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Le défi de l’autosuffisance

Nada Al-Hagrassy , Mercredi, 20 décembre 2023

L’autosuffisance alimentaire sera l’un des enjeux du nouveau mandat du président de la République. Explications.

Le défi de l’autosuffisance
(Photo : Reuters)

Garantir la disponibilité de produits alimentaires stratégiques est l’un des grands dossiers du nouveau mandat. Et ce, à cause des multiples défis environnementaux et géopolitiques qui menacent la sécurité alimentaire mondiale. « Au cours des derniers mois, l’Etat égyptien a déployé des efforts inlassables pour étendre la base de ses réserves en matières premières stratégiques, afin de réduire l’impact des changements que connaît le marché mondial à cause du conflit en Ukraine. Ces changements ont provoqué une hausse des prix et donné lieu à des difficultés en matière d’approvisionnement, à la volatilité des prix de l’énergie et à l’insécurité alimentaire », explique Asmaa Fahmy, chercheuse au Centre égyptien de la pensée et des études stratégiques (ECSS). Pour faire face à la crise du sucre actuelle, le gouvernement a décidé, le 14 décembre, d’interdire formellement l’exportation du sucre pour une durée de 3 mois et a lancé un appel d’offres pour importer 50 000 tonnes de sucre brut. De même, le gouvernement a identifié, en plus du sucre, 7 produits de base dont les prix peuvent être baissés de 15 à 25 %. Il s’agit des haricots, des lentilles, des produits laitiers, de l’huile, du riz, des volailles et des oeufs. Et ce, en « suspendant les droits de douanes pour une période de 6 mois et en fournissant des devises aux importateurs de ces denrées », ajoute Asmaa Fahmy.

Réduire les prix est indispensable pour mettre la nourriture à la portée de tout le monde, y compris les couches modestes de la population. Mais pour réduire les prix, il faut garantir l’abondance de ces produits. C’est pourquoi le président de la République, Abdel-Fattah Al-Sissi, a lancé en 2014 une série de méga-projets agricoles dans le but de parvenir à l’autosuffisance alimentaire. Il s’agit d’augmenter la superficie des terrains agricoles, de développer l’agriculture durable en adoptant de nouvelles technologies d’irrigation et de culture et de créer des pôles agro-industriels qui respectent la dimension environnementale. « L’Egypte vise à augmenter la production agricole de 30 % d’ici 2024 et la contribution du secteur agricole au PIB de 12 % », a déclaré la ministre de la Planification et du Développement économique, Hala Al Saïd. A la tête de ces projets figure le projet de bonification de 1,5 million de feddans, mis en place en coopération avec l’Organisation des Nations-Unies pour le Développement Industriel (ONUDI) dans le but de dynamiser l’activité agricole. La création de100 000 serres agricoles est un autre projet lancé en 2018, afin de fournir des produits agricoles de haute qualité en dehors de la saison agricole. En effet, les serres ont augmenté la production agricole de légumes de 1,5 million de tonnes chaque année. Le projet national des silos est un autre grand projet d’une importance stratégique. Il s’agit de créer une cinquantaine de silos répartis en 17 gouvernorats avec une capacité de stockage estimée à 1,5 million de tonnes destinées essentiellement au stockage de produits stratégiques tels que le blé et les céréales (voir infographie). Enfin, le projet du Nouveau Delta a été lancé en 2021 pour cultiver un million de feddans d’ici deux ans. Le gouvernement tente aussi de moderniser les méthodes de production en adoptant des systèmes d’irrigation intelligents. Ces démarches ont permis d’augmenter la superficie agricole de 8 % pour atteindre 9,8 millions de feddans en 2021 contre 8,92 millions en 2014.

Augmenter la superficie des cultures

Grâce à ces méga-projets, l’Egypte a fait des pas en avant dans le dossier de l’autosuffisance alimentaire. « Si la production de blé est restée inchangée par rapport à l’année dernière, soit environ 9,8 millions de tonnes, c’est grâce à l’usage de nouveaux grains plus développés qui s’adaptent au climat chaud de l’Egypte », explique Asmaa Fahmy. Par ailleurs, la production de maïs augmentera au cours de l’exercice 2023-2024 de 2,1 % par rapport à 2022-2023 grâce à l’augmentation des cultures. « La hausse des prix du maïs sur le marché local encouragera de nombreux agriculteurs à le cultiver davantage », explique Asmaa Fahmy. Et d’ajouter : « La production de riz devrait également augmenter de 5 % par rapport à l’année dernière, avec l’augmentation attendue des espaces cultivés en Egypte. Cette augmentation est attribuée à la hausse des prix du riz blanc actuellement sur le marché, fait qui incite les agriculteurs à augmenter les superficies cultivées ».

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