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Guerre en Ukraine : L’heure des négociations a-t-elle sonné ?

Abir Taleb , (avec Agences) , Mercredi, 16 novembre 2022

Les forces ukrainiennes ont repris la ville stratégique de Kherson, après le retrait des Russes. Une victoire symbolique pour Kiev qui intervient alors que de nombreuses voix s’élèvent pour appeler à des négociations de paix.

Guerre en Ukraine : L’heure des négociations a-t-elle sonné ?
Kherson avait été conquise par les forces russes dès les premiers jours de la guerre. (Photo : AFP)

Kherson reprise par les Ukrainiens. Kiev s’en réjouit, Moscou en minimise la portée. Après neuf mois de guerre, l’armée ukrainienne est entrée vendredi 11 novembre dans cette ville-clé du sud du pays, après le retrait des forces russes. Une victoire importante et symbolique pour Kiev car la ville était occupée par les Russes depuis le 2 mars dernier, soit peu après l’entrée des forces de Moscou en Ukraine, fin février. Le ministère russe de la Défense a indiqué que plus de 30 000 soldats, ainsi que 5 000 pièces d’artillerie et autres équipements, s’étaient repliés sur la rive gauche du Dniepr, arrière naturelle qui coule au sud de Kherson, pour être réorganisés sur l’autre rive. Pendant ce temps, l’armée russe continue sa réorganisation. Suite au « redéploiement » de ses forces, l’état-major de l’armée ukrainienne a avancé qu’elles étaient actuellement en train de « renforcer l’équipement de fortification des lignes défensives ».

Pour certains observateurs, ce serait une stratégie russe qui s’explique par l’approche de l’hiver, qui impose de nouvelles règles du jeu dans les combats. Pour d’autres, ce retrait, après la perte de Kharkiv en septembre, constitue un revers de taille pour Moscou, Kherson ayant constitué la principale prise russe, après la conquête de la ville dans les premiers jours de la guerre. C’était la seule capitale régionale dont Moscou a pu revendiquer la conquête. Le ministre russe de la Défense, le général Sergueï Sourovikine, a reconnu qu’il s’agissait d’une décision « pas du tout facile ».

Située sur le fleuve du Dniepr, la ville portuaire de Kherson revêt en effet une importance militaire particulière. Proche de la région de Crimée, annexée par la Russie en 2014, elle représentait pour les Russes une nouvelle étape dans leur volonté de contrôler les environs de la mer d’Azov. D’où la fierté annoncée des Ukrainiens. « Nous sommes tous fous de joie », a déclaré samedi 12 novembre le président ukrainien, Volodymyr Zelensky. Mais aussi celle des Occidentaux : La Maison Blanche a salué une « victoire extraordinaire ». Le retrait des forces russes aura « des implications stratégiques plus larges », notamment en atténuant la menace à plus long terme que fait peser la Russie sur d’autres villes du sud de l’Ukraine, comme Odessa, a déclaré samedi 12 novembre Jake Sullivan, le conseiller à la sécurité nationale. « C’est un grand moment et il est dû à l’incroyable ténacité et à l’habileté des Ukrainiens, soutenus par l’appui uni et incessant des Etats-Unis et de nos alliés », a-t-il ajouté.

Mais, interrogé sur les informations selon lesquelles l’Administration du président américain, Joe Biden, aurait commencé à faire pression sur son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky, pour qu’il envisage des négociations avec Moscou, Jake Sullivan est resté évasif, se contentant de déclarer que c’était la Russie, et non l’Ukraine, qui devait décider de s’asseoir ou non à la table des négociations. La Russie, a-t-il dit, continue à avoir des « revendications farfelues » concernant ses annexions autoproclamées de terres ukrainiennes, alors même qu’elle recule devant les contre-offensives ukrainiennes. « L’Ukraine est le parti de la paix dans ce conflit et la Russie est le parti de la guerre. La Russie a envahi l’Ukraine (…). Notre position reste la même que par le passé et fondamentalement, elle est en étroite consultation et en soutien du président Zelensky », a encore soutenu Jake Sullivan.

Fatigue

Cependant, de plus en plus de voix s’élèvent pour appeler à entamer des discussions. Selon des médias turcs, Ankara s’est engagé à rechercher un dialogue de paix entre la Russie et l’Ukraine. De son côté, le président français, Emmanuel Macron, entretient depuis des mois une petite musique à part dans le camp occidental, en martelant la nécessité d’aboutir in fine à « une paix » négociée entre Ukrainiens et Russes, « quand le peuple ukrainien et ses dirigeants l’auront décidée, dans les termes qu’ils auront décidés ». Récemment, le chef d’état-major américain, le général Mark Milley, a lui aussi dit espérer des pourparlers pour mettre fin au conflit, une victoire militaire n’étant selon lui possible ni pour Moscou ni pour Kiev. Et, selon des informations publiées la semaine dernière par le Washington Post, la Maison Blanche ferait pression sur les dirigeants ukrainiens, pour les encourager à rester ouverts aux négociations avec la Russie. Il ne s’agit pas, pour l’Ukraine, de revenir à la table des négociations, Washington n’envisageant pas sérieusement que Poutine accepte une reprise du dialogue, explique le quotidien américain. Il s’agit surtout que Kiev ne perde pas le soutien de ses alliés occidentaux, dans un conflit qui bouleverse durablement l’économie mondiale et qui risque de se prolonger. Selon le journal, les Etats-Unis assurent soutenir l’Ukraine « aussi longtemps qu’il le faudra », mais ils craignent un détachement de certains pays, inquiets face à la promesse, fin septembre de Kiev, de ne plus jamais parler avec Poutine. « La fatigue se fait sentir chez certains de nos partenaires », ont ainsi confié des responsables américains au Washington Post. Des pays européens, africains et sud-américains, touchés par la crise énergétique et alimentaire qui découle du conflit, commenceraient ainsi à perdre patience, détaille le quotidien.

Ces informations, ainsi que les développements sur le terrain et le recul russe, sonneraient peut-être l’heure des négociations.

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