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L’eau, une priorité

May Atta , Mercredi, 20 décembre 2023

La gestion durable de l’eau est l’un des défis que l’Egypte s’emploie à relever pour lutter contre le stress hydrique.

L’eau, une priorité

L’un des défis les plus importants auxquels l’Egypte est confrontée est la pauvreté hydrique. La croissance démographique, la construction du grand barrage éthiopien et le changement climatique ont rendu critique la situation hydrique en Egypte. En effet, le seuil de pauvreté en eau a été fixé par l’Onu à 1 000 m3 par habitant et par an. Or, selon le ministère égyptien de l’Irrigation, la part d’eau par habitant en Egypte est de 600 m3 par an. La part annuelle de l’Egypte en eau est de 55 milliards de m3 provenant du Nil, un milliard de la pluie et 5,5 milliards de m3 provenant des nappes phréatiques. Omar Elhosseiny Elnady, conférencier en génie environnemental à l’Université de Coventry et à l’Université américaine du Caire (AUC), explique : « Jusqu’en 1990, le citoyen égyptien avait besoin de 1 000 m3 d’eau par an. Mais à cause de la croissance démographique, la situation est devenue critique ». Les ressources hydriques en Egypte restent stables et offrent environ 62 milliards de m3 d’eau, alors que le pays a besoin aujourd’hui de 105 milliards de m3 d’eau par an. L’Egypte souffre donc d’un déficit annuel de 43 milliards de m3, ce qui peut avoir une influence négative sur les usages d’eau.

Selon Nader Nour Al-Dine, expert en eau et professeur à la faculté d’agronomie de l’Université du Caire : « la consommation industrielle de l’eau en Egypte représente 5 % et la consommation domestique et 10 % de l’ensemble de la consommation. Alors que l’agriculture utilise 82 % de l’eau prélevée pour l’irrigation. L’irrigation est donc le grand fardeau qui menace sur les ressources durables d’eau ».

Une stratégie à multiples facettes

Pour résoudre le problème de l’eau, l’Egypte a mis en oeuvre une stratégie nationale de recyclage de l’eau, d’autant que d’ici 2050, la population égyptienne devrait dépasser les 150 millions d’habitants et l’Ethiopie continue à remplir le barrage de la Renaissance sans accord avec les pays en aval. « L’Egypte a présenté de nombreuses propositions pour réaliser les intérêts des pays en aval, mais l’Ethiopie poursuit son intransigeance », a déclaré Mohamad Ghanem, porte-parole du ministère de l’Irrigation. A rappeler qu’au cours des trois dernières années, l’Ethiopie a achevé unilatéralement les trois premiers remplissages du barrage et entreprend actuellement le 4e remplissage qui touche à sa fin. Toutes ces conditions représentent une pression sur les ressources hydriques en Egypte.

Pour faire face au défi de l’eau, l’Etat a élaboré un plan national de développement des ressources en eau (2017-2037), d’un coût d’environ 50 milliards de dollars. Cette stratégie vise à augmenter les investissements, notamment dans les projets d’infrastructures hydriques, tels que les usines de traitement des eaux usées, le dessalement de l’eau de mer et les systèmes d’irrigation modernes.

C’est dans ce contexte que le gouvernement a mis en place le projet national de revêtement des canaux d’irrigation sur 7 500 km à partir de 2014 jusqu’à mi-2024 avec un budget de 80 milliards de L.E., pour éviter l’infiltration de 5 milliards de m3 d’eau par an. Le traitement des eaux usées est une autre priorité dans cette stratégie. L’Egypte a réussi à inaugurer la plus grande station d’épuration d’eaux usées au monde à Bahr Al-Baqar, à Port-Saïd, d’une capacité de production de 5,6 millions de m3 par jour. « Les projets d’épuration d’eaux usées ont permis d’obtenir 20 milliards de m3 d’eau utilisés dans l’industrie et dans l’irrigation. Cela a réduit le déficit annuel de 43 à 23 milliards de m3 d’eau », assure Nour Al-Dine. L’Etat vise à construire des dizaines de projets de dessalement de l’eau de mer d’ici 2050 sur 6 plans quinquennaux, dont la capacité totale est d’environ 9 millions de m3 par jour.

Une coopération régionale

En outre, pour mieux redistribuer les eaux du Nil, l’Egypte a commencé à remplacer et à rénover les principales installations d’approvisionnement en eau sur le Nil comme le projet des barrages de Daïrout, qui a été mis en place avec un coût d’un milliard de L.E. Il vise à améliorer l’irrigation sur une superficie de 1,5 million de feddans, représentant 18 % de la superficie agricole de l’Egypte. L’Etat a inauguré le nouveau barrage d’Assiout qui vise à améliorer l’irrigation sur une superficie de 1,65 million de feddans dans 5 gouvernorats (Assiout, Minya, Béni-Soueif, Fayoum et Guiza). Par ailleurs, l’Egypte a essayé ces dernières années de renforcer sa coopération avec les pays du bassin du Nil pour coordonner les positions sur la gestion optimale des ressources hydriques, maximiser les revenus du fleuve et protéger ses intérêts hydriques. L’Egypte participe actuellement à la construction de barrages hydroélectriques en Afrique, comme celui de Julius Nyerere en Tanzanie et le barrage de Stiegler’s Gorge sur le fleuve Rufiji. Parmi les autres domaines de coopération technique, on peut citer le forage de puits souterrains pour fournir l’eau et la construction de barrages pour collecter les eaux des pluies.

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