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Tochka, le renouveau

Ezzeldin Abdel-Aziz , Mardi, 14 mai 2024

La culture du blé s’étend également à Tochka, cet ancien projet qui renaît de ses cendres et qui revêt une importance stratégique pour assurer la sécurité alimentaire de l’Egypte.

Tochka, le renouveau

Du jaune au vert. Le projet de développement du sud de la Vallée, Tochka, est l’incarnation d’un ancien rêve : creuser une nouvelle vallée parallèle à celle du Nil dans le désert oriental, afin de combler la lacune alimentaire. L’idée de ce projet immense est née en 1997 avec l’objectif de cultiver 540 000 feddans à 230 km d’Assouan, au sud-ouest. Un projet qui devait initialement s’achever en 2017. Lors de son lancement, l’espoir du peuple égyptien était de voir cette région se transformer en un panier alimentaire qui assurerait l’autosuffisance agricole. Il misait sur l’approvisionnement en eau à travers la source principale du lac du Haut-Barrage via le lac Al-Cheikh Zayed. Cependant, après le démarrage des travaux, le projet a été subitement suspendu et il était au centre d’une grosse polémique quant à son utilité économique. Pour certains, c’était un gaspillage de fonds publics sans rendements réels. En 1998, l’Agence centrale pour la mobilisation publique et les statistiques (CAPMAS) a émis un rapport affirmant que 13 200 feddans sur un total de 540 000 avaient été cultivés, soit à peine 4,2 % de la superficie, et ce, pour un coût de 5,6 milliards.

En 2003, l’eau a de nouveau été injectée dans le canal principal du projet, le lac de Cheikh Zayed. Puis l’ensemble du projet a été suspendu à nouveau en 2008. Certains experts ont justifié les raisons de la suspension par le manque de financement, tandis que d’autres évoquaient une pénurie d’eau en provenance du lac Nasser.

Un projet relancé après des années d’arrêt

2014 a marqué un nouveau début pour le projet avec le lancement du plan national de la bonification de 4 millions de feddans. Ainsi, le projet, autrefois n’ayant aucun rendement, s’est transformé en une oasis agricole verte au sud-ouest d’Assouan. Pour Ahmed Ghalab, ex-président de l’Université d’Assouan et professeur à la faculté d’agriculture, « la décision de l’Etat de viser la culture de 4 millions de feddans ne se limitait pas à assurer l’autosuffisance alimentaire, mais également à promouvoir l’exportation de produits agricoles de haute qualité cultivés sans engrais chimiques ». Et d’ajouter : « Le fondement du projet dépendait sur l’approvisionnement des eaux d’irrigation à travers une station énorme qui pompe l’eau du lac du Haut-Barrage au lac Zayed et ses 4 ramifications sur une longueur d’environ 250 km. L’emplacement de la station de pompage géante a été choisi sur la rive ouest du Lac Nasser. Et tous ces travaux ont été exécutés par les spécialistes de l’Organisme public de la mécanique et de l’électricité ». Selon Ghalab, des systèmes d’irrigation modernes ont été utilisés et les eaux des puits ont été exploitées d’une manière optimale grâce à des techniques de pointe afin de produire des cultures appropriées au climat. « Le plan prévoit également d’établir des communautés agricoles et industrielles intégrées pour attirer la main-d’oeuvre. Ce qui incitera les investisseurs à lancer de nombreux projets liés à l’élevage et à la production agricole », ajoute Ghalab.

Le gouverneur d’Assouan, Achraf Attiya, a affirmé, pour sa part, la réception régulière du blé local au silo d’Al-Rajehy à Tochka avec le début de la saison de récolte cette année. Il a dit avoir demandé de présenter toutes les facilités et le soutien aux agriculteurs et les entreprises qui procurent les quantités de blé à l’intérieur des sites réservés au stockage d’une capacité de 175 000 tonnes. Surtout après la décision du ministre de l’Approvisionnement de lever le prix de l’ardeb de blé à 2 000 L.E. « Tochka est l’un des projets stratégiques qui visent à procurer les différents produits agricoles à l’Etat par le biais de la bonification des terrains. Surtout que la région est unique en raison de son climat doux et sec qui contribue à la maturité rapide des cultures. Ce qui permet de les exporter de manière précoce vers les marchés européens », explique Attiya, en soulignant que « le retour de ce projet vise à créer une nouvelle communauté urbaine basée sur le lancement d’industries complémentaires et l’implantation d’installations résidentielles et administratives dans une ville intégrée dotée d’équipements et de services, en plus de la présence d’une branche de la Banque de développement agricole et de crédit, la création de deux stations de diffusion médiatique, une mécanisation agricole, un marché commercial, une poste de police, une unité d’ambulance rapide et un centre médical pour desservir la région ».

Promouvoir les investissements agricoles

En effet, environ 82 000 feddans ont été cultivés à l’est du projet Al-Rif Al-Masri (la campagne égyptienne) en culture de blé et de luzerne. Cela s’ajoute à l’achèvement de la bonification de 70 000 feddans qui seront plantés en cultures de blé, de maïs jaune, d’orge, de tournesols, de betteraves, de mangues, de palmiers Barhi et les plantes aromatiques stratégiques les plus importantes, de sorte que cette réalisation majeure soit parallèle aux projets agricoles. Ceux-ci comprennent des fermes de dattes, de blé, de raisin et d’élevage de moutons, en plus du lancement du plus grand projet de volaille à des investissements s’élevant à 1,2 milliard de L.E. Youssef Majdoub, directeur de l’Autorité de développement du lac du Haut-Barrage, a déclaré : « Ce projet est l’un des méga-projets nationaux les plus importants visant à satisfaire l’autosuffisance alimentaire et il s’inscrit dans la stratégie de l’Etat d’étendre la superficie cultivée de 5 à 25 % de la superficie de l’Egypte ».

Selon Gaber Abou-Khalil, député, de la commission de l’agriculture auprès du Conseil des députés, Tochka représente le projet d’avenir de l’Egypte dans l’investissement agricole. Surtout à la lumière de l’ajout de nouvelles zones agricoles qui seront exploitées afin d’offrir de réelles opportunités d’emploi aux jeunes. « Les efforts de l’Etat dans ce grand projet ne se sont pas arrêtés au domaine de l’agriculture seulement, mais se sont plutôt étendus à tous les autres services, y compris le repavage et la réhabilitation des ponts et des routes qui relient Assouan à la ville d’Abou-Simbel et à l’Est de Owaïnat », souligne Khalil. Avant de conclure : « Toutes nos salutations à tous les efforts égyptiens qui ont redonné vie à un projet autrefois trébuchant. De quoi surprendre le monde entier ».

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