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Gaza: des médecins font naître un bébé sauvé du corps mourant de sa mère

AFP , Mardi, 23 avril 2024

​"Une prouesse": dans une bande de Gaza dévastée où les victimes de la guerre s'accumulent, des médecins palestiniens se félicitent d'avoir fait naître par césarienne un bébé dont la mère, blessée, était en train de mourir.

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Une petite fille palestinienne, Sabreen Jouda, qui a été accouchée prématurément après que sa mère a été tuée dans une frappe israélienne avec son mari et sa fille, se trouve dans un incubateur de l’hôpital émirati de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza. Photo : AP

Celle-ci, Sabreen al-Sakani, est arrivée agonisante dans un service d'urgence, très lourdement blessée à la tête et au ventre dans une frappe aérienne israélienne qui a touché la maison familiale, à l'est de Rafah, ont raconté des témoins à l'AFP.

"C'était un miracle qu'elle soit toujours vivante, malgré ses difficultés à respirer", a expliqué à l'AFP Sahib al-Hams, chirurgien et directeur de l'Hôpital spécialisé du Koweït, à Rafah (sud).

C'est en examinant cette femme que les équipes médicales de cet hôpital ont constaté qu'elle était enceinte et décidé de pratiquer une césarienne sans attendre, en dépit de l'impossibilité d'effectuer une anesthésie.

"La mère est morte dix minutes plus tard", raconte le docteur al-Hams, ajoutant que le père et la soeur du bébé étaient arrivés morts à l'hôpital.

Au moins 19 personnes ont été tuées dans la frappe ayant touché cette maison, selon le ministère de la Santé gazaoui.

La nouvelle-née a été transférée dans l'unité pédiatrique de l'hôpital de campagne émirati.

"Nous l'avons rapidement placée en couveuse, mise sous oxygène et traitée avec des antibiotiques", détaille à l'AFP Haidar Abu Snimeh, un responsable de cette structure lancée en décembre 2023 pour répondre à la crise humanitaire du territoire côtier palestinien.

- "Sauvée du ventre de sa mère"

Selon l'hôpital, l'état du bébé était stable mardi matin. De nombreux médias locaux relataient son histoire, certains précisant qu'elle pesait moins de deux kilos ou que sa mère était enceinte de 30 semaines, soit dans son septième mois de grossesse.

Son oncle paternel, Rami al-Sheikh, a expliqué à l'AFP qu'il prendrait soin de la petite orpheline à sa sortie de l'hôpital.

"Je suis prêt à lui donner ma vie", a-t-il déclaré en expliquant qu'il l'avait appelée Sabreen-Rouh, prénom composée du prénom de sa mère et de celui que souhaitait lui donner sa soeur aînée et son père; et qui peut se traduire par +l'âme de Sabreen+.

"La fille de mon frère a été sauvée du ventre de sa mère", a-t-il ajouté en expliquant que la maison familiale bombardée n'abritait que "des civils". "Mon frère a été déchiqueté, je lance un appel au monde entier pour qu'il nous sauve de ce génocide". Israël a toujours nié cette accusation.

"Le fait que cette fillette soit née en vie, malgré les circonstances, relève de la prouesse", commente le docteur Abu Snimeh, rappelant que lorsqu'une femme enceinte peine à respirer, le foetus manque d'oxygène, ce qui peut entraver son développement.

Les images de la naissance ont largement été diffusées lundi. Elles ont été filmées par des journalistes palestiniens, les autorités israéliennes n'autorisant pas la presse internationale à entrer dans la bande de Gaza, depuis le début de son offensive militaire massive, il y à plus de six mois.

- "Bébé de martyre"

Ces "images d'un prématuré extrait de l'utérus de sa mère agonisante, de deux maisons voisines où 15 enfants et cinq femmes ont été tués, cela va au-delà de la guerre", a déclaré le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, Volker Türk.

Une poignée de naissances similaires ont été rapportées dans la langue de terre depuis le début de la guerre. Le 21 octobre, Mecca Abou Chamalah est ainsi née par césarienne post-mortem, après que sa mère a été grièvement blessée par une frappe aérienne sur son immeuble de Rafah.

Sur l'étiquette d'identification collée sur la couveuse, on pouvait lire: "Bébé de la martyre Dareen Abou Chamalah".

Selon l'ONU, 1,5 million de Palestiniens, en majorité des déplacés, sont massés à Rafah et vivent sous la menace d'une offensive militaire israélienne.

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