Vendredi, 23 février 2024
Opinion > Opinion >

La Syrie, après l'intervention russe

Mardi, 27 octobre 2015

Qu’ont-elles apporté les frappes aériennes que mène la Russie depuis le 30 septembre dernier, en soutien au régime syrien ? Premièrement, l’armée syrienne a reconquis quelques terrains perdus depuis le début de l’année au profit des forces d’opposition. Ces gains restent modestes pour le moment. Le plus important est l’effet psychologique positif des raids aériens russes sur le moral des troupes syriennes et, inversement, leur impact négatif sur les groupes rebelles. En fait, aussi modestes soient-ils, les gains du régime syrien sont les premiers depuis longtemps, au moins depuis l’année dernière. Le régime de Bachar Al-Assad a vu s’effriter progressivement son emprise sur plusieurs régions du pays, au fur et à mesure que se poursuivaient les combats, qui durent depuis plus de cinq ans et demi. Le soutien décisif de Moscou, en coordination avec Téhéran, semble avoir jugulé ce déclin graduel du pouvoir de Damas. Ainsi, l’intervention de la Russie aura pour effet d’empêcher une éventuelle chute prochaine du régime syrien et de le remettre en selle en vue de possibles négociations de paix.

L’intervention russe a poussé les alliés du camp adverse, les Etats-Unis et des acteurs régionaux, à accélérer et renforcer leurs aides en armes aux groupes d’opposition. Aucun camp ne semble donc prêt à accepter la défaite de ses alliés, car elle signifiera sa propre défaite. La conséquence dans l’immédiat et dans le court terme est de se trouver dans une impasse, où les belligérants cherchent à trancher le conflit sur le champ de bataille. Mais il n’est pas exclu, dans un second temps, que les mentors des deux camps, en constatant l’impossibilité probable de prendre le dessus militairement, se résolvent à chercher un terrain d’entente avec leurs adversaires et à pousser par conséquent leurs alliés locaux à s’asseoir à la table des négociations.

Ainsi, les Etats-Unis et les pays européens, qui réclamaient à l’unisson le départ du président syrien, commencent à changer de ton envers Damas. A commencer par la chancelière allemande, Angela Merkel, qui a récemment appelé à inclure Bachar Al-Assad dans toute négociation sur l’avenir de la Syrie. Le secrétaire au Foreign Office britannique, Philip Hammond, lui a emboîté le pas, quoique en des termes plus nuancés, estimant nécessaire de « parler avec lui (Assad) en tant qu’acteur dans ce processus ». Sous le poids de la crise des réfugiés syriens qui déferlent sur le vieux continent, mais aussi en raison des frappes aériennes russes qui rendent improbable la chute prochaine du régime syrien, les dirigeants européens ont atténué leurs positions sur Bachar. Au moins, ils ne réclament plus désormais son départ du pouvoir comme condition préalable à la tenue de pourparlers de paix.

Bien que la position des Etats-Unis sur le départ de Bachar reste officiellement inchangée, Washington, à l’instar des capitales européennes, a édulcoré son discours, quoiqu’en moindre mesure. Il n’est plus aussi catégorique qu’avant à dénoncer le régime et à réclamer le départ immédiat de Bachar, car depuis la célèbre phrase du président Barack Obama, « Assad doit partir », prononcée en août 2011, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts : des dizaines de milliers de morts parmi les civils, la montée en puissance des groupes terroristes et, enfin, le flux de milliers de réfugiés syriens en Europe.

Plus important encore, la stratégie américaine contre le régime syrien et le groupe terroriste de l’Etat Islamique (EI) s’est avérée inefficace. Washington a réuni fin 2014 une coalition internationale et régionale qui mène des frappes aériennes contre l’EI, sans grand succès. Certes, ces raids ont réussi à contenir l’avancée du groupe dans certains endroits, mais ils sont incapables d’en venir à bout sans une vaste offensive terrestre, qui fait défaut. Les Etats-Unis avaient également bâti leur stratégie contre Damas, et l’EI, sur le soutien à l’opposition dite modérée. Celle-ci est trop faible et fragmentée pour changer la donne sur le terrain ou représenter une quelconque alternative politique crédible au régime de Damas et faire contrepoids aux autres groupes d’opposition. Les forces militaires les plus puissantes en Syrie sont islamistes, affiliées à l’EI et à Al-Qaëda, et plusieurs armes américaines envoyées aux « modérés » finissent entre les mains du patchwork des groupes islamistes, qui pullulent sur le terrain .

Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique