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Fadia Kiwan : La violence à l’égard des femmes est un phénomène que nous devons combattre

Hanaa Al-Mekkawi , Mercredi, 20 mars 2024

L’Organisation de la femme arabe célèbre cette année son 20e anniversaire. Entretien avec Fadia Kiwan, présidente de l’organisation.

Fadia Kiwan

Al-Ahram Hebdo : L’Organisation de la femme arabe célèbre son 20e anniversaire cette année. Quel bilan faites-vous de son action ?

Fadia Kiwan : La création de l’organisation en 2003 en Egypte reflétait la volonté des gouvernements arabes de coopérer ensemble pour un vrai progrès du statut de la femme. L’organisation est issue de la Déclaration du Caire du premier Sommet des femmes arabes en novembre 2000. Aujourd’hui, elle comprend 18 pays membres dont deux qui ont été suspendus pour des raisons politiques. Le dossier des réfugiées arabes et des femmes déplacées, l’autonomisation des femmes et la promotion de la participation des femmes aux élections et à la vie politique en général sont parmi les dossiers les plus importants que nous avons traités au cours des années passées.

— L’Egypte préside actuellement l’organisation. Quels sont les dossiers à traiter au cours de la prochaine phase ?

— L’Egypte préside l’organisation depuis mars 2023 et continuera à le faire jusqu’en février 2025. Le Conseil suprême de l’organisation est présidé par Maya Morsi, présidente du Conseil national de la femme. Le financement de l’organisation a été interrompu pendant les années du Printemps arabe, ce qui a affecté ses activités et ses ressources. Mais aujourd’hui, il y a une grande coopération entre les pays membres, notamment l’Egypte qui a créé l’organisation et qui accueille son siège. De nombreux pays ont payé leurs dettes envers l’organisation et notre budget a triplé cette année.

Nos objectifs sont clairs : l’autonomisation des femmes arabes qui sont le pilier fondamental du progrès dans nos sociétés arabes et un partenaire égal dans le processus de développement. Le Conseil suprême de l’organisation se réunit tous les deux ans lors d’une conférence où les ONG rencontrent des chercheurs, des universitaires et des ministres pour examiner les questions importantes.

Le résultat de cette conférence est un document qui définit l’action de l’organisation dans la période à venir. L’un des dossiers les plus importants à traiter lors de la prochaine conférence qui aura lieu en février 2025 sera le dossier de la cyberviolence.

L’un des mécanismes les plus importants du travail de l’organisation au cours de la période à venir sera le comité consacré pendant cinq ans aux jeunes. Ces derniers représentent la majeure partie de nos sociétés. Un jeune homme et une jeune fille sont sélectionnés dans chaque pays membre pour participer à une manifestation de sensibilisation.

Il s’agit de sensibiliser les jeunes à nos programmes et de développer leur intérêt pour nos objectifs de démantèlement des stéréotypes et de retour aux racines en éliminant toutes les formes de discrimination à l’égard des filles et des femmes.

— Lorsqu’on parle de discrimination, on pense directement à la violence contre les femmes dans certains pays. Pouvez-vous nous décrire la situation ?

— Malheureusement, la dernière décennie a été plus violente pour les femmes arabes, principalement à cause de la guerre et des conflits armés. Les femmes représentent la majorité des victimes.

La situation la plus urgente et la plus grave est celle des femmes palestiniennes qui connaît actuellement une situation qu’aucun mot ne peut décrire. Les femmes vivent dans des conditions très difficiles à cause de l’occupation, et maintenant à cause de la guerre à Gaza. Ailleurs qu’en Palestine, il y a des groupes de femmes qui sont victimes de violences dues aux conflits armés. N’oublions pas la violence domestique et le harcèlement. En effet, le harcèlement et la cyberviolence figurent parmi les problèmes les plus graves auxquels les femmes sont actuellement confrontées. L’Egypte a lancé de nombreuses initiatives pour faire face à ces phénomènes.

— La violence est-elle donc le défi le plus difficile pour les femmes arabes ?

— Si vous m’aviez posé cette question il y a quelques mois, la réponse aurait été non, car notre plus grand défi était d’augmenter le nombre de femmes sur le marché du travail. Mais à cause de la situation en Palestine, la violence et la déportation sont devenues les plus grands défis face aux femmes arabes aujourd’hui.

— Quel est le statut des femmes arabes en ce qui a trait aux droits politiques ?

— Améliorer la participation des femmes à la vie politique en général et au processus électoral en particulier en tant que candidates et électrices, ainsi que promouvoir l’égalité des chances pour les femmes et les hommes dans le processus électoral est certes une exigence sociale.

La participation des femmes aux parlements dans la région arabe est inférieure au niveau souhaité et reste en dessous de la moyenne mondiale. Notons que les stéréotypes culturels et le manque d’informations et de financement sont les principales causes de cette faible participation politique.

Nous préparons actuellement un atelier pour discuter de l’accès des femmes à la vie politique en se basant sur un rapport régional sur lequel nous travaillons depuis quatre ans. Ce rapport montre l’évolution des quotas dans 17 pays arabes depuis la Conférence des femmes de Beijing qui a eu lieu il y a 25 ans.

— Vous avez souligné la grande coopération qui existe entre votre organisation et les pays membres. Quels sont les aspects de cette coopération ?

— La coopération se déroule d’abord au niveau de l’élaboration des lois et des stratégies. Ces stratégies sont des références importantes dans chaque pays pour lutter contre la violence à l’égard des femmes et encourager leur autonomisation politique et sociale. La plupart des pays arabes ont déjà adopté de nombreuses lois dans ce domaine au cours de la dernière décennie.

Mais le vrai problème est que les lois ne sont pas toujours appliquées, bien que la sensibilisation ait augmenté et qu’il y ait plus de moyens de protection. Lors de la prochaine conférence de notre organisation, il sera question de renforcer l’application de la loi pour protéger les femmes et les enfants pendant les conflits armés et les guerres. Il est également important de chercher à protéger les femmes avant que la violence ne se produise et de prendre soin de leur santé mentale et physique.

L’organisation donne des informations, des conseils et des recommandations aux pays membres. Puis, nous aidons chaque Etat à disposer d’un plan d’action par le biais de ses institutions nationales qui assurent le suivi et la mise en oeuvre de ces recommandations.

— Quels sont les défis les plus importants auxquels vous faites face ?

— Nous aidons les Etats à trouver des solutions et leur fournissons un soutien en vue d’améliorer les conditions des femmes et de faire respecter leurs droits. Un soutien matériel est nécessaire et les moyens dont nous disposons sont insuffisants, c’est là l’un des plus grands défis de l’organisation. Outre le problème des ressources, nous sommes confrontés aux coutumes et aux traditions qui entravent parfois l’épanouissement de la femme et empêchent le changement. Mais je dois dire que ce facteur est moins important qu’avant. Il y a moins de refus qu’avant.

Notre but est de fournir une éducation de qualité aux filles dans nos pays arabes. Cela permettra de résoudre plus de 70 % de leurs problèmes. Deux objectifs fondamentaux permettront d’améliorer les conditions de vie des femmes : une éducation de qualité et une vie sûre sans violence ni harcèlement.

— La situation diffère-t-elle d’un pays arabe à l’autre ?

— Oui, les conditions des femmes sont très inégales dans les pays arabes à cause des conditions économiques et politiques. Certains pays n’ont ni ressources économiques substantielles, ni pétrole, par exemple. D’autres ont une grande population et des ressources limitées. Certains pays sont politiquement stables et d’autres connaissent des guerres ou des conflits politiques. Tous ces facteurs créent des inégalités entre les Etats.

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