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Dr Hanaa Ebeid : L’économie circulaire offre des solutions viables aux problèmes du climat

Amani Gamal El Din , Mercredi, 16 novembre 2022

Dr Hanaa Ebeid, responsable de l’unité économique au CEPS d’Al-Ahram et spécialiste du changement climatique, revient sur le concept d’économie circulaire pour faire face à la crise du climat.

Dr Hanaa Ebeid

 Al-Ahram Hebdo : Alors que la COP27 se tient à Charm Al-Cheikh, comment voyez-vous le paysage mondial et les efforts de transition vers une économie verte ?

Hanaa Ebeid : Alors que les dirigeants du monde sont réunis à Charm Al-Cheikh pour la COP27, les Objectifs du Développement Durable (ODD) 2030 visant à préserver les ressources pour les futures générations n’ont pas été réalisés. De plus, les problèmes résultant du réchauffement climatique et de l’industrialisation accrue font que le net zéro CO2 devient difficilement réalisable d’ici la date butoir de 2050. Le fossé est grand entre les pays développés et les pays en voie de développement qui ne contribuent qu’à 3 % des émissions de gaz à effet de serre et qui ont le plus besoin de financement pour réaliser leurs objectifs économiques et environnementaux. Ajoutons à tout cela le fait que les efforts d’adaptation au climat ne sont pas encore pris au sérieux par certains pays qui les jugent en désaccord avec leurs intérêts. Il y a encore beaucoup à faire pour régler la cause climatique.

— Vous parlez dans vos recherches d’un modèle économique plus apte à traiter les problèmes de l’environnement. Pouvez-vous nous en parler ?

— L’économie circulaire intervient au niveau des problèmes d’adaptation aux changements climatiques. C’est un modèle économique qui vise à atteindre zéro gaspillage et zéro pollution à tous les niveaux, de l’industrie à la consommation. Elle garantit une transition verte plus saine, surtout que le monde est loin d’atteindre les objectifs de net zéro carbone.

L’économie circulaire se veut plus écologiquement vertueuse que les modèles économiques classiques (économie linéaire) qui lient le développement économique à la production des richesses, ce qui, malheureusement, se traduit par une destruction des ressources. Ce qui endommage le plus l’environnement c’est l’industrialisation qui est l’un des fondements de l’économie linéaire. Celle-ci est basée sur l’extraction des ressources et leur gaspillage. L’économie linéaire gaspille et détruit les ressources à un rythme extrêmement rapide. Par exemple, il nous faut environ 400 ans pour régénérer les forêts que nous détruisons à un rythme accru. Le gaspillage dans toutes ses formes coûte annuellement 4,5 trillions de dollars.

L’économie circulaire vise à éviter le gaspillage. Elle offre des solutions viables aux problèmes du climat. La production y est plus lente et prend en considération la durée de vie des produits et des matériaux. Lorsque le cycle de vie des matériaux prend fin, ceux-ci sont réinsérés dans un nouveau processus industriel, ou bien, dans le cas des résidus organiques, regagnent l’environnement en toute sécurité.

L’économie circulaire peut opérer dans plusieurs secteurs comme les énergies renouvelables, le traitement hydrique et la gestion et le traitement des déchets.

— Comment les gouvernements et le monde des affaires peuvent-ils s’adapter à ce concept de l’économie circulaire ?

— L’Union européenne, et surtout les pays scandinaves, sont les principaux promoteurs de l’économie circulaire. Ils ont mis en place des règles de standardisation et des législations et ont défini les secteurs où ce modèle peut opérer, sous l’ombrelle des Nations-Unies.

Le rôle des gouvernements et du monde des affaires est clair. Les gouvernements sont responsables des législations et des mégaprojets, comme ceux de l’énergie renouvelable, et il leur incombe d’obliger les entreprises à se conformer aux règles environnementales. Ils doivent mettre en place des services de responsabilité sociale pour les entreprises.

Au niveau de la consommation, les entreprises fonctionnent selon le principe que le produit est un service. En effet, c’est le service qui est vendu et non le produit. L’accent est mis sur la location plutôt que la propriété. Un cluster industriel peut par exemple partager un tracteur ou plusieurs tracteurs sans s’en approprier un. Les plateformes économiques comme Airbnb offrent un service communautaire de location de logements et d’entreprises qui partagent le principe participatif.

— Peut-on s’orienter totalement vers l’économie circulaire ou bien celle-ci peut aller de pair avec l’économie linéaire ?

— Les économies conventionnelles s’imposent toujours. La preuve en est que lorsqu’il y a eu la crise d’énergie et que les prix du brut ont augmenté, les gouvernements ont décidé de passer au charbon, qui est plus polluant et plus coûteux. Les méthodes conventionnelles de financement en général et du financement climatique en particulier, comme les dons, les crédits et les échanges dette contre nature vont bien sûr continuer. Mais il est évident que, de plus en plus, il y aura un recours aux obligations vertes qui sont l’un des instruments les plus efficaces pour financer les efforts d’adaptation au climat et qui permettront le passage à une économie circulaire assurant la transition verte. L’Union européenne a lancé plusieurs initiatives dans la région de la Méditerranée, comme l’initiative méditerranéenne pour l’économie verte. Et il existe d’autres initiatives avec la région MENA.

Les gouvernements ont un rôle à jouer pour encourager la transition vers l’économie circulaire en accordant des privilèges, un financement avec des périodes de remboursement plus longues et des taux d’intérêt bas. Les gouvernements sont les initiateurs dans le sens où ils assument le coût exorbitant des infrastructures, allègent les impôts sur les industries les moins polluantes et les augmentent sur les industries plus polluantes. L’intérêt manifesté par les gouvernements incite le secteur privé à entrer dans ces projets de plain-pied.

— Que signifie pour vous la tenue de la Conférence des Nations-Unies sur les changements climatiques (COP27) à Charm Al-Cheikh ? Comment en bénéficier ?

— A mon avis, le plus important aspect de la conférence est qu’elle sensibilise à la cause climatique, une sensibilisation qui est de plus en plus soutenue à tous les niveaux. La conférence intervient à un moment critique pour le monde qui est loin d’atteindre ses objectifs de zéro carbone d’ici 2030. Le monde est de plus en plus exposé aux séquelles et aux dangers du changement climatique. La situation est d’autant plus critique que les pays développés n’ont pas tenu leur engagement de verser 100 milliards de dollars annuellement aux pays en développement. Pour que la COP27 soit une bonne occasion pour conclure des partenariats et des accords, il faut absolument que l’Egypte détienne un plan pour négocier les questions relatives aux pertes et aux dommages causés à l’environnement.

Aujourd’hui, nous voyons de plus en plus des institutions financières et onusiennes qui financent des projets verts, proposant des stages de formation aux jeunes entrepreneurs, ce qui relève le degré de conscience vis-à-vis de l’environnement. Il est évident que l’Egypte possède un plan clair de transition à l’économie verte.

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