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PERSPECTIVES 2023 : 2023, l’année de tous les enjeux

Aliaa Al-Korachi , Mercredi, 21 décembre 2022

Transformer les défis en opportunités est la priorité numéro 1 pour l’année 2023. L’Egypte s’active sur plusieurs volets, tant internes qu’externes, pour relever les nouveaux défis du développement.

2023, l’année de tous les enjeux

Plus que quelques jours nous séparent de la nouvelle année. Quels sont donc les enjeux et les priorités de l’Egypte en 2023? « Au milieu de la difficulté se trouve l’opportunité », a déclaré le président Abdel-Fattah Al-Sissi avant de donner en novembre dernier le coup d’envoi à l’initiative nationale pour le développement de l’industrie égyptienne intitulée « Ibdaa » (commencez). En Egypte, comme partout dans le monde, 2023 sera une année marquée par plusieurs défis à relever. En 2022, le monde a été secoué par plusieurs crises: guerre en Ukraine, persistance de la pandémie de Covid-19, chocs climatiques, instabilité géopolitique, inflation et perturbation des chaînes d’approvisionnement. En outre, selon beaucoup d’observateurs, le conflit Russie-Ukraine qui entre dans son dixième mois ne semble encore près de se terminer. « Sans aucun doute, les fardeaux de ces crises mondiales persisteront en 2023, mais l’enjeu majeur, c’est de pouvoir déterminer les priorités et d’établir des politiques complémentaires capables de contenir les chocs et de transformer les obstacles en opportunités », explique Ayman Abdel-Wahab, expert au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Un avis que partage Shadi Mohsen, expert au Centre égyptien de la pensée et des études stratégiques (ECSS), qui pense que « pour s’en sortir, les efforts de trois acteurs-clés doivent s’unir, à savoir le gouvernement, le secteur privé et les investissements étrangers ».

C’est dans cette optique que l’Egypte s’active sur plusieurs volets, tant internes qu’externes, pour relever les nouveaux défis du développement. « L’année 2023 verra la poursuite de la mise en oeuvre de la stratégie du développement global entamée par l’Egypte ces dernières années, mais avec un rythme plus accéléré », souligne pour sa part Sama Soliman, vice-présidente de la commission des affaires arabes et africaines au Sénat.

Dossiers prioritaires

Quels sont donc les dossiers prioritaires ? Le renforcement des capacités productives et exportatrices de l’économie égyptienne figure à la tête des priorités pour l’année 2023, explique Bassant Gamal, experte économique. « L’année 2022 a été une année difficile pour tous les marchés mondiaux. Ces derniers ont été fortement secoués par la guerre en Ukraine, suivie par une crise des approvisionnements énergétiques et alimentaires et accompagnée d’une hausse record des prix des matières premières », souligne Bassant Gamal. Et d’ajouter: « L’Egypte n’était pas à l’abri de ces tensions. Malgré la distance géographique entre ses frontières et celles des deux pays en conflit, l’Egypte a été affectée, directement et indirectement, par le conflit, parce qu’elle est le plus grand importateur de blé au monde. C’est pourquoi les circonstances de la guerre déterminent en grande partie les priorités économiques de l’Egypte dans l’année à venir ».

Localiser l’industrie nationale est une autre priorité en raison de l’importance du secteur pour l’économie égyptienne. En fait, le secteur industriel participe à environ 17% du PIB et contribue à environ 85% du total des exportations de produits de base non pétroliers. « La renaissance industrielle rendra l’économie égyptienne plus résiliente à surmonter les répercussions des crises actuelles », souligne Shadi Mohsen. En mai dernier, le gouvernement a identifié 9 industries prioritaires pour localiser la production locale, conformément au plan stratégique visant à accroître les exportations à 100 milliards de dollars au cours des trois prochaines années. Ces industries sont le bois, les meubles, les industries mécaniques, l’alimentation et l’agriculture, les industries chimiques, les textiles, les produits pharmaceutiques, les industries médicales, l’imprimerie et l’emballage, les matériaux de construction et les industries métallurgiques. La semaine dernière, la première usine de fabrication de la « soupape de sécurité du gaz » a été installée en Egypte, pour un coût d’investissement de 7,6 millions de dollars et d’une capacité de production estimée à 15 millions de soupapes. Et ce, dans le cadre de l’initiative nationale pour le développement de l’industrie égyptienne « Ibdaa », qui vise à réduire l’importation en ajoutant de nouveaux investissements au secteur industriel.

Autonomiser le secteur privé et renforcer sa participation dans l’activité économique est une autre priorité majeure dans le plan proposé par le gouvernement pour l’année prochaine. Celui-ci vise à faire passer les investissements privés de 30% actuellement à 65% du volume total des investissements dans le pays d’ici 3 ans.

Attirer des investissements durables

Autre priorité: le redressement du secteur du tourisme. Celui-ci pourra également jouer un rôle déterminant pour l’économie égyptienne. Selon les analystes, le défi consiste non seulement à donner un coup de pouce au tourisme sur le court terme, mais aussi à assurer la durabilité du secteur sur le long terme. Ainsi, pour soutenir la reprise et transformer le secteur du tourisme, le gouvernement entend augmenter les investissements dans ce secteur en 2023 pour atteindre environ 7,4 milliards de L.E. contre 6,2 milliards de L.E. attendus en 2021-2022, soit une croissance de 19,4%. Le gouvernement égyptien entend également tripler les revenus du tourisme au cours des trois prochaines années.

Sur un autre volet, le plan de diversification des activités du Canal de Suez est en marche. Celui-ci vise à créer un environnement propice aux investissements durables en transformant le Canal de Suez en une plaque tournante mondiale pour le commerce des conteneurs et en établissant des zones logistiques tout au long du canal, notamment dans les ports de Aïn-Sokhna, de Port-Saïd et de Qantara. La zone économique du Canal de Suez comprend aujourd’hui 3 zones industrielles: chinoise, russe et polonaise, alors que la quatrième zone sera malaisienne et verra le jour en 2023.

Alimentation, eau, climat : Un triple enjeu

En 2023, améliorer la sécurité alimentaire sera la priorité absolue pour l’Egypte qui travaille déjà assidûment sur des volets en parallèle pour atteindre cet objectif. « Le destin de l’Egypte est de se trouver au coeur de trois défis imbriqués: les défis de la sécurité hydrique, alimentaire et le changement climatique », a déclaré le président lors de la 5e session de la Semaine de l’eau, tenue au Caire fin octobre dernier. En fait, la guerre en Ukraine a aggravé la situation d’insécurité alimentaire mondiale puisque les deux pays en conflit sont de gros producteurs et exportateurs mondiaux de céréales, notamment de blé. Selon un rapport récemment publié par l’Organisation des Nations-Unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO), de 8 à 13 millions de personnes souffrent d’insécurité alimentaire en raison des conséquences de la guerre en Ukraine, particulièrement en Asie pacifique, en Afrique subsaharienne, au Proche-Orient et en Afrique du Nord.

« Le déficit alimentaire n’est plus un simple problème économique et agricole, mais est devenu une question stratégique politique liée à la sécurité nationale et régionale; les aliments sont devenus une arme stratégique aux mains des Etats qui les produisent et les exportent pour faire pression sur les pays qui les importent afin d’atteindre des objectifs politiques », a souligné Al-Sayed Al-Qosseir, ministre de l’Agriculture et de la Bonification des terres. C’est dans ce contexte que l’Egypte a adopté une stratégie de trois axes pour éviter une pénurie alimentaire: moderniser et agrandir l’infrastructure de stockage, diversifier les sources d’importation et de production locale, et préserver la durabilité des ressources en eau. Pour contrôler la fluctuation des prix des biens stratégiques et freiner l’inflation, la bourse des marchandises vient d’être lancée. Ce projet présente un avantage pour les agriculteurs grâce à la présence d’un marché organisé des produits de base qui stimule l’agriculture et la rapidité de conclure des transactions sans intermédiaires. Sur un autre volet, des projets nationaux pour augmenter la production agricole sont en cours d’exécution comme le développement du centre et du nord du Sinaï, le nouveau Delta et le développement de la campagne égyptienne.

Accélérer la gestion durable de l’eau sera aussi au coeur des préoccupations en 2023. En fait, la gestion durable de l’eau est l’un des défis les plus urgents pour l’humanité. Sur les 20 pays qui connaissent les plus hauts niveaux mondiaux de stress hydrique, 14 sont arabes. Ainsi l’Egypte tente de trouver des solutions alternatives pour combler sa pénurie en eau qui s’élève à environ 57 milliards de m3 par an. En fait, les défis hydriques de l’Egypte sont nombreux: croissance démographique, changements climatiques, ressources limitées en eau et poursuite par l’Ethiopie du remplissage unilatéral du barrage de la Renaissance sans accord préalable avec l’Egypte et le Soudan.

Afin de combler l’écart entre l’offre et la demande, l’Egypte a lancé, fin 2020, une stratégie de gestion des ressources hydriques à long terme jusqu’en 2037 avec des investissements qui pourraient aller de 50 à 100 milliards de dollars. Dans le cadre de ce plan, de nombreux projets, notamment dans le domaine de dessalement de l’eau, ont été lancés. En 2023, l’Etat vise à construire 19 stations de dessalement de l’eau de mer qui devraient fournir en tout 3,3 millions de m3 d’eau potable.

Centre énergétique régional

Autre priorité pour 2023: le renforcement du réseau électrique national pour faire de l’Egypte un centre régional pour l’échange d’énergies. Et ce, à travers des projets d’interconnexion: des projets reliant l’Egypte au Soudan, à la Libye ou à l’Arabie saoudite, alors que d’autres projets d’interconnexion maritime avec Chypre et la Grèce sont en cours d’exécution. « L’Egypte poursuivra ses efforts dans l’année à venir pour devenir une plaque tournante de l’énergie », explique Abdel-Wahab, avant d’ajouter que « l’interconnexion électrique et le commerce de l’énergie jouent un rôle important dans l’amélioration de la sécurité énergétique ».

La guerre en Ukraine a exacerbé la pression sur les marchés de l’énergie et a façonné en outre une nouvelle géopolitique du gaz. Selon beaucoup d’analystes, l’Egypte peut profiter de ces circonstances pour renforcer son rôle de centre régional pour le commerce du gaz et du pétrole. « L’Egypte fait de son mieux pour relier le présent au futur. Elle possède des capacités d’approvisionner les marchés en l’énergie d’aujourd’hui la moins polluante, à savoir le gaz. Et en même temps, elle détient les clés de l’énergie à venir grâce à son potentiel solaire et éolien qui la qualifie à traiter les crises de changements climatiques qui ont frappé fort l’année dernière et qui persisteraient l’année prochaine éventuellement », explique l’expert Mohamed Shadi.

La semaine dernière, l’Egypte a annoncé la découverte d’un nouveau gisement de gaz naturel baptisé « Nargues 1 » devant la ville d’Al-Arich; selon les premières estimations, sa capacité pourrait atteindre quelque 3,5 billions de pieds cubes. Et selon le plan publié par le ministre du Pétrole et des Ressources minérales, 118 puits seront exploités en 2023 pour accroître les exportations égyptiennes en gaz naturel, en vue d’atteindre 1 milliard de dollars en 2023 contre 600 millions de dollars actuellement.

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