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L’enjeu archéologique au Sinaï

Nasma Réda , Jeudi, 05 octobre 2023

La libération du Sinaï a permis le développement des travaux archéologiques dans cette région riche en histoire.

L’enjeu archéologique au Sinaï
L’île de pharaon où se trouve la forteresse de Salaheddine.

Après la fin de la guerre du 6 Octobre et la signature de l’accord de la paix avec Israël en 1979, un bureau égyptien pour les antiquités a été créé à Al-Qantara Charq, au Sinaï, prenant la morgue de l’armée israélienne comme siège. Le travail sur le terrain a concrètement commencé en 1983 par une équipe de l’Organisation des antiquités égyptiennes dirigée par l’archéologue Mohamad Abdel-Maqsoud, nommé inspecteur en chef du Sinaï. « Suite à cette nomination, la célèbre égyptologue française Christiane Desroches Noblecourt, avec laquelle j’ai travaillé à Louqsor, m’a fait un tour dans les temples de Karnak à Thèbes, afin de me montrer une scène du roi Séthi Ier gravée sur l’un des parois du temple. Cette scène montre la défense égyptienne sur les frontières nord-est du pays. Et lors de mes fouilles plus tard dans la péninsule, on a découvert la forteresse de Tell Haboua, mentionnée sur les parois de Karnak », se souvient Abdel-Maqsoud, ajoutant que depuis cette date, les travaux au Sinaï ont commencé sur quelques sites majeurs tels que Al-Qantara, Tell Haboua, Tell Al-Herr, Peluse et Tell Al-Maghazin.

C’est au nord du Sinaï que les archéologues ont mis au jour l’allée dite « Horus », de même que les vestiges de nombreuses forteresses comme celles appartenant au roi Séthi. Si la plupart des vestiges exhumés sont de l’époque gréco-romaine, ceux de Tell Haboua appartiennent à la période de l’Egypte Ancienne. De même, toujours au nord de la péninsule figurent les églises chrétiennes et byzantines à Peluse et à Tell Al-Maghazin. « Notre travail dans le Sinaï a commencé par l’inspection des 4 coins de la péninsule. Ce qui m’a gêné, c’étaient les pancartes écrites en hébreu déterminant près d’une quarantaine de sites et régions archéologiques », dit Abdel-Maqsoud, assurant que tous ces panneaux ont été enlevés de peur de falsification de l’histoire. En fait, cette falsification a affecté plusieurs sites au Sinaï, dont l’île de pharaon et la citadelle de Salaheddine. « Suite au succès des négociations concernant la ville égyptienne de Taba, en 1988-89, on a commencé des fouilles sur l’île du pharaon où se trouve la citadelle de Salaheddine et où j’ai découvert, à 10 cm de profondeur, une stèle en granite où était clairement gravé le nom du commandant arabe Salaheddine », souligne l’archéologue Abdel-Réhim Rihane, inspecteur dans l’équipe fouillant l’île. Selon lui, beaucoup de documents conservés en Europe, surtout ceux du chercheur israélien Alexander Flinder, estiment que la présence des Hébreux précède celle des Byzantins et des Arabes. « C’est une falsification flagrante que nous autres, archéologues égyptiens, nous nous battons pour changer », affirme-t-il.


Temple de Serabit Al-Khadem de Hathor.

Les fouilles archéologiques au Nord-Sinaï ont abouti à la découverte de plusieurs forteresses et le circuit guerrier de défense remontant aux dynasties pharaoniques. Elles ont également révélé le trajet chrétien du pèlerinage, le début du circuit de la Sainte Famille en Egypte et les ports, ainsi que le chemin de pèlerinage des musulmans utilisé jusqu’au XIXe siècle. Par contre, les travaux d’exploration et d’excavation primaires des missions israéliennes, dont ceux de l’Université Ben Gourion, ont déterminé près de 35 sites archéologiques. « Ces travaux, qui se faisaient sous la supervision du ministère de la Défense et des autorités occupantes, étaient contre la convention de La Haye pour la protection des antiquités. Quelques archéologues d’entre eux ont publié leurs recherches », indique Rihane, ajoutant que quelques recherches, comme celles faites en 1979 par un professeur de l’Université de Jérusalem, dévoilant 55 graffitis arméniens à Ouadi Haggag remontant à une période du VIIe au Xe siècle, ont aidé à la découverte des chemins de pèlerinage chrétien. « Les cartes et les déterminations des sites archéologiques faites par les occupants étaient un vrai gain pour les Egyptiens », explique Abdel-Maqsoud. Mais le grand problème, d’après lui, c’était la détérioration ou même la destruction de quelques sites lors du retrait israélien. En fait, les scientifiques et les archéologues israéliens ont eu recours à des soldats non spécialistes lors des travaux d’excavation archéologiques et des hélicoptères transportaient des pièces déterrées jusqu’à Israël pour être étudiées puis exposées dans leurs musées.

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