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Soutenir les secteurs productifs

Gilane Magdi , Mercredi, 18 janvier 2023

Le gouvernement a annoncé le lancement d’une initiative pour le financement des secteurs productifs à taux d’intérêt subventionné. La suspension du paiement des taxes sur les équipements est également prévue. Explications.

Soutenir les secteurs productifs
Parmi les bénéficiaires de cette initiative, l’industrie agroalimentaire et l’industrie pharmaceutique.

Le gouvernement a surpris le milieu des affaires la semaine dernière par la prise de deux mesures très importantes pour soutenir les secteurs productifs en cette phase difficile pour l’économie égyptienne. La première mesure concerne le lancement d’une nouvelle initiative pour le financement des sociétés opérantes dans les secteurs productifs à un taux d’intérêt subventionné par rapport aux taux d’intérêt bancaires officiels. « Les secteurs prioritaires, notamment industriel et agricole, seront les bénéficiaires de cette initiative », a déclaré le premier ministre, Moustapha Madbouli, dans un communiqué de presse publié le 11 janvier sur le site du Conseil des ministres.

Ce même communiqué a précisé les caractéristiques les plus importantes de cette initiative. Elle comprend la réduction des taux d’intérêt sur les prêts accordés aux secteurs productifs à 11 %. La valeur totale de l’initiative proposée, qui commence après l’approbation du Conseil des ministres lors de sa réunion cette semaine, pour une période de cinq ans, est d’environ 150 milliards de L.E. « 140 milliards de L.E. sont consacrés au financement du fonds de roulement des entreprises (c’est-à-dire la somme de l’encaisse dont dispose une entreprise). Quant au reste de la somme, environ 10 milliards de L.E., il est consacré au financement des achats de biens d’équipement, tels que les machines, par les entreprises », a clarifié le ministre des Finances, Mohamad Maeit, dans le communiqué de presse, indiquant que le montant du crédit disponible pour chaque entreprise sera déterminé en fonction de sa taille.

Pour ce qui est de la deuxième mesure, il s’agit de suspendre pour un an le paiement de la taxe due sur les machines et équipements importés de l’étranger ou achetés sur le marché local pour les usines et unités de production destinées à la production industrielle. Pour cela, il suffit de « présenter aux douanes les documents prouvant que ces machines et équipements sont importés de l’étranger ou achetés sur le marché local pour être utilisés dans la production industrielle sous licence de l’usine ou de l’unité de production », selon le communiqué de presse publié par le ministère des Finances.

Une réponse rapide

Dès l’annonce, les représentants du secteur des affaires ont largement salué le lancement de cette initiative par le gouvernement, considérée comme étant une bouée de sauvetage pour les aider à survivre au cours de la prochaine période sans être obligés de réduire la production ou de fermer leurs portes. « L’initiative est positive et intervient alors que le secteur industriel souffre depuis des mois de la hausse des coûts de production et des prix élevés des matières premières en raison du flottement de la livre et de l’annulation des initiatives de financement des taux d’intérêt subventionné pour les secteurs industriel et agricole », explique Magd Al-Manzalawi, président du comité de l’industrie au sein de l’Association égyptienne des hommes d’affaires, en ajoutant que l’initiative réduira la charge pesant sur le secteur industriel qui se répercutera sur le prix des produits sur les marchés au cours de la période à venir.

Sous l’effet de la guerre en Ukraine et de la conclusion de l’accord de crédit avec le Fonds Monétaire International (FMI), la Banque Centrale d’Egypte (BCE) a dévalué la monnaie nationale de 87 % vis-à-vis du billet vert depuis mars 2022. Le dollar s’échange actuellement à 29,61 L.E. (prix de vente) et 29,52 L.E. (prix d’achat) contre 15,77 L.E. (prix de vente) et 15,64 L.E. (prix d’achat) le 20 mars 2022. Pour contrer l’inflation galopante, la BCE a adopté une politique de resserrement monétaire rendant le coût d’emprunt trop élevé pour les secteurs économiques. De même, elle a annulé, le 19 novembre dernier, les initiatives de financement à taux d’intérêt subventionné à plusieurs secteurs, y compris ceux de l’industrie et de l’agriculture de 8 % en cédant le lancement de ces initiatives au ministère des Finances. Ces mesures ont suscité la colère du milieu des affaires car elles exercent des pressions supplémentaires sur les entreprises opérantes dans les différents secteurs économiques.


Le secteur agricole vient en tête des secteurs prioritaires pour le gouvernement.

Ali Issa, chef de l’Association égyptiennes des hommes d’affaires, qui était parmi les participants à la réunion ministérielle tenue le 11 janvier, a salué la réponse rapide du gouvernement aux propositions de l’association et des organisations professionnelles concernant l’offre de financement avec un taux d’intérêt fixe pendant les 5 ans de l’initiative. « Le fait de fixer le coût de financement à 11 % au moment où le taux actuel dépasse les 20 % au sein des banques est vraiment un avantage pour les secteurs industriel et agricole en leur donnant la confiance de poursuivre le travail indépendamment des changements des taux directeurs officiels », assure Ali Issa, en ajoutant que le montant maximal du financement sera de 75 millions de livres pour chaque entreprise.

Les secteurs bénéficiaires

Quelles sont les industries les plus bénéficiaires de cette initiative ? Le vice-président associé des recherches au sein de Naeem Holding, Hicham Hamdi, a précisé à Al-Ahram Hebdo la liste des industries les plus touchées par la hausse du dollar et qui pourraient bénéficier de cette initiative. « La liste comprend notamment le secteur agroalimentaire, ceux du ciment, du médicament et, enfin, de l’automobile. Ces secteurs ont été largement affectés au cours des derniers mois de la hausse des cours du billet vert à cause de leur dépendance de l’importation des matières premières », explique Hicham Hamdi, en donnant l’exemple du secteur des produits alimentaires qui vient en tête des secteurs largement affectés par la crise du manque du dollar. « Par exemple, pour les entreprises opérantes dans le secteur des produits laitiers, 70 % des composants sont importés en devises étrangères. Certaines entreprises étaient ainsi obligées d’augmenter les prix de leurs produits sans être capables de couvrir même les coûts de la hausse du dollar », signale Hicham Hamdi, qui ajoute que le gouvernement devra financer les entreprises exportatrices pour augmenter les recettes du pays en dollar. Hicham Hamdi considère le plafond de financement (75 millions de L.E.) comme étant insuffisant pour aider les entreprises à survivre.

Mais Magd Al-Manzalawi considère ce montant suffisant pour les entreprises. « Ce chiffre a été déterminé après une étude statistique visant à élargir la base des bénéficiaires, ce qui permet de ne pas affecter le volume de production dans les usines en raison d’une pénurie ou d’une insuffisance de financement », dit-il.

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