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Yousry Al-Charqawy : Les projets d’infrastructure attirent le plus d’investissements étrangers

Ola Hamdi , Mercredi, 29 mai 2024

Dr Yousry Al-Charqawy, président de l’Association des hommes d’affaires égyptiens et africains, revient sur le rôle du secteur privé dans le développement économique de l’Afrique.

Yousry Al-Charqawy

Al-Ahram Hebdo : Le secteur privé africain représente 80 % de la production totale et emploie 90 % de la population en âge de travailler. De quelle manière ce secteur peut-il stimuler la croissance économique en Afrique ?

Yousry Al-Charqawy : Permettez-moi de commencer par souligner l’importance de l’Afrique et les raisons qui en font un continent-clé. Le continent africain est l’une des régions les plus importantes sur le plan économique. Il recèle des solutions économiques pour l’ensemble de la planète : 60 % de cette vaste superficie est arable et 60 % de la population du continent est jeune. Il existe aussi une abondance d’eau et de rivières qui peuvent suffire à la production agricole et animale et assurer la sécurité alimentaire. L’Afrique possède 32 % du volume des richesses minières, 15 % des réserves mondiales de pétrole et 12 % des réserves de gaz naturel. L’Afrique représente un marché considérable avec une population de 1,3 milliard de personnes, qui atteindra 2 milliards d’ici 2050. Le continent s’impose comme une destination majeure pour l’industrie minière mondiale.

— Quels sont les défis les plus importants auxquels l’Afrique est confrontée ?

— L’Afrique est confrontée à des défis à la fois traditionnels et non conventionnels. Le colonialisme, qui a duré plus de deux siècles sur le continent, a laissé un héritage de problèmes majeurs en matière d’infrastructures, notamment de communication et de transport, d’aéroports, de ports, de routes, de ponts, de logements, d’éducation, d’accès à l’énergie, de santé publique, de réseaux de transport aérien et maritime, de présence de banques et d’institutions financières africaines et d’infrastructures d’information. A ces défis s’ajoutent de nombreux conflits ethniques et tribaux. Ces obstacles divers et complexes ont empêché le continent de tirer pleinement parti de ses immenses ressources. Le plus important était sans doute la perception négative qui prévalait au sein des populations du continent, en particulier dans les milieux d’affaires et financiers, à l’égard du commerce, de l’investissement et de l’économie en Afrique. Cela nécessite la formation d’une nouvelle génération d’entrepreneurs dotés d’une vision et de stratégies innovantes, ainsi que d’une idéologie renouvelée pour le secteur privé, fondée sur une maîtrise approfondie des règles et des mécanismes du commerce interafricain.

— Quels sont les secteurs économiques les plus prometteurs en Afrique?

— Le continent présente un large éventail d’opportunités pour générer des rendements d’investissement les plus élevés au monde. L’Egypte arrive en tête des pays du continent les plus attractifs pour les investissements, pour trois années consécutives, suivie par l’Afrique du Sud, le Maroc, le Nigeria, les Iles Maurice, le Kenya et l’Algérie. Les projets d’infrastructure sont les plus demandés pour les pays aux capitaux accumulés comme la Chine, les Etats-Unis, l’Allemagne, l’Italie et l’Inde. L’Afrique présente également des opportunités considérables pour les banques, les institutions internationales de développement et les banques multilatérales, à condition qu’elles s’adaptent aux réalités spécifiques du continent en matière de croissance et de développement. Il existe également des projets d’énergie de toutes sortes, qu’ils soient traditionnels ou modernes, ainsi que des projets dans l’agriculture, l’agroalimentaire, la santé publique et les hôpitaux, des investissements dans l’éducation, le tourisme balnéaire, le tourisme de loisirs, l’hôtellerie, le tourisme de plongée et de yachts, ainsi que des investissements liés aux zones logistiques, aux ports publics et aux chaînes de marché, en plus des projets miniers.

— Comment le secteur privé égyptien peut-il élargir sa présence dans le continent ?

— En tant que président de l’une des plus grandes organisations d’entreprises du continent, à savoir l’Association des hommes d’affaires égyptiens et africains, et grâce à cinq ans d’expérience et de communication constante avec le secteur privé égyptien et son homologue africain, je pourrais dire que nous avons besoin d’une stratégie nationale claire pour déployer des efforts unifiés et assurer une coordination concertée entre les secteurs public et privé, sous l’égide du président de la République. Nous travaillons également à mettre en oeuvre des programmes et des initiatives encourageants et spéciaux, que ce soit pour l’exportation ou l’importation en l’Afrique. Il est également nécessaire que la Banque Centrale prenne des mesures sérieuses concernant la nécessité pour les banques égyptiennes de s’installer en Afrique. Cela constituera un catalyseur encourageant dans tous les aspects du commerce et de l’investissement dans le continent. Cela passera par un travail acharné pour poursuivre les activités et les événements organisés par la société civile, tels que les visites sur le terrain, les réunions bilatérales, les protocoles de coopération, les expositions, les conférences, la création de zones logistiques gérées par le secteur privé. En plus, nous plaidons pour l’augmentation du nombre de vols directs vers l’Afrique assurés par les compagnies aériennes égyptiennes, y compris les vols cargo. La création d’une ligne maritime interne reliant les pays du continent et d’un fonds d’investissement maritime pour l’exploitation de navires et de petites lignes de navigation est également envisageable. Ce fonds pourrait utiliser les principaux ports logistiques comme plateformes-clés pour établir des partenariats avec de grandes compagnies maritimes. Enfin, nous proposons la création d’une banque d’informations africaine intégrée pour concrétiser le slogan que nous avons lancé au sein de notre association lors de la Journée de l’Afrique de cette année : « De l’Afrique ... pour l’Afrique ».

— Quels sont les objectifs-clés de l’Association des hommes d’affaires égyptiens et africains ?

— Motivés par la conviction des dirigeants politiques de l’importance de l’action africaine et de la promotion d’une coopération africaine commune, nous, acteurs du secteur privé, avons ressenti la nécessité de mettre en place une structure capable de soutenir et de compléter l’action diplomatique officielle et économique du pays. C’est pourquoi nous avons mené une étude spécialisée tout au long de l’année 2018 afin de lancer une entité forte et spécialisée qui travaille selon des mécanismes et des outils administratifs, techniques et technologiques pour devenir une entité efficace capable d’assumer une communication durable et de travailler avec méthode, cohérence et idées, et de disposer d’une équipe de direction capable de communiquer avec tous les pays et régions du continent. Nous avons défini une vision, une mission, des objectifs et une longue liste d’activités et d’événements à travers deux plans, l’un quinquennal et l’autre décennal. Nous avons créé l’association et l’avons annoncée début 2019. Nous avons travaillé dur grâce à un conseil d’administration professionnel, 22 comités de sensibilisation spécialisés et un organe supérieur qui comprend un président pour chaque comité et un adjoint. Nous sommes actuellement au nombre de 300, constitués de doyens et de l’élite d’hommes et de femmes d’affaires, d’entrepreneurs et de plus de 20 bureaux de représentation dans 20 pays en Afrique. Fort de cette influence, le comité d’organisation a choisi le président de l’association comme ambassadeur de la troisième édition de la Foire commerciale intra-africaine, qui s’est tenue en Egypte en novembre 2023. En plus, l’association a participé en tant que partenaire stratégique à la première Conférence sur le tourisme africain tenue la semaine dernière à Charm Al-Cheikh.

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