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Développer l’industrie pour booster l’économie

Ola Hamdi , Mercredi, 24 août 2022

Le dernier remaniement ministériel reflète l’intérêt grandissant de l’Etat accordé à l’industrie. Un secteur prometteur mais qui affronte de nombreux défis.

Développer l’industrie pour booster l’économie

« Les politiques appliquées par la BCE étaient adaptées aux défis de la période précédente. La phase actuelle nécessite de nouvelles politiques monétaires pour promouvoir l’investissement industriel ». C’est ce qu’a noté la Fédération des industries égyptiennes dans un communiqué publié quelques heures après la démission de Tarek Amer, intervenue une semaine après un large remaniement ministériel. Ce quatrième remaniement dans le gouvernement de Dr Moustapha Madbouli reflète, selon beaucoup d’observateurs, les priorités économiques du gouvernement égyptien dans la période à venir et l’intérêt grandissant qu’il accorde au développement du secteur industriel qui participe à 11,7 % du PIB. « Injecter du sang neuf est devenu nécessaire pour créer une convergence entre les politiques monétaires réglementées par la Banque Centrale d’Egypte (BCE) et les politiques financières, d’investissements et commerciales gérées par le gouvernement », explique Mohamed Al-Banna, professeur en économie financière. « Ces changements ont trouvé un écho positif chez les acteurs du secteur industriel qui affronte de nombreux défis, notamment ceux des perturbations des chaînes d’approvisionnement engendrées par les crises mondiales successives, à savoir la pandémie de Covid-19 et la guerre en Ukraine », ajoute-t-il.

Plusieurs dossiers cruciaux que l’ancienne administration n’a pas réussi à résoudre attendent le nouveau gouverneur par intérim de la BCE, explique Mohamed Al-Bahi, membre du conseil d’administration de la Fédération des industries, entre autres « les réclamations d’annuler les nouvelles règles sur les importations, le système de crédit documentaire émis à la mi-février qui a semé la confusion sur les marchés et augmenté le problème de l’approvisionnement en matières premières de l’industrie ». Selon Al-Banna, « le manque d’harmonie entre les politiques monétaires et exécutives a pesé sur le secteur industriel au cours de la période précédente. Alors que la guerre en Ukraine a tiré la sonnette d’alarme dans tous les pays du monde et en Egypte quant à l’importance du secteur industriel pour réduire les importations et favoriser la production locale ».

Un plan optimiste

Que représente donc l’industrie dans l’économie égyptienne ? Le secteur a enregistré en 2021 un taux de croissance de 6,5 %, alors que ses investissements se sont élevés à 49 milliards de L.E. au cours de l’exercice 2020- 2021, ce qui représente environ 6 % du total des investissements publics. La production industrielle, quant à elle, a atteint 982 milliards de L.E. en 2021. Selon les objectifs du plan de développement économique et social pour l’exercice 2022-2023, dévoilé par le ministère de la Planification fin juillet, le gouvernement table sur une croissance économique de 5,5 %. Dans le cadre de l’initiative d’atteindre 100 milliards de dollars d’exportations au cours des trois prochaines années, ce nouveau plan vise à augmenter la contribution du secteur industriel dans le PIB à 15 % d’ici 2024, à accroître le taux de croissance des exportations d’environ 20 % par an et à rationaliser l’importation, afin de ne pas dépasser 90 milliards de dollars au cours de l’exercice en cours.

L’Egypte dispose d’une base industrielle diversifiée qui comprend 150 zones industrielles réparties sur l’ensemble des gouvernorats de l’Egypte.

Juste après sa nomination, le nouveau ministre du Commerce et de l’Industrie, Ahmad Samir, succédant à Névine Gamea, a publié un communiqué où il a étalé les priorités de son mandat. « Le ministère accordera la priorité à un nombre de dossiers durant la prochaine période : développement de l’industrie productive, augmentation de la part du composant local dans les produits finaux, évaluation et révision de la politique industrielle actuelle et des législations économiques, et le renforcement du partenariat entre les secteurs public et privé. Améliorer la compétitivité des secteurs industriels, notamment les secteurs dans lesquels l’Egypte dispose d’avantages compétitifs, figure également parmi ces priorités », a précisé le nouveau ministre, avant de conclure que « la prochaine période connaîtra une coordination étroite avec la communauté des affaires pour déterminer ensemble les grandes lignes pour le développement de ce secteur ».

Al-Bahi pense que « le récent remaniement ministériel est nécessaire et aura un impact positif sur le secteur de l’industrie, d’autant plus qu’il a choisi une personnalité au coeur des problèmes auxquels le secteur fait face ». Agé de 48 ans, Ahmad Samir était le chef de la commission des affaires économiques à la Conseil des députés en 2020 et vice-président de l’Association des investisseurs du 6 Octobre.

Plusieurs initiatives

Pour faire face aux répercussions de la crise mondiale et assurer de nouveaux revenus en devises, l’Egypte multiplie les initiatives pour atteindre les deux objectifs stratégiques : accroître la contribution de la production industrielle au PIB et augmenter les exportations pour atteindre 100 milliards de dollars. Le ministère du Commerce et de l’Industrie a présenté en mai dernier une liste de 83 opportunités d’investissement aux investisseurs comme alternatives à l’importation. En fait, le Centre de modernisation industrielle a procédé à une analyse de la structure des importations, qui a identifié 131 articles douaniers pouvant être fabriqués localement. Ce qui contribuera à réduire la facture des importations et à relancer l’investissement industriel. Autre initiative : Le gouvernement s’apprête à annoncer une liste de 100 nouvelles mesures visant à stimuler l’industrie. Faciliter l’appropriation des unités dans les nouveaux complexes industriels et transférer la technologie aux secteurs industriels prioritaires figurent parmi ces mesures, afin de mettre terme aux problèmes de la bureaucratie industrielle. Des démarches qui ont commencé à porter leurs fruits : Les exportations non pétrolières ont enregistré une hausse de 21 % au cours du second trimestre.

Des défis à relever

Selon Al-Banna, parmi les défis les plus importants auxquels sont confrontés les nouveaux ministres — en tête le ministère du Commerce et de l’Industrie — figure le fait de faire de l’industrialisation la pierre angulaire du processus de développement et le fait que la stratégie d’industrialisation soit basée sur l’exportation et non pas seulement sur la substitution des importations, afin que les déséquilibres dans la balance commerciale soient remédiés. Avis partagé par Al-Bahi, qui souligne « la nécessité d’exploiter les richesses minérales de l’Egypte comme l’ilménite, le sable blanc, le phosphate, etc. et d’augmenter la composante égyptienne dans l’industrie pour permettre la concurrence. Lorsque la composante égyptienne couvre 80 % ou au moins 60 % dans le processus de production, cela méritera d’être fait ». D’où vient la nécessité de dessiner « une carte des investissements » basée sur le principe de la spécialisation, c’est-à-dire en fonction des avantages comparatifs de chaque gouvernorat, afin que les industries spécifiques et leurs industries complémentaires soient installées dans la même zone. Ce qui fournira une commercialisation aisée des produits. Pour sa part, Moataz Mahmoud, membre de la commission de l’industrie au Conseil des députés, souligne l’importance d’une coordination entre le gouvernement et le parlement pour publier une loi unifiée pour l’industrie, au lieu de la loi qui date de l’année 1939 et à laquelle ont été apportés de nombreux amendements qui ne correspondent plus aux défis actuels. « L’absence d’une loi spécifique pour le secteur industriel représente un grand défi au développement industriel en Egypte ».

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