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Le détroit d'Ormuz, passage stratégique sous haute tension

AFP , Samedi, 13 avril 2024

La zone du détroit d'Ormuz, près de laquelle l'Iran a saisi samedi un navire en l'accusant d'être "lié" à Israël, constitue un point de passage stratégique pour le commerce mondial de pétrole.

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Archives - Le porte-conteneurs a été saisi près du détroit d’Ormuz. Photo : AFP

Le détroit d'Ormuz, qui relie le Golfe au golfe d'Oman, est situé entre l'Iran et le sultanat d'Oman. Il est particulièrement vulnérable en raison de sa faible largeur, 50 kilomètres environ, et de sa profondeur, qui n'excède pas 60 mètres.

Il est parsemé d'îles désertiques ou peu habitées, mais d'une grande importance stratégique: les îles iraniennes d'Ormuz, et celles de Qeshm et de Larak, face à la rive iranienne de Bandar Abbas.

La rive omanaise, la péninsule du Musandam, forme un index pointant vers l'Iran, séparé du reste du sultanat par des terres appartenant aux Emirats.

Au large des Emirats, les trois "îles stratégiques" --la Grande Tomb, la Petite Tomb et Abou Moussa-- constituent un poste d'observation sur toutes les côtes des pays du Golfe: Emirats, Qatar, Bahreïn, Arabie saoudite, Koweït, Irak, Iran et Oman.

Elles sont occupées par l'Iran depuis 1971, après le départ des forces britanniques de la région.

Crucial pour le pétrole 

Le détroit d'Ormuz constitue de loin la principale la voie de navigation connectant les riches pays pétroliers du Moyen-Orient avec les marchés asiatique, européen et nord-américain.

En 2022, environ 21 millions de barils de brut y circulaient quotidiennement, selon l'Agence américaine de l'Energie (EIA). Cela représentait environ 20% de la consommation mondiale de pétrole liquide.

Une perturbation même temporaire de la navigation dans ce détroit peut faire grimper les prix mondiaux de l'énergie.

Seuls l'Arabie saoudite et les Emirats disposent d'un réseau d'oléoducs leur permettant de contourner le détroit d'Ormuz, souligne l'EIA.

Tensions 

L'Iran, qui se considère comme le gardien du Golfe, dénonce régulièrement la présence de forces étrangères, notamment la Ve Flotte américaine stationnée à Bahreïn.

Il a menacé à plusieurs reprises de bloquer le détroit d'Ormuz en cas d'action militaire des Etats-Unis dans la zone.

Ce sont les Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique iranienne, qui contrôlent les opérations navales dans le Golfe, et sont chargés d'assurer la sécurité du détroit.

Une des perturbations majeures du transport pétrolier remonte à 1984, en plein conflit Iran-Irak (1980-1988), durant la "guerre des pétroliers". Plus de 500 navires avaient été détruits ou endommagés.

En juillet 1988, un Airbus A-300 d'Iran Air, assurant la liaison entre Bandar-Abbas et Dubaï, avait été abattu par deux missiles d'une frégate américaine patrouillant dans le détroit: 290 personnes ont été tuées. L'équipage de l'USS Vincennes avait affirmé avoir pris l'Airbus pour un chasseur iranien animé d'intentions hostiles.

Multiplication des incidents 

Les incidents se sont multipliés dans cette zone maritime depuis qu'en 2018, les Etats-Unis se sont retirés de l'accord international visant à geler le programme nucléaire iranien et ont réimposé des sanctions à la République islamique.

En 2019, des attaques mystérieuses contre des navires dans la région du Golfe, un drone abattu et des pétroliers saisis, avaient fait craindre une escalade entre Téhéran et Washington.

Le 29 juillet 2021, une attaque en mer d'Oman contre un pétrolier géré par la société d'un milliardaire israélien a fait deux morts, britannique et roumain. Israël, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la Roumanie ont accusé Téhéran, qui a démenti toute implication.

Les Etats-Unis montrent les muscles 

En août 2023, les Etats-Unis ont déployé plus de 3.000 soldats en mer Rouge pour dissuader l'Iran de s'emparer de pétroliers, tandis que des marines occidentales avaient déconseillé aux navires transitant par le détroit d'Ormuz de s'approcher des eaux iraniennes afin d'éviter tout risque de saisie.

L'armée américaine affirmait alors que l'Iran a saisi ou tenté de s'emparer de près de 20 navires battant pavillon international dans la région au cours des deux dernières années.

En décembre, Washington a annoncé la formation en mer Rouge d'une coalition de dix pays afin de faire face aux attaques répétées des Houthis contre des navires qu'ils considèrent comme "liés à Israël".

 

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