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L’insuffisant retour du pétrole iranien

Racha Darwich , Mercredi, 06 avril 2022

Le retour de l’Iran sur les marchés pétroliers ne compenserait que partiellement le manque d’approvisionnement russe. Explications.

L’insuffisant retour du pétrole iranien
Le retour du pétrole iranien sur le marché ne sera pas immédiat.

Les regards se tournent vers l’Iran et son pétrole. Les avancées dans les pourparlers de Vienne visant à rétablir l’accord de 2015 et par conséquent, lever l’embargo sur les exportations iraniennes d’hydrocarbures, soulèvent les espoirs d’un retour de la stabilité sur le marché de l’énergie dans le monde. Face à la flambée des cours du pétrole due à la crise russo-ukrainienne, l’Iran se dit prêt à augmenter sa production de brut dès la levée des sanctions américaines pour revenir aux niveaux d’avant novembre 2018. Le ministre iranien du Pétrole, Javad Owji, a déclaré, début février, que son pays pouvait exporter 2,5 millions de barils par jour de pétrole et en produire environ 4 millions. Selon les statistiques officielles, les exportations iraniennes d’or noir ont atteint 2,8 millions de barils par jour en février 2018.

Cependant, même si un accord est conclu dans les prochains jours, il faudra peut-être des mois avant de s’assurer que l’Iran s’est plié aux conditions pour lever les sanctions. Ce qui signifie qu’il faudra attendre jusqu’au mois de juin avant de voir arriver le pétrole iranien sur le marché mondial.

Après la signature du premier accord nucléaire en 2015, les sanctions n’ont été complètement levées qu’après 6 mois. « Même si l’Iran parvient à la production maximale que lui permet son infrastructure, il ne pourra pas compenser le pétrole russe. Le fossé est énorme entre les capacités des deux pays. La Russie est le plus grand producteur et exportateur de pétrole au monde. Elle se disputait la première place mondiale avec l’Arabie saoudite ces dernières années avec 10 millions de barils par jour », explique l’économiste Hussein Soliman. « Il ne faut pas oublier non plus que l’Iran est membre de l’Opep, qui impose des règles strictes pour limiter la production mondiale depuis la crise du coronavirus, afin de maintenir un prix raisonnable du pétrole. La production iranienne de pétrole sera donc régie par les décisions de l’Opep. Les Iraniens étaient appelés Les Aigles au sein de l’organisation, car ils tenaient à réduire la production pour préserver des cours élevés du pétrole », ajoute Dr Ahmed Kandil, spécialiste des recherches asiatiques au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram.

 D’ailleurs, une grande partie du pétrole iranien se trouve déjà sur le marché mondial de l’énergie. Malgré les sanctions, la République islamique parvient à vendre une partie de son pétrole en contournant les mesures punitives de Washington. En mars 2021, des analystes disaient que la Chine importait 900 000 barils par jour de pétrole iranien. « La Turquie est aussi l’un des principaux clients du pétrole iranien. Il y a une sorte de troc du pétrole iranien contre des marchandises turques pour contourner les sanctions », ajoute Dr Ahmed Kandil.

Infrastructure vieillissante

L’Iran dispose des troisièmes réserves d’or noir au monde et partage avec le Qatar le vaste gisement gazier de North Field qui produit 77 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié par an. Cependant, les longues années de sanctions ont fortement affecté l’infrastructure pétrolière iranienne, qu’il s’agisse de l’infrastructure relative à la production, aux transports ou aux ports. « Il faudra du temps pour que l’Iran puisse produire à nouveau à pleine capacité, mais aussi d’énormes investissements pour développer l’infrastructure pétrolière », explique Kandil. Cependant, Hussein Soliman révèle que la levée des sanctions et l’entrée des grandes compagnies pétrolières américaines et européennes dans le secteur pétrolier iranien, ainsi que le transfert de la technologie moderne dans ce secteur pourraient avoir un large impact sur la production du pays. « L’Union européenne aspire à un rapprochement avec l’Iran afin de devenir complètement indépendante du gaz russe en 2030. Par conséquent, elle n’a pas d’inconvénient ni à investir dans le gaz iranien, ni à attendre quelques années jusqu’à ce que ces investissements portent leurs fruits », commente Soliman. Du point de vue théorique, les rendements de la vente du pétrole seront injectés dans le budget général et pourront être orientés vers le développement de l’infrastructure pétrolière du pays épuisée par 40 ans de sanctions. « Mais malheureusement, une grande partie de ces rendements pourrait être utilisée dans les ingérences iraniennes dans les pays du voisinage, comme le soutien aux Houthis au Yémen et aux chiites en Iraq et au Liban, ce qui nuit à la sécurité dans la région. Mais il faut espérer que le retour de l’Iran à la communauté internationale le poussera à réviser ses positions pour devenir un Etat qui ne s’ingère pas dans les affaires internes de ses voisins », conclut Ahmed Kandil.

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