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A Gaza, la trêve comme seule option

Chaïmaa Abdel-Hamid, Mercredi, 28 février 2024

La triple médiation égyptienne, qatarie et américaine intensifie ses efforts pour parvenir à une trêve prochaine à Gaza. Avec l’approche du Ramadan et la situation humanitaire catastrophique, cette trêve s’impose désormais comme seule issue.

A Gaza, la trêve comme seule option
Avec le désastre humanitaire en cours, une trêve se fait de plus en plus urgente.

Une trêve à Gaza avant le mois sacré du Ramadan semble de plus en plus se dessiner. La médiation menée par l’Egypte, le Qatar et les Etats-Unis se poursuit sans répit. Les représentants des trois pays, ainsi que ceux du Hamas ont poursuivi lundi 26 février leurs pourparlers au Qatar. Ils s’étaient auparavant rencontrés à Paris. Une rencontre au Caire est aussi prévue. Et, selon les analystes, les détails de l’accord de trêve y seraient annoncés.

Même si les négociations sont toujours en cours, les négociateurs sont parvenus finalement à s’entendre sur les contours d’un proche accord. Les trois pays travaillent depuis des semaines pour trouver une formule susceptible de mettre un terme à l’attaque dévastatrice d’Israël contre Gaza. En effet, Paris a accueilli un cycle de négociations en présence des médiateurs entre Israël et le Hamas, concernant un accord d’échange de détenus entre les deux parties et une trêve humanitaire qui durera plusieurs semaines dans la bande de Gaza. Des pourparlers ont aussi eu lieu en Egypte. Le chef du Hamas, Ismaïl Haniyeh, a achevé jeudi 22 février une visite de plusieurs jours au cours de laquelle les discussions ont porté sur la situation à Gaza, la « fin de l’agression » israélienne, le « retour des déplacés chez eux » et un « échange de prisonniers », ont affirmé des dirigeants du Hamas.

En attendant les résultats finals, les signes de la présence d’un terrain d’entente se profilent, avec la révélation des grandes lignes en cours de négociation. Pour conclure un accord, Israël pose comme condition préalable « la libération de tous les otages, à commencer par toutes les femmes », selon le conseiller à la sécurité nationale de Benyamin Netanyahu, Tzachi Hanegbi. Selon Israël, 130 personnes, dont 30 seraient morts, sont encore retenues par le Hamas et ce, après la libération d’une centaine lors d’une trêve fin novembre, en échange de prisonniers palestiniens. Cependant, Netanyahu s’oppose à la libération de prisonniers ayant participé à des attaques anti-israéliennes, réclamée par le Hamas. Il n’hésite pas à menacer que parvenir à un accord « ne signifie pas la fin de la guerre ». Le Hamas, de son côté, réclame un « cessez-le-feu complet » et le retrait des troupes israéliennes de Gaza. D’après une source du mouvement de résistance, le plan discuté en janvier prévoyait une pause de six semaines et la libération de 200 à 300 prisonniers palestiniens en échange de 35 à 40 otages.

Pourquoi maintenant ?

Après cinq mois de guerre violente qui a fait près de 30 000 morts côté palestinien, en grande majorité des civils, une trêve s’avère urgente. A souligner que depuis le déclenchement de la guerre le 7 octobre dernier, une seule trêve d’une semaine avait permis fin novembre la libération de plus d’une centaine de prisonniers israéliens et de 240 Palestiniens écroués en Israël.

En plus, les menaces de l’expansion de la guerre accroissent les inquiétudes en particulier à Rafah, à la frontière fermée avec l’Egypte, où se massent dans des conditions précaires au moins 1,4 million de personnes, la plupart des déplacés, qui sont menacées d’une opération militaire terrestre d’envergure. Netanyahu a affirmé, malgré l’avancée des négociations, qu’il continuait de préparer « les plans opérationnels d’action à Rafah, y compris l’évacuation de la population civile ».

Malgré les menaces continues d’Israël, les chances de parvenir à un accord augmentent, estime le chercheur au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram Béchir Abdel Fattah. Pour lui, plusieurs facteurs contribuent à parvenir à un proche accord. Le premier facteur, explique Abdel-Fattah, c’est l’approche du mois du Ramadan. « Le mois du Ramadan a une très grande importance chez les musulmans du monde entier. Le maintien de la guerre pendant ce mois sacré peut conduire à une escalade, une plus grande colère de l’opinion publique arabe qui peut faire pression sur leurs gouvernements afin de prendre des positions tranchantes contre Israël. Pour absorber leur colère, les gouvernements peuvent prendre des mesures politiques et économiques croissantes telles que la rupture des relations, l’expulsion des ambassadeurs, la perturbation de la normalisation avec Israël, etc. », explique le politologue qui ajoute qu’Israël et encore plus les Etats-Unis tentent d’éviter une telle situation.

L’autre raison est qu’après cinq mois de guerre, toutes les parties ont besoin de reprendre leur souffle. Israël, malgré la longue durée de la guerre, n’a pas obtenu de résultats significatifs et aucun de ses objectifs « annoncés » n’a été réalisé. En même temps, la résistance palestinienne est très épuisée. Une trêve lui donnera l’occasion de faciliter l’arrivée de l’aide aux Palestiniens et, sûrement, de réorganiser ses cartes, explique-t-il, ajoutant : « Les deux parties sont face à une situation d’impasse qui doit être brisée grâce à un accord d’échange de prisonniers, d’autant plus que l’opinion publique israélienne, en particulier les familles des prisonniers, est en colère contre Netanyahu ».

En effet, la colère des familles des otages à l’égard du gouvernement israélien se fait entendre depuis des semaines. Des familles d’otages retenus dans la bande de Gaza manifestent quasi quotidiennement et exhortent le gouvernement israélien à présenter rapidement un nouveau plan de négociation en vue de leur libération, d’autres sont même allées jusqu’à l’appel au départ de Netanyahu. « Il convient de noter que l’engagement de Netanyahu en faveur de cette trêve dépend de la situation interne en Israël. Si la popularité de Netanyahu est rétablie après la libération des otages, il pourrait prolonger la durée de la trêve mais, dans le cas contraire, les combats reprendront sans doute. La seule préoccupation de Netanyahu est de demeurer au pouvoir », souligne Abdel-Fattah.

Un autre volet, qui ne manque pas d’importance selon le spécialiste, concerne le contexte de pression juridique internationale croissante sur Israël. La Cour Internationale de Justice (CIJ), qui siège à La Haye, a tenu cette semaine des audiences sur les conséquences juridiques de l’occupation par Israël de territoires palestiniens depuis 1967, avec un nombre inédit de 52 pays appelés à témoigner. La plupart des intervenants ont appelé à ce qu’Israël mette fin à son occupation ayant suivi la guerre de 1967, mais Washington a pris la défense de son allié.

Plus tôt, un arrêt rendu par la CIJ, en réponse à la plainte pour génocide déposée contre Israël par l’Afrique du Sud, a prôné plusieurs mesures conservatoires : Israël doit notamment s’abstenir de commettre des actes entrant dans le champ d’application de la Convention sur le génocide, prévenir et punir l’incitation directe et publique à commettre le génocide et prendre des mesures immédiates et efficaces pour permettre la fourniture de l’aide humanitaire à la population civile de Gaza. La CIJ a particulièrement ordonné à Israël de conserver les preuves liées à l’accusation de génocide et de lui présenter un rapport d’ici un mois sur toutes les mesures prises conformément à cette ordonnance. « Même si Israël ne prête pas beaucoup d’attention à la justice internationale, notamment avec la protection des Etats-Unis, être mondialement mis en cause le met dans l’embarras, notamment à la lumière de la dégradation de la situation humanitaire en Palestine qui est aujourd’hui soutenue par la grande majorité de l’opinion publique mondiale. La seule sortie de cette impasse pour Israël, c’est de passer à une trêve, donnant un petit souffle à la population palestinienne sous les feux depuis cinq mois », conclut le politologue.

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