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Palestine : Comment éviter l’embrasement ?

Sabah Sabet , (avec Agences) , Mercredi, 20 avril 2022

Alors que les tentatives d’apaisement se poursuivent, la crainte d’une escalade dans les territoires occupés demeure entière après l’incursion, par les forces israéliennes, de la mosquée d’Al-Aqsa.

Palestine : Comment éviter l’embrasement ?
Depuis vendredi dernier, 170 Palestiniens ont été blessés dans des affrontements avec les forces de sécurité israéliennes. (Photo : AFP)
Après jénine, Al-Aqsa. La tension reste palpable sur l’Esplanade de la mosquée d’Al-Aqsa depuis vendredi dernier. Des heurts entre des centaines de manifestants palestiniens et les forces israéliennes ont repris, dimanche 17 avril, sur et à proximité de l’Esplanade des mosquées à Jérusalem (troisième lieu saint de l’islam), faisant plus d’une vingtaine de blessés. Tôt dimanche, les manifestants palestiniens ont commencé à amasser des pierres sur l’esplanade peu avant l’arrivée de juifs qui viennent visiter ce lieu, le plus sacré du judaïsme. Les forces de l’ordre israéliennes sont entrées sur l’Esplanade des mosquées afin de « déloger » ces manifestants et « rétablir l’ordre », a précisé la police israélienne.

Al-Aqsa avait été aussi le théâtre, vendredi 15 avril, de violents affrontements. La mosquée a été prise d’assaut par des dizaines d’unités de la police de l’occupation, attaquant les milliers de fidèles musulmans en pleine prière, dont beaucoup de personnes âgées, des femmes et des enfants. Ils ont été ciblés, selon des témoins, par des tirs de la police israélienne (balles en caoutchouc, grenades assourdissantes et gaz lacrymogène) dans toutes les directions. Bilan : 150 Palestiniens ont été blessés dans ces heurts, selon un bilan du Croissant-Rouge. « Israël est entièrement et directement responsable de ce crime et de ses conséquences », a déclaré le ministère palestinien des Affaires étrangères, Riad Al-Malki.

Ces violences, qui coïncident cette année avec le début des célébrations chrétienne de Pâques et juive de Pessah, s’ajoutent à des semaines de tensions en Israël et en Cisjordanie occupée. Depuis le 22 mars, Israël, frappé par quatre attaques, a lancé plusieurs opérations dans le camp palestinien de Jénine.

Appels à la retenue

Cette escalade fait craindre que la scène de la guerre des 11 jours, qui a eu lieu l’an dernier dans la bande de Gaza, ne se répète. Ayant fait plus de 243 morts côté palestinien et 12 côté israélien, ainsi que la destruction de centaines d’habitations, cette guerre était la plus meurtrière depuis celle de 2014 entre Israël et le Hamas au pouvoir à Gaza. D’où les appels internationaux à la retenue et les tentatives d’apaisement qui se sont multipliés afin d’éviter le pire. Les Etats-Unis ont exprimé leur « profonde préoccupation » et ont exhorté « les responsables palestiniens et israéliens à travailler en coopération pour réduire les tensions et assurer la sécurité de tous ». L’Egypte, le Qatar et les Nations-Unies ont intensifié leur médiation entre Israël et le Hamas afin d’empêcher une nouvelle escalade de la violence, a rapporté, samedi 16 avril, l’agence de presse Reuters, citant un responsable palestinien. Le Hamas a exigé qu’Israël libère près de 500 émeutiers arrêtés lors des derniers affrontements de vendredi. Le groupe a par ailleurs demandé la fin des « visites provocatrices de groupes juifs » sur le site religieux et des incursions militaires dans les villes de Cisjordanie. Suite à ces appels, l’Etat hébreu a libéré la plupart des détenus, une centaine d’entre eux étant toutefois restée en garde à vue, selon l’agence de presse.

Mais ces appels à la retenue vont-ils aboutir ? Selon le politologue Tarek Fahmy, « les tensions risquent d’augmenter, surtout aux derniers jours du mois du Ramadan où les Palestiniens vont par milliers à la mosquée d’Al-Aqsa pour prier, mais, à mon avis, elles ne seront pas aussi graves que celles de l’année dernière, en particulier avec l’accord conclu entre le Hamas et Israël » .

 Journée du prisonnier

 Dans un contexte marqué par une intensification par les autorités d’occupation des campagnes d’arrestations et des agressions dans les territoires occupés, les Palestiniens ont commémoré, dimanche 17 avril, le 48e anniversaire de « la Journée du prisonnier », journée internationale de solidarité avec les prisonniers politiques palestiniens enfermés dans les geôles israéliennes. Le 17 avril est la date de la libération du premier prisonnier politique palestinien dans un accord d’échange. Depuis des décennies, la politique mise en oeuvre par Israël, d’incarcérer des Palestiniens de Cisjordanie occupée et de Gaza dans des prisons situées en Israël et les priver des visites régulières de leurs familles, constitue une violation flagrante de la IVe Convention de Genève. Depuis 1967, plus de 800 000 Palestiniens, dont 17 000 femmes, ont été emprisonnés par Israël. Presque toutes les familles palestiniennes ont des membres qui ont subi des peines d’emprisonnement. En 2021, il y a eu 8 000 arrestations, dont près de 1 300 mineurs. 1 600 ordres de détention administrative ont été prononcés. Les arrestations visent plus particulièrement les militants, les défenseurs des droits humains, les étudiants, les journalistes. Même les enfants n’y ont pas échappé, selon les derniers chiffres du Club du prisonnier palestinien, 4 450 Palestiniens sont détenus, dont 160 enfants emprisonnés en violation des droits de l’enfant et 33 femmes. D’après la même source, environ 400 Palestiniens ont été arrêtés par les forces israéliennes depuis le début du mois d’avril, principalement à Jérusalem et à Jénine, ce qui est « équivalent au rythme enregistré au cours des mois d’avril et de mai de l’année dernière », a indiqué le club.

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