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Le coton égyptien retrouve son éclat

Ghada Ismaïl, Vendredi, 22 septembre 2023

Alors que la nouvelle saison cotonnière vient de démarrer, le gouvernement multiplie les initiatives pour dynamiser la production locale et rétablir la place du coton égyptien sur le marché mondial

Le coton égyptien retrouve son éclat
(Photo : Ahmad Agami)

L’heure de la moisson a sonné. Il est 7h. La couleur blanche couvre les champs du gouvernorat de Ménoufiya qui s’étalent sur les deux côtés de la route. Dans la ville de Qoweisna, connue pour la fertilité de ses terres en raison de sa proximité du Delta du Nil, une vingtaine de paysans cueillent, dans une ambiance joyeuse, les plants de coton et les mettent dans de petits sacs. Une fois le sac rempli, les paysans déversent le coton cueilli dans un énorme panier. « La saison de récolte du coton a commencé cette semaine. Au gouvernorat de Ménoufiya, nous avons 3 482 feddans cultivés en coton de type Guiza 97. Nous avons récolté 20 % de la production jusqu’à présent », explique l’ingénieur Mohamad Al- Tarkawi, sous-secrétaire du ministère de l’Agriculture à Ménoufiya. Selon lui, il existe 5 centres de collecte au gouvernorat pour recevoir le coton des agriculteurs. « Chaque département agricole organise une vente aux enchères. Cette procédure est dans l’intérêt de l’agriculteur, car un grand nombre d’entreprises seront présentes et le coton sera vendu au prix le plus élevé », souligne, pour sa part, l’ingénieur Hamdi Abdel-Chafi, chef du département de contrôle au département agricole de Qoweisna.

La quatrième pyramide

Nommé autrefois la « quatrième pyramide » de l’Egypte, le coton est un symbole de fierté. Une multitude de chants folkloriques expriment la fierté des Egyptiens quant au fait de cultiver cette plante. Le coton égyptien est considéré comme l’un des meilleurs au monde. Il est très apprécié pour sa douceur, sa durabilité et son luxe. Il se caractérise par ses longues fibres, qui le rendent plus résistant et plus durable que les autres types de coton. En fait, le coton égyptien a une histoire riche et fascinante qui remonte à des milliers d’années. La culture du coton a commencé en Egypte à l’époque des Anciens Egyptiens. Sa culture s’est répandue ensuite aux époques ptolémaïque et romaine, lorsque l’Egypte exportait le textile de coton vers Rome. Mais la culture du coton a commencé en Egypte à grande échelle à l’époque de Mohamad Ali en 1820 (voir enc. historique). Dans les années 1970 et 80, il y avait en Egypte 2 millions de feddans cultivés en coton. Mais avec la libéralisation de l’économie et la fin du rôle de l’Etat dans la commercialisation du coton en vertu de la loi 210 de 1994, les cultures du coton ont commencé à diminuer progressivement. Elles étaient de 132 000 feddans en 2016. Il s’agit de la plus petite superficie de l’histoire du coton égyptien.

Un plan ambitieux

Pour redonner au coton égyptien son éclat d’autrefois, l’Egypte a lancé début 2015 une nouvelle stratégie visant à réformer le système de production et de commercialisation du coton, ainsi qu’à développer de nouvelles variétés à haut rendement. Trois nouvelles variétés de coton ont été développées (Guiza 96, 97 et 98), portant la productivité de 8 à 10 quintaux pa r feddan. « Chaque province cultive une certaine variété de coton. Par exemple, le gouvernorat de Ménoufiya cultive le Super Guiza 97, la productivité attendue s’élève à plus de 9 quintaux par feddan. Le Super Guiza 94 est cultivé au gouvernorat de Charqiya et le Guiza 86 est cultivé à Béheira », explique Yasser Al-Mansy, directeur adjoint de l’Institut de recherche sur le coton. L’un des plus grands défis auxquels est confronté le coton égyptien était la diminution des terrains cultivés en raison de la concurrence des autres cultures d’été comme le riz, le maïs et le soja. Au cours des 5 dernières années, le gouvernement a graduellement augmenté la superficie des terrains cultivés en coton à fibres longues, en plus du coton à fibres courtes cultivé à l’est d’Al-Owaïnat et à Tochka. La superficie cultivée en coton est progressivement passée de 90 000 en 2014 à 186 000 feddans en 2020, puis à 237 000 feddans en 2021, avant d’atteindre 333 000 feddans en 2022. Cette augmentation de la superficie des terrains a donné un coup de pouce aux exportations du coton. Selon les chiffres publiés la semaine dernière par l’Agence centrale pour la mobilisation publique et les statistiques (CAPMAS), le montant des exportations égyptiennes de coton a augmenté de 46 % au cours des 10 premiers mois de 2022, pour atteindre 232 172 millions de dollars, contre 158 122 millions de dollars au cours des 10 premiers mois de 2021, soit une augmentation de 74 050 millions de dollars.


(Photo : Ahmad Agami)

La modernisation des usines de textile est un autre volet. Le gouvernement a consacré des investissements de plus de 30 milliards de L.E. au développement de l’industrie textile dans le cadre d’une stratégie visant à maximiser les rendements économiques des matières premières et des cultures agricoles rentables, en particulier le coton. Le ministère du Secteur public des affaires vient d’annoncer l’exportation de la première production de coton filé de l’usine Filature 4 à Al-Mahalla. Selon les estimations, les nouvelles usines ont besoin de plus de 3 millions de quintaux de coton pour répondre à leurs besoins, ce qui nécessite d’augmenter davantage les superficies cultivées en coton à 500 000 feddans. Sur un autre volet, le gouvernement a mis en oeuvre un nouveau système de commercialisation du coton basé sur la vente du coton directement auprès des agriculteurs et sans la présence d’intermédiaires. « Ce système vise à organiser le processus de commercialisation du coton en le vendant aux enchères publiques, afin d’unifier le prix de vente et garantir des prix équitables aux agriculteurs », explique le Dr Youssef Atallah, responsable au Centre des recherches sur le coton. « Le projet de développement de l’industrie textile vise à faire face à la concurrence sur les marchés mondiaux », a conclu Mahmoud Esmat, ministre du Secteur public des affaires.

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