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Le Printemps arabe entre démocratie et développement

Dimanche, 24 janvier 2016

Ce qui se passe ces jours-ci en Tunisie prouve que la stabilité de la démocratie dans les Etats à bas ou moyens revenus nécessite un développement économique sérieux. C’est l’avis du renommé chercheur Larry Diamond, qui veut dire que quand on parle de développement économique, il n’est pas uniquement question de garantir des emplois et de développer le niveau de vie des citoyens. Il existe d’autres normes comme la compétence, la justice, les politiques générales aptes à limiter la pauvreté et à réaliser la justice sociale, etc. Cela ne signifie pas que la démocratie doit être reportée jusqu’à la réalisation du développement économique. Chose que les régimes despotes ont toujours prise comme prétexte. Mais cela signifie que la démocratie, qui est devenue une demande universelle, nécessite un développement économique.

En établissant une comparaison entre les Etats développés et les Etats pauvres, on comprend facilement que le développement économique change les sociétés. C’est-à-dire que les niveaux d’enseignement augmentent, le fossé entre les pauvres et les riches se rétrécit, la sécurité économique qui constitue la base de la stabilité des sociétés est réalisée, les centres de richesse se multiplient, ce qui empêche leur monopole par des personnes déterminées ou une mince couche sociale. Ce qui, en toute évidence, profite au pluralisme politique.

La Tunisie est désignée comme étant un Etat qui a réussi à se confectionner une démocratie d’entente. Aux yeux de l’Occident, la Tunisie est l’exemple de l’aspiration au Printemps arabe. En effet, les différentes forces politiques tunisiennes ont réussi à rédiger une nouvelle Constitution et à tenir des élections parlementaires et présidentielle. Cela signifie que la construction politique a été effectuée selon la méthode du pluralisme politique, et que les institutions politiques ont été formées sur la base d’élections.

Cependant, les situations économiques critiques ont mené à des protestations sociales, surtout dans les régions les plus pauvres où le développement est moindre. Les Tunisiens ont alors estimé que 5 ans après la révolution du Jasmin qui a renversé le régime despote de Bin Ali, les conjonctures économiques ne s’étaient pas améliorées et les objectifs de la révolution concernant le développement et la justice sociale ne se sont pas réalisés. Et voilà qu’un autre jeune homme décide de s’immoler par le feu comme l’avait fait Bou Azizi il y a cinq ans, pour déclencher la révolution du changement dans son pays.

Pour éviter une mauvaise interprétation des faits, il faut préciser que les plus marginalisés n’ont pas répondu pour la démocratie, mais pour l’absence de développement économique. Il est naturel que les gens aspirent à deux choses en même temps, droits et libertés politiques ainsi que développement économique, qui sont les deux faces d’une même monnaie, et personne ne peut se passer de l’une au détriment de l’autre. En effet, le développement économique est basé sur la lutte contre la marginalisation et l’intégration des franges de populations pauvres dans la société, tout en réalisant la justice sociale, en éliminant le fossé entre les différentes classes et en améliorant les services publics, dont l’enseignement et la santé.

Tout cela est impossible à réaliser si la société ne participe pas à la prise de décision qui est la teneur de la démocratie. Et la démocratie ne signifie pas uniquement tenir des élections et respecter les droits et libertés des citoyens, mais il est là également question d’élargir le cadre de participation du citoyen dans les affaires de la société, c’est-à-dire les plans de développement, les projets économiques, le budget de l’Etat, la participation de la femme et des jeunes dans le développement économique. C’est grâce à cette recette du développement qu’un certain nombre d’Etats comme le Brésil, l’Inde, l’Afrique du Sud et autres ont réussi à réaliser un essor sur deux voies parallèles : la réalité économique et la participation publique.

La problématique qu’affrontent les sociétés en difficulté au niveau politique et économique, dont nous faisons partie, est que la prise de décision politique est effectuée sur des îlots où chaque institution constitue une entité séparée. Ajoutons que le côté sécuritaire devient un élément dominant. La sécurité est sans aucun doute un élément indispensable à la lumière des dangers qui entourent les sociétés. Mais le fait de reporter la politique au profit de l’économie n’est qu’une illusion qui élimine toute chance de stabilité. Et de même, se contenter de la politique sans développement économique provoque le démantèlement des sociétés.

Pour réaliser l’essor sur ces deux volets, il nous faut des hommes politiques ayant une large vision ainsi que des expertises techniques, et surtout une volonté réelle de réaliser l’essor de la société à travers l’intérêt public. Ce qui est absent de notre société alors que chaque ministère ou entité a ses propres objectifs et intérêts, même si chacune de ces entités prétend oeuvrer pour le bien public. Les exemples sont nombreux et ce sont les citoyens qui en payent le prix l

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