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Déblocage des importations

Amani Gamal El Din , Mercredi, 04 janvier 2023

La décision du gouvernement de régler le problème de dédouanement des marchandises bloquées dans les ports permettra l’augmentation de l’offre sur le marché et la stabilisation des prix.

Déblocage des importations
Le gouvernement a mis en place un plan pour le dédouanement des marchandises entassées dans les ports.

Pour régler les problèmes liés à l’importation qui ont affecté la production de certaines entreprises et causé une pénurie de certaines marchandises sur le marché, le gouvernement égyptien a pris deux mesures simultanées : la libération douanière des produits entassés dans les ports et la suppression des lettres de crédit qui ont été imposées en février dernier comme unique moyen de paiement des importations (voir sous-encadré). « La première décision est très importante car elle envoie un message de confiance au marché pour dire que les problèmes de liquidités en dollar ont été plus ou moins contenus et que le marché noir du taux de change, qui avait atteint des niveaux sans précédent, a été quelque peu bridé », a expliqué le porte-parole du Conseil des ministres, Nader Saad.

Selon le même communiqué, le gouvernement, en coopération avec le secteur bancaire, a mis en place un plan pour le dédouanement des marchandises entassées dans les ports dont la valeur est estimée à 14,5 milliards de dollars. « Du 1er au 23 décembre, le gouvernement a libéré des articles d’une valeur de 5 milliards de dollars, dont 300 millions de produits alimentaires, d’huiles, de légumineuses, de la viande et du fourrage. Le montant estimé des marchandises restantes est de 9,5 milliards de L.E. Un accord est intervenu avec le gouverneur de la Banque Centrale sur les priorités du déblocage en faveur des denrées alimentaires, des industries pharmaceutiques et des entrants de production », lit-on dans le communiqué du cabinet.

 De leur côté, les responsables des banques se sont exprimés sur les liquidités en dollar qu’ils ont assurées pour les lettres de crédit. Le PDG de la banque Al-Masraf Al-Mottahed, Achraf Al-Qadi, a déclaré que la banque avait mis à la disponibilité des importateurs 40 millions de dollars depuis début décembre. Alors que le PDG de la Banque Misr, Mohamad Al-Atrebi, a déclaré que les banques s’apprêtaient à préparer des lettres de crédit d’un montant de 1,3 milliard de dollars. En deux jours seulement, 11 banques ont acheminé 600 millions de dollars. En réaction, le marché noir du dollar s’est apaisé, ce dernier s’échangeant à 28 L.E., a expliqué Saad. « On est en meilleure posture en ce qui concerne les liquidités en dollar, ce qui a permis aux banques de rendre disponible le billet vert. Des chiffres qui n’étaient pas en vue durant les derniers mois », a renchéri le porteparole.

Meilleur équilibre sur le marché

En effet, l’accord avec le FMI, ainsi qu’avec les autres bailleurs de fonds, a donné plus de confiance en l’économie égyptienne. Ce qui veut dire que le rétablissement sera rapide et se répercutera sur les ressources en dollar dans un proche avenir, analyse Mohamed Shadi, macroanalyste au Centre de la pensée et des études stratégiques. « Nous souffrons toujours d’une crise de dollars, mais l’Etat a l’objectif ferme de contenir l’inflation résultant de la pénurie du côté de l’offre. Les nouvelles décisions s’inscrivent dans le cadre des tentatives gouvernementales de régler les chocs liés à l’offre », poursuit l’expert.

« Le marché peut s’attendre donc à une compétition saine en plus d’une abondance d’offres des différentes marchandises. En même temps, il y aura moins de pressions sur la livre égyptienne et plus de stabilité des prix. Par exemple, 631 000 tonnes d’aliments pour animaux seront libérées dans les jours qui viennent, dépassant les besoins du marché », explique Saad. Et de poursuivre qu’une fois que les usines travaillent à leur capacité maximale, les répercussions se feront sentir du côté de l’offre, un élément qui garantira un meilleur équilibre dans les prix. « Sachant que l’arme essentielle pour contrôler les prix est d’accroître l’offre », explique-t-il.

Pour sa part, Alaa Ezz, secrétaire général de l’Union des Chambres de commerce, estime que le premier déblocage de 5 milliards a fait fonctionner plusieurs usines certes, mais les impacts se répercutent dans l’espace de trois semaines jusqu’à ce que le marché les absorbe. « Les phases se complémentarisent, par exemple l’usine qui fonctionne a comblé un certain manque, mais il en reste d’autres qui seront finalisées petit à petit avec les prochains déblocages. D’autant plus qu’il existe une longue chaîne de valeur, depuis le fabricant en passant par les grossistes et les détaillants et, enfin, les consommateurs », explique-t-il. Les indicateurs sont positifs parce que les pressions qui émanent des importateurs et des producteurs ont diminué, ajoute-t-il.

Le système des lettres de crédit

Le gouvernement vient de supprimer le système des lettres de crédit qui avait été imposé en février dernier par la Banque Centrale d’Egypte (BCE). « Lorsque la BCE avait pris cette décision à l’époque de son ancien gouverneur, Tarek Amer, une grande incertitude planait. Il fallait ne pas risquer les liquidités en dollar parce que les ressources essentielles étaient en pénurie. Ce qui n’est plus le cas actuellement », explique Mohamed Shadi, macroanalyste au Centre égyptien de la pensée et des études stratégiques.

Le système des lettres de crédit stipulait que tout importateur doit ouvrir un crédit documentaire comme unique moyen de paiement des importations. Cela signifiait que les importateurs doivent verser à l’avance le montant total de leurs marchandises importées. Le gouvernement cherchait surtout à protéger l’industrie nationale et à lutter contre la fraude douanière, dans un contexte de manque de devises étrangères. Le système qui prévalait avant l’imposition des lettres de crédit connectait directement les importateurs et les fabricants, loin de la médiation des banques qui ralentissaient les procédures.

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