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Quand les Israéliens réécrivent l’Histoire

Racha Darwich , Jeudi, 11 mai 2023

« Israéliser » les programmes scolaires, « hébraïser » le nom des rues, des villes, des monts et des vallées … Pour les Israéliens, tous les moyens sont bons pour effacer l’identité palestinienne. Même en violant le droit international.

Quand les Israéliens réécrivent l’Histoire

Depuis son occupation des territoires palestiniens, l’Etat hébreu s’est lancé dans un plan acharné pour conférer un caractère israélien et juif à tout ce qui est palestinien. C’est ainsi qu’il tente d’effacer l’identité palestinienne des élèves de Jérusalem et de les séparer de leur histoire en supprimant tout ce qui concerne cette appartenance dans les manuels scolaires, notamment les informations relatives aux réfugiés palestiniens, au droit au retour et à l’attachement des Palestiniens à leurs terres. Dès août 1967, deux mois après la chute de Jérusalem, le gouvernement israélien a adopté plusieurs décisions relatives au secteur de l’éducation. A Jérusalem, il a décidé d’annuler définitivement les programmes éducatifs jordaniens qui étaient précédemment appliqués dans les écoles de la ville et de les remplacer par les programmes éducatifs appliqués dans les écoles arabes des territoires occupés en 1948. Il a également resserré l’étau sur les écoles privées par la promulgation de la loi n° 5729 de 1969 sur la supervision complète de toutes les écoles, y compris celles des sectes religieuses et les écoles privées.

Mais c’est en 2011 que les autorités d’occupation ont commencé à « israéliser » les programmes d’enseignement palestinien dans les écoles primaires et préparatoires publiques et semi-gouvernementales en modifiant ou en supprimant tout ce qui consolide l’identité palestino-arabe pour les remplacer par des informations qui promeuvent le récit sioniste et justifient la politique d’occupation. Malheureusement, les écoles publiques et semi-publiques de Jérusalem représentent environ 41 % de toutes les écoles de la ville où étudient près de 49 % des élèves palestiniens de la ville. Dans cette approche israélienne, la religion musulmane, les prophètes, les messagers et la civilisation arabo-islamique sont délibérément offensés. Les sourates qui parlent du peuple d’Israël sont éliminées, ainsi que les sourates et les versets qui incitent au djihad, pour être remplacés par l’enseignement de la Torah et de la mythologie juive. Dans le domaine de la littérature arabe, l’étude de la poésie arabe qui parle des actes héroïques des peuples arabes et palestinien est éliminée pour être remplacée par des textes de la littérature israélienne qui abordent l’Holocauste. En ce qui concerne l’Histoire, la moitié des programmes est consacrée à l’Histoire arabe telle qu’elle est écrite et vue par les historiens israéliens et l’autre moitié à l’histoire hébraïque et juive.

Ces actes représentent une violation flagrante des lois internationales telles que l’article 50 de la quatrième Convention de Genève et l’article 26 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme qui garantissent le droit des peuples sous occupation à une éducation conforme à leurs croyances et à la protection de leur culture et de leur patrimoine contre toute altération ou déformation.

Jérusalem particulièrement visé

Dans les manuels scolaires, les noms des villes, des monuments et des lieux palestiniens ont aussi été modifiés pour être remplacés par les noms hébreux qui leur ont été conférés dans le but d’enraciner ces nouvelles appellations dans la mentalité des jeunes générations. En effet, depuis le mandat britannique en Palestine, le mouvement sioniste a commencé à donner des noms hébreux aux lieux palestiniens, notamment Orchalime pour Al-Qods (Jérusalem). Mais, c’est devenu officiel en 1922, lorsque l’Agence juive a formé un comité de dénomination pour nommer les nouvelles colonies et les anciens villages.

 A partir de cette date et jusqu’en 1948, les noms de 216 sites ont été modifiés. Au cours des trois premières années de la Nakba, un comité gouvernemental a décidé de changer les noms de 194 autres sites. Au cours des deux années suivantes (1951-1953), après que le comité ait été rattaché au bureau du premier ministre et regroupé 24 spécialistes de l’Histoire et de la Torah, 560 noms ont été changés et les tentatives sont toujours en vigueur jusqu’à aujourd’hui. En 2004, le comité des noms sionistes a publié « l’Atlas d’Israël pour la colonisation » qui comprend les noms des colonies et des emplacements en Israël. Et, en 2011, l’hébraïsation des noms a pris une forme encore plus provocante quand le ministre israélien des Transports a décidé d’effacer complètement le nom arabe des villes et villages palestiniens des pancartes routières et de n’y inscrire que les noms hébreux lorsque la police israélienne et l’administration des points de passage a décidé d’utiliser les noms hébreux des barrages militaires répandus en Cisjordanie.

Cependant, ce mouvement d’hébraïsation des noms est des plus acharnés à Jérusalem où les autorités israéliennes mènent une campagne féroce pour effacer tout caractère arabe de la ville sainte. Depuis 1948, l’occupation a délibérément donné des noms hébreux aux rues de Jérusalem de l’ouest, mais après son occupation en 1967, cette politique s’est intensifiée. Des noms de rabbins, de personnalités juives, de prétendus événements historiques, de personnalités et d’histoires bibliques ont été donnés aux quartiers, aux rues, aux ruelles, aux marchés et même aux portes de Jérusalem. Dans la vieille ville et à proximité de la mosquée d’Al- Aqsa, des pancartes d’un caractère talmudique biblique sont désormais répandues et des phrases juives sont gravées sur les maisons de la vieille ville, saisies par les colons pour achever le plan de judaïsation de Jérusalem et de ses lieux saints et donner ainsi l’impression qu’il s’agit vraiment d’une ville juive depuis la nuit des temps. Selon les statistiques palestiniennes, Israël a changé quelque 22 000 noms de monuments historiques et géographiques à Jérusalem seulement depuis 1948 et jusqu’en juillet 2022.

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