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Traitement des eaux usées : Des projets pilotes

Nada Al-Hagrassy , Samedi, 12 août 2023

La réutilisation des eaux usées constitue une priorité pour l’Egypte qui veut sécuriser ses ressources en eau.

Traitement des eaux usées : Des projets pilotes

Dans le but d’exploiter toute goutte d’eau pour faire face au stress hydrique, l’Egypte a commencé à élargir l’implantation des stations d’épuration des eaux usées agricoles dans différentes zones de la Vallée du Nil. Il s’agit premièrement du complexe de Bahr Al-Baqar inauguré en septembre 2021. Cette immense station traite l’eau du drain de Bahr Al-Baqar, situé à l’est du Canal de Suez et s’étendant sur une longueur de 190 km. Il relie la partie orientale du Grand Caire au lac Manzala, situé à côté de la Méditerranée, à l’ouest de Port- Saïd.

Le complexe de Bahr Al-Baqar traite quotidiennement quelque 5 millions de m3 d’eau. La station d’épuration de Bahr Al-Baqar a battu 3 records du livre Guinness des records immédiatement après son ouverture. Et ce, non seulement parce qu’elle est la plus grande station de traitement au monde, traitant 64,8 m3 d’eau par seconde, mais parce qu’elle est aussi la plus grande installation de traitement des boues et la plus grande usine de production et d’exploitation de l’ozone au monde. D’ailleurs, l’importance du projet de Bahr Al-Baqar ne se limite pas à la seule station d’épuration. Il comprend également des stations de pompage et un porteur d’eau. Cela signifie que l’eau traitée par la station de Bahr Al-Baqar contribue directement à la bonification des terres situées à l’est du Canal de Suez. Le complexe de Bahr Al-Baqar est une partie intégrante du programme de développement de la péninsule de Sinaï.

Al-Hammam, Al-Mahsama et autres

Le complexe d’Al-Hammam est un autre projet phare, situé dans la région d’Al-Dabaa sur la Côte-Nord. D’un coût estimé à 60 milliards de L.E. et ayant une capacité de production totale de 7,5 millions de m3 par jour, ce projet traite l’eau destinée à irriguer quelque 1,5 million de feddans dans le Nouveau Delta. Ce complexe comprend 12 stations de relevage, ainsi que des canaux ouverts et des canalisations, d’une longueur de 174 km. Autre projet : la station d’épuration d’Al-Mahsama à Serapeum. D’un coût de 3,5 milliards de L.E., la station d’Al-Mahsama produit 1,25 million de m3 d’eau de drainage agricole traités par jour qui permettent de cultiver 60 000 feddans au Sinaï à l’est du Canal de Suez. En effet, cette expansion des usines de traitement des eaux usées s’explique par la volonté de l’Egypte d’augmenter et de varier ses ressources en eau destinées à l’agriculture, un secteur qui consomme environ 82 % de l’eau en Egypte. L’eau traitée contient des éléments nutritifs comme l’azote et le phosphore qui agissent comme des engrais.

Bilan positif

« Toutes ces implantations ont permis à l’Egypte de rationaliser quelque 20 % de son approvisionnement annuel en eau grâce au traitement des eaux usées, soit 13,65 milliards de m3 », explique le chercheur Omar El- Husseini du Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Selon le spécialiste, le projet de Bahr Al-Baqar est un exemple réussi de coopération des secteurs public et privé. En effet, le complexe de traitement des eaux usées de Bahr Al-Baqar a été financé par le Fonds arabe pour le développement économique et social (AFESD), qui a estimé en 2019 que le coût total du projet, installations agricoles et bonification des terres compris, s’élève à 44 milliards de L.E. Jusqu’en septembre 2021, les fonds du Golfe avaient fourni 220 millions de dinars koweïtiens, soit l’équivalent d’environ 11,5 milliards de livres. Le Fonds koweïtien pour le développement économique a accordé 2 prêts d’une valeur de 75 millions de dinars koweïtiens. Le fonds a également accordé un prêt de 145 millions de dinars payé en 2 tranches : la première, de 70 millions de dinars, a été fournie en 2018, et la seconde, de 75 millions de dinars, en 2019. Le secteur privé et le gouvernement ont financé la plus grande partie restante. Le secteur privé assume les deux tiers du financement total, estimé à 29,7 milliards de L.E.

Enjeux techniques

Avant l’implantation de ces stations géantes de traitement des eaux usées, « l’Egypte avait l’habitude de réutiliser 15 milliards de m3 d’eau provenant des drains agricoles sans traitement en les mélangeant à l’eau des canaux », explique le Dr Nader Nour El-Din, expert hydraulique à la faculté d’agronomie de l’Université du Caire. Et d’ajouter que l’usage de cette eau contaminée a nui à la santé des agriculteurs et même des consommateurs. Le plan actuel de l’Etat consiste à diminuer autant que possible les agents polluants dans ces eaux. « L’Egypte a déterminé les limites légales et le pourcentage acceptable de substances polluantes dans chacune des trois étapes du traitement », souligne Omar El-Husseini, avant de conclure que cette étape ouvre la porte au développement de l’expertise et de la technologie qui peuvent rendre sûr l’usage de cette eau traitée pour cultiver des cultures vivrières.

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