marchés de l’Asie centrale, du Moyen-Orient, de l’Afrique et de l’Europe.

L’importance de l’Egypte pour la Chine, dans le cadre de cette initiative économique, est double : l’importance de son marché inté­rieur, de quelque 90 millions d’habitants, et de sa position géographique cen­trale sur la route reliant la Chine à l’Europe. L’Egypte se trouve en effet au croisement de trois conti­nents : l’Afrique, l’Asie et l’Eu­rope. Elle est traversée par le Canal de Suez, la voie maritime principale par où transite le com­merce chinois vers l’Europe. C’est pour cette raison que le pré­sident Jinping a suggéré lors de sa visite que l’Egypte joue le rôle de « pivot » dans la mise en place de l’initiative « Une Ceinture, une route », en proposant de financer des projets d’infrastructures et d’in­dustrie. La Chine accorde, dans ce cadre, un intérêt tout particulier au projet égyptien de développement de la zone du Canal de Suez, où elle entend développer une « zone indus­trielle chinoise », plate-forme pour son expansion économique en Afrique et au Moyen-Orient. 32 entreprises chinoises y sont déjà installées avec des investissements de 400 millions de dollars. Selon Jinping, ce chiffre passera à 100 firmes avec des investis­sements de 2,5 milliards de dollars dans la prochaine phase de développement du canal.

L’Egypte tient de son côté à attirer les investissements chinois pour stimuler son économie, saignée à blanc depuis le soulève­ment populaire du 25 janvier 2011. Pour ce faire, elle s’emploie à montrer à Pékin les avantages qu’elle peut offrir à la réalisation de l’initiative économique chinoise. Cet objectif était évident dans les deux visites effectuées par le président Abdel-Fattah Al-Sissi en Chine, depuis son investiture en juin 2014. Lors de sa première visite en décembre de la même année, il a signé un accord de « partenariat stratégique élargi » qui renforce les rapports bilatéraux, notam­ment dans le domaine économique. Le prési­dent égyptien a tenu à confirmer à l’occasion l’intérêt du Caire à participer activement à l’initiative chinoise. Sa seconde visite à Pékin, en septembre 2015, est intervenue à l’occasion de la grande parade militaire organisée par la Chine pour célébrer le 70e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale et la défaite du Japon. Il était le seul dirigeant du monde arabe et du Moyen-Orient à y assister. Son déplacement était l’occasion pour Le Caire de finaliser quelques accords économiques importants, dont le principe a été approuvé en décembre 2014. Il s’agissait notamment du financement et de la construction d’une partie de la nou­velle capitale administrative prévue à l’est du Caire, d'un train électrique liant la capitale à la ville du 10 de Ramadan, dans le gouverno­rat de Charqiya, et de l’octroi d’un crédit de 100 millions de dollars à la Banque nationale d’Egypte pour le financement des petites et moyennes entreprises.

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