Mardi, 16 avril 2024
Dossier > Négociations sur le climat >

A la conquête des énergies du future

May Al-Maghrabi , Mercredi, 16 novembre 2022

Le président Sissi et le premier ministre norvégien, Jonas Gahr Store, ont donné à Charm Al-Cheikh le coup d’envoi de la première phase du projet de production de l’hydrogène vert, à Aïn Al-Sokhna. Explications.

A la conquête des énergies du future

 L’Egypte multiplie et diversifie ses sources d’énergie propre. Après l’énergie éolienne et l’énergie solaire, place à l’hydrogène vert. Cette semaine, à Charm Al-Cheikh où se tient la COP27, le président Abdel-Fattah Al-Sissi et le premier ministre norvégien, Jonas Gahr Store, ont donné le coup d’envoi à la première phase du projet de production de l’hydrogène vert, à Aïn Al-Sokhna sur la mer Rouge. Le projet coûte 5 milliards de dollars et a une capacité de production de 100 MW. L’usine d’Al-Sokhna s’inscrit dans le cadre du plan de l’Etat visant à établir un centre régional de l’énergie verte à la zone économique du Canal de Suez. Le projet égypto-norvégien sera mis en oeuvre en coopération avec le géant norvégien de l’électricité Scatec. L’entreprise norvégienne s’est associée au fleuron égyptien Orascom Construction, ainsi qu’à Fertiglobe, un producteur d’ammoniac détenu conjointement par OCI N.V. et Abu Dhabi National Oil Company (ADNOC) pour former l’entreprise ad hoc Egypt Green censée devenir une plateforme complète pour fournir l’hydrogène vert aux entreprises locales et internationales. La nouvelle usine sera alimentée en énergie solaire et éolienne. Elle produira environ 15 000 tonnes d’hydrogène vert. Elle alimentera les usines d’ammoniac de Fertiglobe à Aïn Al-Sokhna, qui produiront 90 000 tonnes d’ammoniac vert par an. Sa production devrait être exportée principalement vers les marchés européens, africains et asiatiques.

« Ce partenariat va stimuler le développement économique durable en mettant l’accent sur le rôle du secteur privé égyptien et étranger en plus du rôle du gouvernement, qui travaillent côte à côte dans ce secteur vital », a salué le président Sissi, affirmant que l’hydrogène vert est devenu « l’une des solutions du futur les plus importantes pour une économie verte compatible avec les efforts de lutte contre le changement climatique et avec les objectifs de l’Accord de Paris ». Pour sa part, Jonas Store a souligné que « le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord ont un grand potentiel pour devenir des fournisseurs importants d’hydrogène vert en raison de leurs ressources en énergies renouvelables et leur proximité avec les marchés ouverts ». Le président Sissi a regretté cependant que les pays en développement aient « des difficultés à saisir les opportunités de la transition vers l’hydrogène vert en raison de l’absence de capacités technologiques, des infrastructures et des investissements nécessaires ». « Même dans les rares cas où ces pays ont la possibilité de lancer cette industrie, ils font face aux déséquilibres de la compétitivité avec les pays développés », a ajouté le président. Des défis qui n’ont pas empêché l’Egypte d’aller de l’avant dans ce domaine. Le président Sissi a d’ailleurs coparrainé avec le premier ministre belge, Alexander De Croo, une initiative portant sur la création d’un Forum mondial sur l’hydrogène vert.

8 % du marché mondial de l’hydrogène

Des démarches sont prises dans le cadre de la stratégie nationale pour la production de l’hydrogène vert à des prix inférieurs aux prix mondiaux. Cette stratégie, mise en oeuvre en coopération avec la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement (BERD), et l’Union arabe pour le développement durable et l’environnement (AUSDE), vise à aider l’Egypte à contribuer à hauteur de 8 % au marché mondial de l’hydrogène, a annoncé le premier ministre, Moustapha Madbouli. Selon le ministre de l’Electricité et des Energies renouvelables, Mohamed Shaker, la stratégie de l’Egypte vise à augmenter à 42 % le volume de l’électricité produite à partir de sources renouvelables d’ici 2035. Selon lui, le Sommet mondial sur le climat (COP27) en cours à Charm Al-Cheikh est « l’occasion d’attirer de nouveaux investissements dans les énergies propres et l’hydrogène vert ». Déjà, l’Egypte, qui se positionne comme un futur grand producteur et exportateur d’hydrogène vert, a signé cette année 16 accords avec des entreprises internationales d’une valeur totale de 40 milliards de dollars pour établir des projets de production d’ammoniac et d’hydrogène vert.

« Disposant d’un énorme potentiel de production de l’énergie propre, l’Egypte est l’un des premiers pays à avoir identifié très tôt les opportunités offertes dans le domaine de l’hydrogène vert », indique Hafez Salmawy, professeur d’énergie à l’Université du Caire, qui affirme que l’hydrogène vert est la solution optimale pour réduire les émissions de carbone. « Produit à partir de l’eau en utilisant des sources d’énergie renouvelable, il peut jouer un rôle important dans la décarbonisation de secteurs difficiles comme la production de l’acier, l’industrie chimique et le transport maritime », explique Salmawy. L’ammoniac vert permet de réduire les émissions de Gaz à Effet de Serre (GES) des engrais azotés.

Atouts et opportunités

Sameh Noaman, expert en énergies renouvelables, affirme que l’Egypte possède le potentiel de devenir une plaque tournante internationale pour la production de l’hydrogène vert. « L’Egypte possède les atouts nécessaires pour réussir dans ce domaine dont le premier est la disponibilité des sources d’énergies renouvelables et durables à bons prix. Le rayonnement solaire est compris entre 2 000 et 3 000 kWh par mètre carré par an en Egypte. A cela s’ajoutent les sources d’eau, les infrastructures, et le transport nécessaire pour exporter l’hydrogène vert et ses dérivés », indique l’expert qui note que l’implantation du projet de l’hydrogène vert dans la zone économique du Canal de Suez permettra de fournir des services logistiques aux navires passant par le canal.

Concernant la rentabilité du projet, il indique que l’hydrogène vert est un carburant qui ne produit aucune émission de carbone et qui peut servir de source alternative de biocarburants, plus coûteux. « En Europe et en Chine, avec la hausse des prix du gaz et du pétrole, beaucoup de voitures sont alimentées en hydrogène. L’Egypte peut combler les besoins énergétiques des marchés européens et asiatiques. D’ailleurs, les projets d’interconnexion électrique entre le continent africain et l’Europe absorberont l’électricité produite à partir de sources renouvelables. Les revenus attendus de ce projet sont estimés à environ 45 milliards de dollars par an », affirme Noaman. L’hydrogène vert représentera 25 % des besoins énergétiques mondiaux d’ici 2050.

 

 Les accords conclus par l’Egypte pour produire l’hydrogène vert

Le Norvégien Scatec. Montant de la production : un million de tonnes d’ammoniac vert par an.

Industries H2 (Allemagne). Montant de la production : 300 000 tonnes d’hydrogène vert par an.

Globale (Grande-Bretagne). Montant de la production : 2 millions de tonnes d’hydrogène vert par an.

Total Energy (France) et Enara Capital (Egypte). Montant de la production : 300 000 tonnes d’ammoniac vert par an.

Amiya Power (Emirats arabes unis). Montant de la production : 390 000 tonnes d’ammoniac vert par an.

Al-Fanar (Arabie saoudite). Montant de la production : 500 000 tonnes d’hydrogène vert par an.

Acme (Inde). Montant de la production : 2,2 million de tonnes d’hydrogène vert et d’ammoniac par an.

MEP (Egypte-Etats-Unis). Montant de la production : 120 000 tonnes d’hydrogène vert par an.

FFI (Australie). Montant de la production : 2,2 millions de tonnes d’hydrogène vert par an. 

Mots clés:
Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique