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Impasse dans le conflit ukrainien

Maha Salem , (avec Agences) , Jeudi, 10 août 2023

L’Arabie saoudite a organisé une conférence pour mettre un terme au conflit ukrainien. Une mission difficile en l’absence de la Russie et au moment où les combats s’acharnent sur le terrain.

Impasse dans le conflit ukrainien
(Photo : AP)

L’Arabie Saoudite a accueilli samedi une conférence sur l’Ukraine pour deux jours. Plus d’une trentaine de pays ont assisté à ces réunions sans la présence de la Russie. A la fois proche de Moscou et de Washington, Riyad a voulu approcher les points de vue. De son côté, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a indiqué que la délégation ukrainienne a mis en avant son plan de paix de 10 points, prévoyant notamment le retrait total des troupes russes du territoire ukrainien. L’Ukraine, avec les Etats- Unis, a toutefois reproché à Riyad de faire le jeu de la Russie, sous le coup de sanctions occidentales, en menant conjointement avec elle une politique pétrolière visant à doper les prix sur les marchés mondiaux.

Comme attendu, les résultats de cette conférence sont limités. « Sans la présence de la Russie, cette réunion est inutile, elle restera lettre morte. Ces résultats ne seront pas obligatoires. Les autorités saoudiennes savent bien que cette réunion est faite pour satisfaire la communauté internationale et pour renforcer le rôle saoudien dans les conflits internationaux et régionaux. La vraie solution est entre les mains russes et ukrainiennes. Ces deux camps doivent se mettre à la table de négociations et parvenir à un accord de paix et à un arrêt de tous les combats », explique Tarek Fahmy, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire.

La volatilité des marchés de l’énergie liée à la guerre en Ukraine a donné l’occasion à l’Arabie saoudite de se remettre en selle diplomatique. Plusieurs tentatives de médiation pour aboutir à la paix en Ukraine ont déjà été entreprises sans grands résultats, y compris via la visite d’une délégation de dirigeants africains à Kiev et à Moscou et celle d’un émissaire chinois. Russes et Ukrainiens avaient également mené des pourparlers dans les premiers mois de la guerre sans parvenir à une cessation des hostilités

Les combats s’acharnent

Alors que se tenaient les réunions de Djeddah, les combats sur le terrain s’acharnaient de plus en plus, et la fin de cette guerre reste loin. Dimanche 6 août, la Russie a annoncé que ses forces avaient frappé des bases militaires aériennes dans l’ouest de l’Ukraine, affirmant que « toutes les cibles » avaient été touchées.

De son côté, l’armée de l’air ukrainienne a annoncé avoir abattu 30 des 40 missiles de croisière et la totalité des drones de fabrication iranienne Shahed envoyés par la Russie au cours de plusieurs attaques. La veille, les missiles russes ont frappé des bâtiments du constructeur aéronautique ukrainien Motor Sich, entreprise « d’importance stratégique », plusieurs heures après l’attaque par un drone ukrainien d’un pétrolier russe en mer Noire. « Une nouvelle attaque de missiles russes a eu lieu contre notre pays. Ils ont touché Motor Sich et notre région de Khmelnytsky », a déclaré le président ukrainien, Volodymyr Zelensky.

L’Ukraine avait pris le contrôle du fabricant de moteurs pour avions et hélicoptères en novembre 2022, aux côtés d’autres entreprises « d’importance stratégique », afin d’aider à l’effort de guerre. Le siège du groupe se trouve à Zaporijia (sud), région partiellement occupée par les forces russes. Ainsi, l’attaque russe survient après une offensive ukrainienne contre le pétrolier russe dans le détroit de Kertch. « Durant la nuit, le SBU (services ukrainiens de sécurité) a fait sauter le SIG, un important pétrolier de la Russie qui transportait du carburant pour les soldats russes », a déclaré une source de ces services, qualifiant le navire de l’un des principaux pétroliers de Russie. « Cette nouvelle opération spéciale a été menée avec succès avec un drone naval et des explosifs, le navire était bien chargé de carburant, donc les feux d’artifice étaient visibles de loin », a déclaré cette même source. L’attaque avait été précédemment annoncée par l’Agence fédérale russe du transport maritime et l’agence russe RIA Novosti, qui avait précisé qu’elle n’avait pas fait de victimes. La diplomatie russe a condamné l’attaque ukrainienne contre « un navire civil », qui a « non seulement fait courir un risque de mort à son équipage, mais a également fait planer la menace d’une catastrophe environnementale de grande ampleur ».

Selon l’agence maritime russe, le pétrolier SIG a été touché au sud du détroit de Kertch. Le trafic sur le pont de Crimée, reliant cette péninsule annexée en 2014 à la Russie, a été suspendu pendant trois heures avant de reprendre tôt samedi, selon le Centre russe d’information autoroutier. Ce pont, frappé à deux reprises par des opérations ukrainiennes meurtrières, sert à acheminer du matériel aux militaires russes sur le front ukrainien, mais est également ouvert au trafic routier et ferroviaire civil. Le nombre des attaques a augmenté de part et d’autre depuis que Moscou avait refusé mi-juillet de reconduire un accord négocié par l’Onu qui autorisait les exportations de céréales ukrainiennes. En Crimée, les autorités russes ont annoncé samedi avoir abattu un drone ukrainien lors d’une nouvelle tentative d’attaquer Sébastopol, grand port et base russe de cette péninsule. Moscou a également affirmé avoir fait décoller un Su-30 pour intercepter un drone américain Reaper au-dessus de la mer Noire.

Vendredi, une frappe de drone ukrainien avait visé pour la première fois un navire de débarquement russe dans une base russe, Novorossïisk, grand port pétrolier du sud-ouest de la Russie et terminus d’un oléoduc qui sert notamment à l’exportation du pétrole kazakh. Cette attaque fait partie de la contre-offensive lancée par le président ukrainien début juin, mais qui n’a jusqu’à présent rencontré que des succès modestes.

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