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Nouveau mandat, nouvelle phase

Aliaa Al-Korachi , Mercredi, 20 décembre 2023

Réélu pour un troisième mandat, le président Abdel-Fattah Al-Sissi poursuivra le projet national de développement entamé il y a dix ans. De nombreux enjeux sont au rendez-vous. Décryptage.

Nouveau mandat, nouvelle phase
(Photo : Moustapha Emeira)

Le rideau tombe sur l’élection présidentielle égyptienne, et une nouvelle phase commence. Le président égyptien, Abdel-Fattah Al-Sissi, a remporté l’élection présidentielle avec 89,6 % des voix, a annoncé, lundi 18 décembre, Hazem Badawi, chef de l’Autorité Nationale des Elections (ANE). « Je suis bien conscient de l’ampleur des défis que nous avons traversés et que nous continuons à affronter, tout comme je me rends compte que le héros de ces défis est le grand citoyen égyptien qui s’est opposé au terrorisme et à sa violence, qui a porté le fardeau de la réforme économique et ses conséquences et qui a affronté les crises avec conscience, résilience et sagesse », a déclaré le président lors de son discours retransmis directement à la télévision après l’annonce des résultats. Et d’ajouter : « L’Etat égyptien affronte un ensemble de défis à tous les niveaux qui nécessitent de renforcer les efforts. Je renouvelle mon engagement avec vous afin de déployer tous les efforts ensemble pour continuer à construire la nouvelle République que nous cherchons à établir ».

Selon Badawi, la participation a atteint un taux « sans précédent » de 66,8 %. Parmi les 67 millions d’électeurs égyptiens, plus de 39 millions ont donc voté pour le président Abdel-Fattah Al-Sissi. Par ailleurs, ses rivaux, Hazem Omar, chef du Parti républicain du peuple, Farid Zahran, chef du Parti social-démocrate, et Abdel-Sanad Yamama, à la tête du parti du Néo-Wafd, ont remporté successivement : 4,5 % des votes (1,9 million de voix), 4 % des votes (1,7 million de voix) et 1,9 % (822 600 voix).

Quand aura lieu l’investiture du président pour son troisième mandat ? Selon l’article 140 de la Constitution, le nouveau mandat du président Abdel-Fattah Al-Sissi doit commencer au lendemain de la fin de son deuxième mandat qui se terminera le 2 avril 2024. Le président doit ensuite prêter serment devant la Chambre des représentants.


(Photo : AFP)

Alignement national

Comment expliquer cette participation électorale très élevée ? Selon beaucoup d’analystes, l’élection de 2024 est historique non seulement en raison du taux de participation des Egyptiens très élevé par rapport aux élections présidentielles de 2014 et 2018, mais aussi parce qu’elle constitue un vote en faveur du projet national égyptien et pour un Etat capable de protéger ses frontières et de préserver ses intérêts dans un contexte régional où la plupart des pays sont affectés par des conflits prolongés. Selon Mohamed Salama, spécialiste des affaires régionales, « le taux de participation à ce scrutin a dépassé celui des derniers scrutins, qu’il s’agisse de la présidentielle, des législatives ou des référendums. Et ce, pour plusieurs raisons, dont la plus importante était de démontrer l’état d’alignement national sur les institutions de l’Etat pour faire face aux défis régionaux et pour préserver la sécurité nationale de l’Egypte ».

En effet, les développements dans les territoires palestiniens occupés sont depuis plus de deux mois au centre des préoccupations de la rue égyptienne. Les Egyptiens ont senti le réel danger résultant des pressions américaines et européennes pour mettre en oeuvre le scénario du déplacement des Palestiniens et de la liquidation de la cause palestinienne. Par conséquent, des milliers d’Egyptiens de différentes catégories ont afflué aux bureaux de vote, transmettant un message important : « L’unité égyptienne est intouchable ». Autre raison : le vote massif reflète un taux élevé de conscience politique parmi les citoyens, en particulier les jeunes, 5 millions d’entre eux sont venus s’ajouter aux listes électorales par rapport aux dernières élections législatives. « Cette catégorie est souvent plus consciente de son droit constitutionnel à voter et plus motivée à donner sa voix », ajoute Salama. Le professionnalisme de l’ANE dans la gestion de la scène électorale est une autre raison. « L’ANE a introduit de nouveaux mécanismes pour garantir que chaque citoyen obtienne son droit constitutionnel de voter. Des cartes en braille ont été créées pour les non-voyants. Les bureaux de vote ont été équipés de tous les moyens pour aider les personnes handicapées, qui représentent environ 10 millions de citoyens, et les personnes âgées, et ceux des expatriés ont été équipés de manière à permettre à chaque électeur de voter et de surmonter l’obstacle de la distance entre lui et son bureau de vote. En outre, l’ANE a été en contact constant avec les médias locaux et internationaux pour clarifier les développements les plus importants tout au long de la journée de vote et rassurer tout le monde sur les progrès et l’intégrité du processus électoral », souligne Salama.

 Dans son article publié par Al-Ahram, intitulé « A l’élection présidentielle : le vainqueur est l’Egypte », Gamal Abdel-Gawad, politologue, écrit : « La période de vote pour l’élection présidentielle est terminée. Et nous avons déjà plus d’un gagnant qui mérite d’être célébré ». Selon Abdel-Gawad, les partis politiques ont joué un rôle majeur dans la mobilisation des électeurs et ont prouvé qu’ils disposent de compétences d’organisation efficaces et de réseaux de communication qui les qualifient pour occuper une place plus grande dans la vie politique. En outre, « l’électeur égyptien est le premier vainqueur de ces élections », souligne Abdel-Gawad. Car « la majorité des électeurs sont allés aux urnes pour soutenir leur système politique et leurs dirigeants afin de faire face aux pressions extérieures et aux complots ». Et d’ajouter : « Certes, il y a des crises économiques, mais l’électeur égyptien a prouvé qu’il est conscient de ne pas réduire l’évaluation de la performance de l’Etat, du président et du gouvernement à un seul facteur, à savoir les prix et l’économie. Mais il y a d’autres choses qui ne sont pas moins importantes liées au sentiment nationaliste, à la stabilité, à la sécurité et à la vision de l’avenir ».

Défis internes et externes

Quels sont donc les défis qui attendent le président au cours de son nouveau mandat ? En matière de politique intérieure, l’enjeu le plus important au cours de la période à venir est d’achever la construction de la nouvelle Egypte, d’achever les projets nationaux en cours et de réaliser le plan du développement économique lancé il y a dix ans. « Le principal défi du président est d’ordre économique », explique Bassant Gamal, chercheuse en économie. Et d’ajouter : « Les crises mondiales successives pèsent sur l’économie égyptienne depuis 2020, d’abord avec la pandémie du Covid-19 puis avec la guerre en Ukraine, en raison de la mondialisation économique et commerciale. Et ce, après que l’économie égyptienne avait atteint ses taux de croissance les plus élevés au cours de l’exercice 2021-2022 ». Elle explique : « Afin d’améliorer les performances de l’économie, le pays doit poursuivre ses efforts visant, au cours de la prochaine période, à localiser l’industrie, diversifier les sources de réserves en devises étrangères et développer les infrastructures. Augmenter la participation du secteur privé dans l’économie nationale se trouve au coeur des priorités économiques de l’agenda présidentiel du nouveau mandat ».

Faire face à une multitude de défis régionaux qui ne cessent de gagner d’ampleur en menaçant la sécurité régionale de l’Egypte sera également une priorité absolue du nouveau mandat du président.

« Le dossier des crises des pays voisins prolongées et multidimensionnelles, tels que les conflits au Soudan et en Libye, ainsi que la guerre à Gaza, constitue l’une des menaces principales pour la sécurité nationale égyptienne. En plus, les répercussions de toutes ces crises ne se limitent pas à la sécurisation des frontières et la question des réfugiés mais incluent également d’autres menaces liées à la sécurité nationale et à la souveraineté égyptienne », souligne-t-elle.

En outre, l’ampleur des défis régionaux auxquels sera confronté le président au cours de son nouveau mandat ne se limite pas aux menaces traditionnelles, mais s’étend plutôt aux menaces non traditionnelles, et au coeur de ces défis se trouve la sécurité maritime à cause des attaques récentes contre les navires en mer Rouge menées par les Houthis, ce qui pourrait menacer le commerce maritime mondial.

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