Jeudi, 18 juillet 2024
Dossier > Problème démographique >

La démographie au coeur de tous les enjeux

Aliaa Al-Korachi , Vendredi, 02 juin 2023

En Egypte comme partout dans le monde, la question démographique reste un enjeu majeur. Les défis sont cependant très disparates d’une région à l’autre. Explications.

La démographie au coeur de tous les enjeux

La croissance de la population est au coeur de tous les enjeux en Egypte. C’est le message émis par la session du Dialogue national sur le problème démographique tenue jeudi dernier. Celle-ci avait pour objectif de faire un diagnostic des caractéristiques de la structure démographique égyptienne et de dessiner une feuille de route pour y faire face. Opportunité à saisir ou bombe à retardement ? Cette question est toujours d’actualité, notamment depuis le 15 novembre 2022, lorsque l’horloge de la population mondiale a sonné pour annoncer que la Terre a passé le cap des 8 milliards d’êtres humains, soit 3 fois plus que dans les années 1950. Cette annonce est intervenue alors que le paysage démographique mondial est en pleine mutation en raison des effets de nombreuses crises planétaires : changement climatique, insécurité alimentaire, pandémie et pénurie de l’eau.

« Le problème démographique » est défini comme étant le déséquilibre entre la population d’une part, et le volume des ressources naturelles, du capital et des connaissances d’autre part. Le poids de la population de n’importe quel pays est une arme à double tranchant. D’une façon générale, la croissance démographique devrait se traduire par une augmentation de la main-d’oeuvre et des consommateurs dans la société, c’est-à-dire une augmentation de la productivité. Toutefois, elle peut entraîner, d’un autre côté, l’épuisement des ressources non renouvelables comme l’énergie et la nourriture quand la population augmente trop vite.

Selon beaucoup d’observateurs, la conviction qui domine aujourd’hui est que la qualité des personnes est plus importante que leur nombre. L’utilisation croissante des robots et les applications d’intelligence artificielle dans divers aspects de la vie conduira à la disparition progressive de nombreux métiers. Ce qui mènera par conséquent à la transformation de millions de travailleurs à travers le monde en chômeurs. Des interrogations se posent alors : Comment se dessine le paysage démographique mondial ? Quels sont les enjeux pour le monde arabe ? Et quelles sont les perspectives d’avenir pour l’Egypte ?

Contrastes

8 milliards d’individus sur Terre. Ce chiffre révèle plusieurs tendances démographiques. D’abord, il démontre un ralentissement de la croissance démographique mondiale au moment où le nombre de la population augmente. « Le nombre d’êtres humains dans le monde a triplé au cours des 70 dernières années, passant de 2,5 milliards en 1950 à 8 milliards en 2022. Cependant, on note que le taux de croissance démographique ralentit. Il est même le plus lent depuis 1950. La croissance démographique mondiale s’est accélérée de 1,73 % en 1950 pour atteindre un pic de 2,3 % en 1963. Cependant, cette croissance a commencé à se modérer, tombant à moins de 1,5 % dans les années 1990, alors qu’en 2022, elle a atteint 0,8 %, et on s’attend à ce qu’elle atteigne 0,5 % d’ici 2050 », souligne Abdel-Méguid Abou Al-Alaa dans son étude publiée par le Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Selon Abou Al-Alaa, alors que l’humanité a mis 12 ans pour atteindre le 7e milliard en 2010 avant d’accéder au 8e milliard en 2022, l’Onu prévoit qu’il faudra 15 ans à l’humanité pour entrer dans l’ère du 9e milliard, c’est-à-dire pendant l’année 2037. Et il faudra encore 21 ans pour atteindre 10 milliards de personnes. « C’est une indication importante qui démontre un ralentissement de la croissance démographique mondiale. D’un autre côté, au moment où le taux de fécondité continue de baisser, l’espérance de vie ainsi que le nombre de personnes en âge de procréer augmentent. Ce qui a poussé les Nations-Unies à s’attendre à ce que la population continue de croître et atteigne environ 8,5 milliards en 2030, 9,7 milliards en 2050, et un pic d’environ 10,4 milliards en 2080 ».

Autre indice : le paysage démographique mondial est plus contrasté que jamais. D’après les données de l’Onu, la Chine et l’Inde, ces deux pays les plus peuplés du monde, représentent plus d’un tiers de la population mondiale. Aussi, plus de la moitié de la croissance de la population d’ici 2050 viendra de seulement 8 pays : la République démocratique du Congo, l’Egypte, l’Ethiopie, l’Inde, le Nigeria, le Pakistan, les Philippines et la Tanzanie. La population de l’Afrique subsaharienne, quant à elle, devrait doubler, tandis que celle de l’Europe est en recul. « Nous vivons une période de grande diversité. Dans certains pays, l’âge moyen est de 50 ans, dans d’autres, de 15 ans. Partout, on semble tirer la sonnette d’alarme. La population mondiale est trop grande, trop petite… », a déclaré Natalia Kanem, directrice exécutive du Fonds des Nations- Unies pour la population. « La diversité démographique croissante et la divergence des tendances démographiques entre les différents pays et régions sont considérées comme une caractéristique essentielle du paysage démographique mondial au cours de ce siècle. Au moment où certains pays pauvres souffrent d’une croissance démographique croissante, certains pays développés et riches s’inquiètent du ralentissement de la croissance démographique et parfois même du déclin de la population, et réfléchissent à la manière d’améliorer la fécondité, et non au contrôle des naissances », explique Abou Al-Alaa. Et d’ajouter : « Une problématique s’impose : Les politiques traditionnelles de la question démographique seront confrontées au défi de savoir comment gérer une population qui continue d’augmenter, et ce, au moment où le ralentissement de la croissance démographique imposera, de son côté, d’autres défis ».

Monde arabe : Des atouts et des défis

Dans la région arabe, les défis démographiques prennent de l’ampleur. Conflits, changement climatique et Covid-19, toutes ces crises ont affecté le dynamisme de la démographie arabe. La population du monde arabe est passée de 355 millions en 2010 à 453 millions en 2022, soit une augmentation annuelle de plus de 8 millions. Avec une population estimée à plus de 104 millions d’habitants, l’Egypte se trouve en tête de la liste des pays arabes en termes de population. L’Algérie et le Soudan arrivent en 2e et 3e positions avec une population d’environ 44 millions d’habitants pour chacun. L’Iraq, le Maroc et l’Arabie saoudite occupent les 4e, 5e et 6e places. Ces 6 pays représentent ensemble plus de 300 millions de personnes, soit près de 70 % de la population totale du monde arabe.

Alors que l’Europe est toujours désignée pour être le « vieux continent », car la part de la population âgée (65 ans et plus) dépasse les 20 % de la population, dans le monde arabe, la proportion de la population en âge actif ne cesse de croître. Le taux de la population de moins de 15 ans représente 32,6 % de la population totale du monde arabe. Bien que ces indicateurs signifient que la structure démographique des pays arabes est jeune, elle représente, en revanche, un énorme fardeau sur les ressources économiques des pays arabes, en particulier dans les secteurs de l’éducation, de la santé et des soins de base, ainsi que la nécessité d’offrir de l’emploi aux flux successifs entrant chaque année sur le marché du travail.

Quelle perspective pour l’Egypte ? Il existe 3 dimensions au problème démographique qui se chevauchent et s’entrecroisent en Egypte : une croissance démographique accélérée, structure démographique en constante évolution et une répartition inégale de la population. Beaucoup des propositions ont été posées sur la table du Dialogue national pour régler ces problème. Comment transformer la richesse humaine en une force productive ? C’est l’enjeu pour le présent et l’avenir.

Mots clés:
Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique