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Une nouvelle carte énergétique

Racha Darwich , Mercredi, 15 mars 2023

La reprise des relations entre l’Iran et l’Arabie saoudite, deux membres fondamentaux de l’Opep, est d’une grande importance, tant pour ces deux pays que pour le médiateur chinois et le marché mondial du pétrole.

Une nouvelle carte énergétique

Le pétrole représente la principale ressource pour les budgets des deux pays, soit près de 70 % des revenus publics de l’Iran et environ 75 % de ceux de l’Arabie saoudite. Téhéran attend la reprise légale de ses exportations pétrolières pour relancer son économie, et estimait donc qu’il était de son intérêt de négocier avec Riyad pour parvenir à un accord qui réduise l’escalade. Par ailleurs, bien que l’Arabie saoudite ait été longtemps réticente à coopérer avec l’Iran, elle est maintenant convaincue que la coopération entre les deux pays leur donne un plus grand contrôle sur les prix du pétrole, vu que les deux pays possèdent 35,5 % des réserves de pétrole de l’Opep.

Après des années de tension, les premières étapes du dialogue entre l’Arabie saoudite et l’Iran ont commencé en septembre 2019, après l’attaque par drone des installations pétrolières d’Aramco qui a coûté à l’Arabie saoudite près de 2 milliards de dollars en raison de l’arrêt de la production. « De manière inattendue, cette attaque a rétabli le calme entre les deux parties et ont accéléré leur retour à la table des négociations, d’autant plus que l’attaquea a coïncidé avec l’effondrement de la production pétrolière iranienne, qui était à son plus bas niveau en 3 décennies en raison des sanctions économiques américaines qui interdisaient l’exportation du pétrole iranien après le retrait unilatéral de Donald Trump de l’accord nucléaire en 2018 », explique Ahmed Sultan, vice-président du comité de l’énergie à l’ordre des Ingénieurs et spécialiste des affaires du pétrole et de l’énergie. De plus, l’Iran était convaincu que l’Arabie saoudite avait joué un rôle majeur dans sa sortie du marché pétrolier et lui avait porté des coups plus d’une fois au sein de l’Opep, et ce, en insistant sur le fait de maintenir les prix relativement bas et en se déclarant prête à combler le déficit de production pour soutenir le plan américain qui visait à parvenir à zéro exportation de pétrole iranien et annonçant l’augmentation de ses taux de production de 700 000 barils à 10,7 millions de barils par jour. « Mais l’Arabie saoudite a rapidement adopté une position plus flexible en acceptant de prolonger l’exception faite à l’Iran dans le cadre de l’accord de l’Opep+ en faveur d’une réduction de la production. Ce qui a permis de ne pas diminuer ses revenus pétroliers endommagés par les sanctions américaines. Téhéran a alors officiellement considéré que Riyad, par cette mesure, arrêtait d’utiliser l’Opep comme une arme contre elle », poursuit Sultan.

Les intérêts chinois

Cependant, la Chine demeure le principal gagnant de ce rapprochement. La Chine était le plus grand acheteur du pétrole iranien avant la reprise des sanctions américaines contre Téhéran en 2018, alors que Riyad représente le premier exportateur de pétrole pour Pékin avec 1,83 million de barils par jour. « Les relations entre la Chine et le Moyen-Orient ont de tout temps été centrées autour du pétrole. Raison pour laquelle on trouve des compagnies pétrolières chinoises qui participent à l’investissement dans de nombreux projets pétroliers iraniens », explique Sultan. La question qui se pose donc est : quel est l’impact sur le marché mondial du pétrole ?

En fait, cette reprise des relations a réconforté de nombreuses parties internationales qui ont exprimé leur joie après la conclusion de cet accord, notamment à cause du poids de ces deux pays sur le marché pétrolier. Cet accord rassure à la fois les pays exportateurs et consommateurs de pétrole sur la continuité des approvisionnements d’énergie éliminant tout danger dans la région du Golfe et le détroit d’Hormuz, où de nombreuses cargaisons avaient été attaquées ces dernières années. En effet, la sécurisation des lignes d’approvisionnement et des raffineries de pétrole sur les côtes arabes du Golfe ne concerne pas seulement l’Arabie saoudite et ses voisins, mais aussi tous les marchés mondiaux.

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