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Une mémoire encore vivante

Assouan, correspondance Ezzeldin Abdel-Aziz, Mercredi, 17 janvier 2024

L’histoire d’Assouan et de ses habitants est intimement liée à celle du Haut-Barrage. Al-Ahram Hebdo a recueilli des témoignages de personnes ayant contribué à la construction de ce projet colossal.

Une mémoire encore vivante

Le Haut-Barrage, c’est l’histoire d’un peuple qui a défié l’impossible pour construire l’un des plus grands projets du XXe siècle. Chaque pierre de ce grand édifice porte en elle des souvenirs chers à ses bâtisseurs. Une série de souvenirs, heureux et moins heureux : l’inauguration en grande pompe, le 15 janvier 1971, de ce projet grandiose, mais aussi les histoires de ceux qui ont trouvé la mort pendant les travaux de construction.

En regardant le Haut-Barrage, vous ne pouvez que vous remémorer une épopée faite de volonté et de persistance. Vous ne pouvez donc que fredonner les chansons patriotiques qui ont enflammé l’enthousiasme de tous ceux qui ont contribué à sa construction. Des hymnes répétés par la diva Oum Kalsoum, comme par Chadia et Abdel-Halim Hafez.

A l’occasion de la fête du gouvernorat d’Assouan, le 15 janvier, qui coïncide avec la date de l’achèvement des travaux du Haut-Barrage, Al-Ahram Hebdo a rencontré des bâtisseurs de ce projet grandiose qui ont confirmé que le coût de sa construction avait atteint à l’époque 415 millions de L.E. et que 400 experts russes et environ 35 000 ingénieurs, techniciens et ouvriers égyptiens et experts russes ont participé aux travaux.

« Je suis venu à Assouan à un âge très jeune. Mon père a insisté à quitter le gouvernorat de Qéna pour venir à Assouan afin de participer à la construction du Haut-Barrage. A cette époque, c’était une question patriotique pour tester la détermination des Egyptiens et leur capacité à défier l’impossible. Mon père nous emmenait, mes frères et moi, sur le chantier afin de nous inculquer l’esprit d’appartenance et de patriotisme. Jamais je n’oublierai la scène de la première turbine russe qui est arrivée à Assouan par le Nil à partir du port d’Alexandrie. Ce n’est qu’en 1971, dans les dernières étapes de sa construction, que j’ai commencé à travailler dans le Haut-Barrage », raconte Ezzat Hamada, 69 ans. Et d’ajouter que la détermination des Egyptiens n’a jamais fléchi depuis le début des travaux le 9 janvier 1960, malgré le danger encouru et le dur labeur. « Ils faisaient exploser les roches de granit à la dynamite. Ce qui les transformait en petits morceaux extrêmement tranchants qui ont causé la mort d’un grand nombre d’ouvriers. Je ne peux pas oublier l’image des funérailles des 80 ouvriers qui ont trouvé la mort après l’effondrement d’un tunnel, surtout que mon oncle se trouvait parmi eux », dit-il.

Fakhri Hammad, qui s’approche des 90 ans, est surnommé « Ibn Al-Sad » (fils du barrage). « Nous avons décidé de créer une association portant le nom des bâtisseurs du Haut-Barrage qui nous sert de lieu de rassemblement. Au siège de l’association au Club russe à Kima, nous avons tenu à enregistrer, en son et image, les souvenirs des travailleurs qui sont encore vivants et qui racontent les difficultés rencontrées pendant la construction du barrage », raconte-t-il avec fierté. Et d’ajouter qu’ils n’auraient jamais cru être capables de construire le Haut-Barrage de mains purement égyptiennes, après que l’Occident avait refusé de financer le projet. « Mais Nasser visitait régulièrement les sites pour suivre le bon déroulement des travaux. Il tenait à rencontrer les travailleurs, s’enquérait auprès d’eux des conditions de travail et les motivait pour poursuivre l’achèvement de cet édifice historique », explique Ibn Al-Sad.

Salah Dewi, « Wannach », celui qui travaille sur le treuil et soulève de grands poids, raconte non sans fierté et prestige que les travailleurs du barrage vivaient ensemble jour et nuit. « Nous passions sur le chantier plus de temps que nous ne passions avec nos familles. Les salaires étaient maigres, et pourtant, nous déployions le maximum d’efforts, car nous ressentions que nous avions l’honneur de participer à la construction de ce grand projet. Nous mangions essentiellement des fèves et des lentilles, mais cela ne nous a pas découragés. Nous faisions le maximum d’efforts, car nous en étions fiers », raconte Wannach.

« J’ai assisté au moment où le feu président Gamal Abdel-Nasser a posé la première pierre du Haut-Barrage en présence de personnalités importantes tel le roi Mohammed V du Maroc. A l’époque, une maquette du projet avait été conçue pour que le peuple égyptien puisse s’imaginer l’ampleur du projet », raconte fièrement Dewi, ajoutant que les travaux se poursuivaient 24h sur 24. « Je travaillais sur le treuil qui soulevait les turbines et les grandes charges et m’occupait de leur entretien. Un esprit de compassion et de collaboration régnait entre tous ceux qui travaillaient, car la tâche était dure et nous obligeait à aplanir les difficultés afin de relever les défis », conclut fièrement Dewi.

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