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L’Egypte et le barrage éthiopien

Mardi, 26 janvier 2016

L’Ethiopiea dernièrement opposé une fin de non-recevoir à la demande de l’Egypte d’augmenter de deux à quatre le nombre de sorties d’eaux prévues dans le barrage de la Renaissance, afin d’éviter une diminution des flux en direction des deux pays d’aval, qui sont l’Egypte et le Soudan. Ce rejet s’ajoute à une longue liste de rebuffades de l’Ethiopie à l’égard de l'Egypte au sujet de la construction du barrage sur le Nil bleu, qui assure 85 % de la quote-part de l’Egypte. Addis-Abeba avait déjà refusé de réduire la capacité de stockage du barrage de 74 à 50 milliards de m3, de prolonger le temps de remplissage du réservoir derrière le barrage de 3-5 ans à 11 ans, d’arrêter les travaux de construction en attendant les conclusions des deux cabinets de consultation, chargés d’effectuer deux études sur l’impact du barrage sur les quotes-parts de l’Egypte et du Soudan, ainsi que sur ses effets économiques, sociaux et écologiques … Rien n’y fait. L’Ethiopie continue imperturbablement la construction du barrage, dont 50 % sont terminés en novembre dernier, selon Abbis-Abeba.
Les espoirs se portent désormais sur les conclusions des deux cabinets de conseil, les français BRL et Artelia, attendues dans 8 à 12 mois, et sur leur respect par l’Ethiopie, conformément à la déclaration de principe signée par les dirigeants des trois pays concernés, le 23 mars dernier à Khartoum. Mais tout porte à croire que l’Ethiopie joue sur le temps afin de créer un fait accompli irréversible et de parvenir à un point de non-retour sur la construction du barrage, dont la fin des travaux est prévue en 2017.
Addis-Abeba serait-elle disposée à modifier la conception du barrage si les conclusions des deux études lui enjoignent de faire ? Difficile de l’imaginer sans que le gouvernement éthiopien perde la face : la propagande du pouvoir éthiopien durant les quelques dernières années, notamment depuis le début de la construction en mars 2013, a fait de ce projet, pour des raisons de politique intérieure, une question de fierté et d’orgueil national, puisqu’il est destiné, s’il est complété selon les plans initiaux, à devenir le plus grand barrage d’Afrique et le dixième au monde. Il a été présenté par le régime en place comme le projet de la « Renaissance », qui fera sortir l’Ethiopie de la pauvreté et la fera rejoindre les pays à revenus moyens, à l’horizon 2030.
C’est pour cette raison que le gouvernement, lorsqu’il a rencontré d’importants problèmes de financement, a eu recours à des souscriptions populaires pour construire le barrage, dans un élan de patriotisme évident, tout en présentant l’Egypte, à tort, comme étant celle qui cherche à empêcher son développement.
Le soutien du Soudan au barrage éthiopien, annoncé par le président Hassan Al-Béchir en décembre 2013, a affaibli la position de l’Egypte et l’a laissée seule dans son opposition au projet. Le Soudan croit tirer divers bénéfices de la construction du barrage. Celui-ci devrait le protéger des inondations du Nil bleu et assurer la stabilité des flux d’eau, ce qui lui permettra d’accroître les terres cultivées. Le barrage devrait aussi retenir le limon, responsable de la réduction de moitié des capacités de stockage d’eau et de production d’énergie des barrages soudanais de Rosairis, Sennar et Girbah. Enfin, le Soudan, qui souffre d’une pénurie d’énergie, devrait bénéficier de la production d’électricité du barrage, à des prix préférentiels : la déclaration de principe de mars 2015 donne la priorité aux deux pays d’aval dans l’achat de l’électricité produite par le barrage, qui atteindrait 6 000 mégawatts.
Tout n’est pas perdu pour autant. Le barrage éthiopien est devenu certes une réalité reconnue par l’Egypte et le Soudan dans la déclaration de principe tripartite. Addis-Abeba ne semble pas en outre disposée à modifier les plans initialement prévus pour sa construction.
La rapidité avec laquelle les autorités éthiopiennes poursuivent la construction et le temps nécessaire pour l’accomplissement des deux études sur l’impact du barrage rendent problématique un retour en arrière. Il reste toutefois possible de modifier les règles de remplissage du lac derrière le barrage tant au niveau de la quantité d’eau que du temps, afin d’éviter de nuire aux intérêts de l’Egypte. Les règles de fonctionnement du barrage peuvent être pareillement changées en vue de réduire les préjudices aux quotes-parts de l’Egypte et du Soudan. Le tout dans un esprit de coopération qui permettrait d’associer les deux pays d’aval, selon des mécanismes à définir, dans la gestion du barrage
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