Vendredi, 24 mai 2024
Dossier > Coton égyptien >

Le textile prend son envol

Amani Gamal El Din , Vendredi, 22 septembre 2023

La stratégie nationale de la promotion de l’industrie du textile égyptien 2025 a commencé à prendre corps. L’objectif est de retrouver sa gloire d’antan.

Le textile prend son envol
La stratégie de la promotion du textile égyptien 2025 intervient dans le cadre plus élargi de la modernisation du secteur industriel.

Sommes-nous en train de témoigner d’une résurrection de l’âge d’or du textile égyptien, à la renommée mondiale au siècle dernier ? C’était de bon augure pour les experts du métier et du public qui a toujours ressenti une nostalgie à la gloire d’antan du textile égyptien, lorsque le gouvernement a affiché cet objectif en élaborant une nouvelle stratégie nationale de promotion de l’industrie du textile égyptien 2025. L’une des manifestations récentes de la stratégie a été l’annonce du lancement des opérations expérimentales de « l’usine filature 4 » par Mahmoud Esmat, le ministre du Secteur public des affaires. La production quotidienne de l’usine étant de 15 tonnes de coton filés.

La stratégie nationale était une réponse aux maux qui se sont accumulés pour peser lourd sur un secteur qui se trouve très mal en point depuis des années. L’industrie textile a connu des turbulences qui ont commencé dans les années 1990. Pour Mohamed Shadi, macro-analyste au Centre égyptien de la pensée et des études stratégiques (ECSS), les raisons de cette dégradation se rapportent à un secteur public détérioré, un secteur privé désorganisé et une mauvaise logistique : état délabré des usines et des machines, main-d’oeuvre non qualifiée et en sureffectif. Ceci a eu pour résultat le recul de la production. Ajoutons à cela le recul de la superficie cultivée en coton. Celle-ci est passée de 10 millions quintaux dans les années 1980 à 2 millions quintaux en 2018, soit 330 000 feddans.

Plus récemment, la crise de la pandémie de coronavirus, suivie de la guerre en Ukraine et la perturbation des chaînes d’approvisionnement mondiales, dont les séquelles continuent d’impacter négativement tout l’environnement, y étaient pour beaucoup, en plus de la dépréciation de la livre égyptienne. « Les intrants de production et les frais d’expédition ont augmenté de 200 %. Ce qui a fait accroître, par conséquent, les coûts de la production et du fonctionnement des usines. Les prix du polyester ont doublé en peu de temps, passant de mille dollars la tonne à deux mille dollars en raison de la hausse des prix mondiaux », a déclaré à l’Hebdo Anas Rached, membre au Conseil des exportations du textile. Mohamed Abdel-Salam, président de la Chambre du prêt-à-porter et du tissage, explique, quant à lui, que les capacités de production de tous les stages de l’industrialisation ont baissé de 50 %.

Par conséquent, les exportations des textiles ont diminué de 14 % en 2020, soit 2,8 milliards de dollars contre 3,7 milliards en 2019, selon le département des industries textiles dépendant de l’Union des industries. En 2022, elles ont enregistré 2,4 milliards de dollars, alors que la croissance du secteur s’est stabilisée à 4 % de 2018 à 2023.

L’industrie des textiles est la deuxième plus grande du pays. Selon les chiffres du département des industries textiles auprès de l’Union des industries, elle représente, avec le prêt-à-porter, 3,4 % du PIB réel de l’Egypte et a contribué à 11 % des exportations non pétrolières et à 34 % du secteur industriel de 2018 à 2022. Le nombre d’employés du secteur est de 1,5 million et le nombre d’usines est de 1 167. L’Egypte compte également un nombre de clusters (complexes) industriels dédiés au textile, comme Al-Mahalla Al-Kobra, la cité Sadate, Hélouan, la cité du 10 Ramadan, Al-Obour, la cité Badr, Borg Al-Arab et Choubra Al-Kheima. En plus de celui de Robeiki, inauguré en 2020.

Abdel-Salam explique que la moyenne annuelle de la consommation mondiale de prêt-à-porter et de tissu par personne est de 14 kg, ce qui équivaut à 7 000 L.E. si chaque kilo vaut 50 L.E. « Pour nous en Egypte, on est en deçà de la moyenne mondiale. Nous consommons 8 kg seulement par personne. Ce qui veut dire que la consommation d’une personne vaut 4 000 L.E. La population est de 110 millions, ce qui veut dire 440 milliards de L.E. chaque année. Cependant, globalement, je ne peux parler de pertes, mais de rétrécissement des rendements », ajoute l’expert.

 La réforme

Pour toutes ces raisons, l’Etat a entrepris une réforme du secteur du textile, matérialisée dans la nouvelle stratégie nationale. Elle intervient dans un cadre plus élargi visant à moderniser le secteur industriel. D’autant que l’Etat vise à atteindre 100 milliards de dollars d’exportations d’ici 2025.

La réforme du secteur du textile, d’un montant de 50 milliards de L.E., touche à tous les maillons de la chaîne de valeur du secteur, depuis la culture du coton jusqu’au produit final et la commercialisation, en passant par la production industrielle. Selon le communiqué de presse du ministère du Secteur public des affaires, elle se compose de 4 phases. La première concerne le développement de la culture et du commerce du coton et l’amélioration de l’égreneuse de coton. La deuxième étape porte sur la modernisation et le développement des usines de filature, de tissage et de teinture. La troisième étape est celle de la production locale du coton filé. La quatrième concerne la commercialisation et la pénétration de nouveaux marchés, ainsi que le suivi des tendances mondiales.

Selon le ministère, la stratégie vise à accroître les capacités de production de toute la chaîne de valeur. Les égreneuses de coton devraient produire 4 millions quintaux annuels au lieu de 1,5 actuellement ; les usines de filage 37 000 tonnes au lieu de 188 000, les usines de tissage 198 millions de mètres au lieu de 50 millions, et les usines de prêt-à-porter 50 millions de pièces au lieu de 8 millions.

Pour réaliser le plan de réforme, plusieurs mécanismes ont été appliqués. D’abord, une restructuration économique et financière des entités de production. 31 entités ont été fusionnées pour devenir 9 seulement, dans l’objectif de créer des entités économiques capables de réaliser une complémentarité entre toutes les activités et devenir compétitives. Le deuxième concerne les actifs qui ont été réexploités pour rembourser les dettes accumulées du secteur. Le troisième porte sur la main-d’oeuvre qui a obtenu des stages de formation et, enfin, des opérations de marketing qui ont été mises en place.

Selon Mohamed Shadi, « la stratégie voulait donner une marque au coton égyptien qui le distinguerait des cotons provenant du monde entier. Le gouvernement égyptien a pu régler l’un des problèmes majeurs de toute la chaîne en rendant disponible le coton filé qui était à 60 % importé et qui alourdissait la facture de l’Etat en devises étrangères. Jusqu’à récemment, les usines de filage utilisaient le coton kényan, indien ou du Bengladesh. Aujourd’hui, le pays compte plusieurs compagnies de filage et de tissage qui procurent la matière brute nécessaire au processus, à savoir le coton filé ». Selon le communiqué du ministère, elles sont 7 au total. Il y a la compagnie Misr pour le filage et le tissage de Mahalla Al-Kobra qui a établi 5 nouvelles usines et réhabilité 3 autres. Une autre compagnie va bientôt fonctionner à Kafr Al-Dawwar ; une troisième à Damiette, à Chébine Al-Kom, Misr Hélouan pour le filage et le tissage, Al-Daqahliya et la Haute-Egypte.

L’expert clarifie que les plans de marketing ont ciblé des points de distribution spécifiques et une segmentation des produits selon les classes des acheteurs A; B ou C, que ce soit à l’intérieur du pays ou à l’étranger. Selon les communiqués officiels, deux marques ont été créées servant la classe A de la clientèle, à savoir NIT et MAHALLA qui se trouvent dans les grands centres commerciaux à l’étranger, à Londres et à Dubaï.

Pour Abdel-Salam, une stratégie réussie doit s’étaler sur le long terme, soit 10 ans au moins, pour cesser l’importation du coton filé. « Les études de marché pour assurer une bonne segmentation de la clientèle ciblée sont nécessaires, afin de créer des produits convenables qui répondent aux besoins du marché. Il faut également une administration pour gérer les opérations de réforme. Les investissements étrangers directs et une expertise étrangère sont des outils essentiels pour donner une impulsion réelle au secteur », estime l’homme d’affaires.

Le secteur privé est un élément essentiel de l’équation, a souligné le ministre du Secteur public des affaires. Pour augmenter sa contribution, Abdel-Salam estime nécessaire de régulariser le statut le secteur informel qui exporte à des prix exorbitants. « La régularisation du secteur est un plus pour accroître sa contribution au PIB et à l‘économie, d’autant plus que les deux types d’exportations, formelles qui ne représentent que 15 % de la totalité, et informelles, s’approchent de 100 milliards de dollars », conclut-il.

Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique