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Jusqu’au bout de leurs rêves

Nada Al-Hagrassy , Jeudi, 09 mars 2023

Elles sont chercheuses, artistes, sportives ou simples femmes ordinaires. Elles sont égyptiennes, arabes ou africaines. Leurs points communs ? Du talent, de la persévérance, de l’innovation et surtout le désir de braver tous les défis. Portraits de femmes qui méritent d’être mises au-devant de la scène.

Jusqu’au bout de leurs rêves

Amal Ismaïl : « L’éducation est comme l’eau et l’air »

« J’adore aller à l’université. Respirer son air me rend heureuse et forte ». Ce sont les paroles d’Amal Ismaïl Metwali, nommée aussi hadja Amal. Agée de 80 ans, elle vient d’obtenir sa maîtrise en sciences sociales, avec une thèse intitulée « Le mode de vie socioculturel du troisième âge ». Hadja Amal est l’incarnation parfaite du slogan de l’ancien ministre de l’Education et doyen de la littérature arabe, Taha Hussein : « L’éducation est comme l’eau et l’air ». Et ça l’est pour hadja Amal, qui n’a jamais baissé les bras face aux épreuves de la vie. A commencer par son père qui lui a interdit de poursuivre ses études et l’a obligée à se marier très jeune. Elle s’est ensuite occupée de ses enfants. A l’âge de 38 ans, toujours hantée par la poursuite des études, elle s’inscrit à l’école préparatoire pendant sa période de convalescence. Atteinte deux fois d’un cancer, Amal a gagné son combat contre cette maladie grave. Ce n’est qu’à l’âge de 70 ans qu’elle s’est inscrite à l’école secondaire. « C’est grâce au soutien de mes petits-enfants que j’ai pu arriver à bout de mon rêve et poursuivre mes études jusqu’à la maîtrise », a souligné Amal, en précisant que c’est à l’aide de sa petite-fille qu’elle a choisi le thème de sa thèse et qu’elle a suivi les expériences de vie de 20 femmes dans différents villages de Daqahliya. « Mon appétit pour le savoir ne s’arrête pas, mon prochain pas, c’est le doctorat. Sans apprentissage, la vie s’arrête », conclut-elle.

 Dahlia Sheta : « Je veux, donc je suis »

« Ce qui est différent dans mes recherches, c’est que je travaille sur un traitement qui fonctionne d’une manière autre que celle des médicaments et qui peut prévenir l’infection fongique chez les patients cancéreux », explique la chercheuse Dahlia Sheta, évoquant le fondement de sa découverte retentissante dans le domaine du traitement de cette maladie grave. Et d’ajouter que les résultats des expériences menées sur des souris et des parties de poumons atteintes de la maladie nous ont permis de voir un effet positif du traitement contre l’infection des malades atteints du cancer de poumon. Dahlia, âgée de 30 ans, originaire du village de Mit Assas au gouvernorat de Gharbiya, a voulu intégrer la faculté de pharmacie non seulement parce qu’elle est issue d’une famille de pharmaciens, mais aussi et surtout à cause de la mort de sa mère atteinte d’un cancer. Un événement qui l’a poussée à poursuivre ses études universitaires en pharmacologie. Pleine d’enthousiasme après avoir terminé ses études dans le domaine de microbiologie et d’immunologie dans la faculté de pharmacie à l’Université de Mansoura, Dahlia cherche à poursuivre ses études à l’étranger. En décembre 2022, Dahlia reçoit le prix de l’Abstract Achievement Awards décerné aux recherches relatives à la lutte contre le cancer durant le congrès de l’American Society of Hematology (ASH) tenu aux Etats-Unis.

Aya Ayman Abbas : « L’impossible n’existe pas »

« J’ai rejoint la sélection paralympique de natation en 2014, dès son retour aux compétitions après une période d’interruption de 12 ans », dit la nageuse paralympique Aya Abbas, avec une voix sûre et confiante. En effet, Aya Ayman Abbas est devenue la figure de proue de la natation. C’est l’une des personnes ayant des besoins spéciaux qui ont brillamment réussi à tourner leur handicap en avantage. Souffrant d’une déformation de la colonne vertébrale dès sa naissance, Aya est prisonnière de la chaise roulante dès son plus jeune âge. Et comme plusieurs personnes dans son cas, le choix de pratiquer la natation était au tout début un choix médical. « J’ai commencé à apprendre la natation à l’âge de 6 ans. Je passais à la piscine et à la mer une durée de 9 heures parce que je bouge bien dans l’eau », souligne la nageuse paralympique Aya Abbas. Ce qui était au départ un traitement physio-thérapeutique s’est vite transformé en une passion. Et c’est à l’âge de 14 ans qu’Aya Abbas a commencé son parcours paralympique professionnel. « J’ai commencé tout d’abord à participer aux Championnats paralympiques nationaux dont j’ai remporté toujours la première place », dit-elle. Deux ans après, à l’âge de 16 ans, Aya a intégré la sélection pour les Jeux paralympiques. Elle a joué ensuite au nom de l’Egypte dans les Jeux olympiques de Rio de Janeiro en 2016 où elle a gagné une médaille de bronze. Dès lors, les victoires se succèdent. Aya a décroché la médaille de bronze du 100 mètres brasse (SB5) aux Championnats du monde de para-natation déroulés en juin 2022 sur l’île de Madère au Portugal, après avoir réalisé un chiffre de 2:1.86 battant son record personnel de 5 secondes et établi un nouveau chiffre africain au nom de l’Egypte. Ses brillantes réussites ont poussé le ministère de l’Education à intégrer son parcours dans les manuels scolaires primaires. « Il revient à la personne elle-même de décider de succomber à son handicap ou de le surmonter et de forger une place digne dans le monde », résume ainsi Aya Abbas sa philosophie qui a fait d’elle une championne hors du commun.

 Nourhane El Mahdi : « Mes oeuvres font partie de moi »

Lauréate de 3 prix internationaux aussi distingués l’un que l’autre dans le domaine des arts plastiques au cours de l’année 2022, la plasticienne Nourhane El Mahdi, professeure assistante à la faculté des beaux-arts de l’Université d’Alexandrie, ne cesse d’exprimer sa fierté de représenter l’Egypte dans des expositions artistiques aussi prestigieuses. « J’ai commencé à peindre depuis ma plus tendre enfance. Ce qui m’a aidée à développer un goût particulier pour l’art de la caricature. J’ai pu décrocher la première place dans le concours de dessins animés au niveau du gouvernorat de Daqahliya, avant mon déménagement à Alexandrie pour commencer mes études académiques sur les arts plastiques », dit-elle. Et d’ajouter : « Le sujet de ma thèse de maîtrise était sur la technique de peinture Chiaroscuro, utilisée par l’artiste italien Caravaggio, et son impact sur l’art contemporain ». Influencée par l’art italien, son oeuvre L’Objection d’un ange a reçu le prix Léonard De Vinci pour la peinture. « En optant pour l’école symbolique, je veux raconter le conflit entre le Bien et le Mal. Car chaque symbole reflète un sens bien précis », explique la plasticienne. Nourhane El Mahdi a remporté un autre prix lors de sa participation à l’exposition organisée au Musée de Louvre à Paris en octobre dernier. Représentant l’Egypte, Nourhane a exposé son oeuvre à travers la technique de vidéoconférence. Encouragée par ses succès, Nourhane a participé, en novembre 2022, à la 4e Biennale internationale de Barcelone tenue au Musée Européen d’Art Moderne (MEAM). Son oeuvre Le Chuchotement de Satan était parmi la liste des oeuvres gagnantes à Barcelone. Nourhane El Mahdi refuse toujours de vendre ses oeuvres d’art. « Mes oeuvres font partie intégrale de moi-même. C’est pour cela que je décline toute offre d’achat », conclut-elle.

 Olivia Adel Guergues : « A la recherche d’un remède contre l’hépatite C »

Quand on voit Olivia Adel Guergues, une jeune fille menue, l’air très jeune, avec un doux sourire, à peine âgée de 20 ans, on a du mal à imaginer qu’elle a réussi à découvrir un remède qui puisse venir en aide aux patients atteints d’hépatite C, l’une des maladies devenues chroniques en Egypte. « Mon projet consiste à utiliser des substances quasi naturelles qui, à l’aide de l’intelligence artificielle et la technique de la nanotechnologie, se transforment en un remède efficace contre l’hépatite C, surtout la quatrième génération de cette maladie », explique la jeune chercheuse et étudiante à la faculté de pharmacie. C’est à l’âge de 15 ans qu’Olivia a commencé à développer un goût pour la recherche scientifique. Son père, un médecin, a joué un rôle crucial dans l’orientation de sa fille. « Dès mes premiers pas dans le domaine des recherches scientifiques, j’ai demandé à mon père quelles sont les maladies qui n’avaient pas de traitement radical. Sa réponse était la maladie d’Alzheimer et l’hépatite C. C’est cette raison qui m’a poussée à orienter mes recherches vers cette maladie », dit-elle. « Au départ, j’ai eu beaucoup de mal à comprendre plusieurs terminologies scientifiques et médicales. C’est là que mon père est intervenu pour me les expliquer et les simplifier », dit-elle, reconnaissante. Obsédée par sa recherche, elle a dû chercher un endroit qui accepte qu’elle effectue ses expériences. Jusqu’à ce qu’elle ait fait la connaissance du Dr Héba Mahmoud, cheffe du projet « Savants de demain », qui lui a ouvert grand la porte des laboratoires. Olivia a reçu la médaille d’argent aux Etats-Unis lors de la compétition « Olympiades Génisses » tout en approuvant les résultats de ses recherches.

 Najet Aoun Saliba : « Militer pour sauver l’environnement »

A l’heure où la pollution de l’air est le premier accusé dans le réchauffement climatique, la scientifique libanaise Najet Aoun Saliba se distingue par son travail contre la pollution de l’air. « J’ai été la première femme à fixer un moyen annuel du niveau des particules qui causent la pollution de l’air », explique Najet, avant d’ajouter que « pendant plusieurs années, j’ai établi la mesure des particules pour pouvoir déterminer leur toxicité et savoir si elles contiennent des matières carcinogènes ». Au Liban, où elle dirige le centre de conservation de la nature à l’Université américaine de Beyrouth, Najet Saliba a concrétisé ses théories et études contre la pollution de l’air, surtout que le Liban est connu pour son taux quasi élevé d’air pollué. C’est ainsi qu’elle a réussi à motiver les villages et les municipalités à prendre soin de l’environnement. En lançant son Académie de l’environnement, elle a réussi à effectuer sur terre quelque 10 projets concernant l’amélioration de la qualité de l’air. Saliba a remporté le prix de L’Oréal-Unesco pour les femmes et la science « For Women in Science » en 2019 pour son travail de pionnier dans l’identification des agents cancérogènes et autres polluants atmosphériques toxiques au Moyen-Orient.

 Ilwad Elman : « Jetez les armes et saisissez les plumes »

Drop the gun and pick up the pen (jetez les armes et saisissez la plume). Ce slogan définit le parcours d’Ilwad Elman, une jeune Somalienne qui milite pour instaurer la paix dans son pays ravagé par des conflits internes. En fait, ces conflits ont coûté la vie à son père Elman Ali Ahmed, qui a été nommé « le père de la paix » en Somalie. Avec l’aide de sa mère, elle a fondé l’ONG « Le Centre Elman pour les droits de l’homme de Mogadiscio ». Son objectif est de secourir les victimes d’abus sexuel et sexiste. Ce centre offre également des conseils et d’aides professionnels pour la réhabilitation et la réintégration pour les enfants soldats, et même aux soldats adultes qui ont abandonné leurs groupes militaires dans la société. Ilwad Elman dirige également l’ONG « Sister Somalia » qui offre toutes sortes d’aides aux femmes victimes de violence en Somalie. Les activités d’Ilwad Elman pour faire régner la paix dans son pays ne cessent de gagner de terrain. En collaboration avec l’Unicef, elle milite pour la déradicalisation et l’insertion des mineurs ayant appartenu au groupe terroriste somalien Shebab dans la société. Le travail d’Ilwad lui a valu plus de prix et distinctions internationaux, dont le plus important était celui de la jeune femme africaine en 2016. Le nom Ilwad Elman figurait sur la liste du BBC des femmes les plus influentes en 2020.

 Reema Al Juffali : « Pour terminer premier, il faut d’abord terminer »

Agée de 30 ans, Reema Al Juffali, née à Djeddah en Arabie saoudite, ne s’est pas contentée de conduire une voiture, mais de devenir la première pilote automobile professionnelle saoudienne qui a participé aux compétitions en catégorie Formule 4, puis les courses de GT3. Elle incarne l’esprit moderne du Royaume. Dès son jeune âge, Reema s’intéressait aux sports en général et aux voitures en particulier. Après la fin de ses études aux Etats-Unis, elle a décidé de succomber à sa passion, et avec l’encouragement constant de sa mère, elle a décidé de devenir la première femme saoudienne pilote de course. « C’est ma source d’inspiration et je n’ai pu atteindre mes ambitions que grâce à son soutien », a déclaré Reema. Après l’autorisation aux femmes saoudiennes de conduire, Reema était la première femme saoudienne à détenir une licence de course. Emportée par sa passion, Reema a participé ensuite aux plusieurs compétitions automobiles internationales, dont elle est sortie triomphante. Reema a remporté sa première victoire lors de son premier tournoi international au Portugal. Les réussites se poursuivent. Reema a été désignée comme ambassadrice de la première édition du Grand Prix d’Arabie saoudite tenue fin 2021 dans sa ville natale Djeddah.

 Gada Kadoda : « Les meilleures choses de la vie sont gratuites »

Une femme qui vaut cent hommes, et même plus. Il s’agit de la Soudanaise Gada Kadoda, une ingénieure informatique à l’Université de Khartoum qui a mis sa science et son savoir au profit des habitantes des villages les plus démunis au Soudan. Elle apprend aux femmes de ces villages les moyens de fournir de l’électricité pour leurs besoins quotidiens à travers l’énergie solaire. « L’avenir immédiat des femmes dépend de notre capacité à utiliser les outils de libération pour améliorer nos choix », dit-elle. La liste des contributions du Dr Gada Kadoda pour améliorer la vie de ses compatriotes ne cesse de s’allonger. Elle est effectivement la première femme académique à introduire le premier laboratoire d’innovation au Soudan. Il s’agit d’un espace électronique qui permet aux étudiants soudanais d’interagir avec leurs homologues des autres nationalités pour trouver les solutions ensemble. L’Unicef l’a qualifiée de « femme innovatrice » pour l’ensemble de ses activités au profit des femmes et de la future génération soudanaise.

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