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L’effet start-up

Ola Hamdi , Dimanche, 06 février 2022

En pleine croissance après la vague de Covid-19, les start-up sont de plus en plus soutenues par l’Etat. Une loi est cependant nécessaire pour régir leurs activités.

L effet start-up

Mohamad est un jeune Egyptien qui a quitté la faculté de médecine pour étudier le commerce, sa vraie passion. Il lance une start-up qui propose des services innovants au secteur agricole, puis obtient un financement de la Banque Centrale pour soutenir son projet. De nombreux jeunes aujourd’hui en Egypte font la même chose. Ils fondent des start-up, entreprises naissantes qui proposent des solutions aux problèmes de manière innovante et technologiquement avancée. Pour aider ces sociétés, l’Etat adopte et encourage les incubateurs d’entreprises (ndlr : structures d’accompagnement des projets de création d’entreprise pouvant apporter un soutien en matière de formation, de conseil et de financement, lors des premières étapes de la vie de l’entreprise). « Un million de pionniers » est le nom de la dernière initiative visant à former un million d’entrepreneurs égyptiens d’ici 2030. « Notre objectif est de changer la façon de penser d’un million de jeunes qui envisagent de monter des projets. Nous prévoyons d’en faire émerger au moins 50 000 nouvelles entreprises », affirme Dr Ghada Khalil, directrice du projet Rowad 2030 (pionniers 2030), au ministère de la Planification. Une multitude d’autres initiatives ont été lancées comme « Commence ton avenir », adoptée lors du Forum mondial de la jeunesse et destinée aux élèves des écoles dans les pays arabes et africains, et la plateforme « Rowad Meter », qui fournit des indicateurs sur l’entrepreneuriat dans les pays arabes et africains.

L’Etat mobilisé

Ces initiatives s’inscrivent dans le cadre d’un plan adopté par l’Etat pour soutenir l’entrepreneuriat et mis en oeuvre par plusieurs ministères, dont celui de la Planification et du Développement économique, qui a lancé, il y a 4 ans, le projet Rowad 2030 pour soutenir le rôle de l’entrepreneuriat dans le développement de l’économie nationale et établir des incubateurs d’entreprises pour les start-up qui présentent de nouvelles idées sur le marché du travail. Ce projet a mené à la signature de protocoles de coopération avec les Universités de Cambridge, du Caire, l’Université américaine du Caire, l’Université allemande du Caire et le Centre de formation des leaders. « 340 jeunes, hommes et femmes, ont obtenu des bourses d’études pour préparer des masters en entrepreneuriat. 700 projets dans différents secteurs ont vu le jour, permettant d’assurer 25 000 emplois directs et indirects. 10 incubateurs d’entreprises ont été créés dans le domaine de l’intelligence artificielle et du tourisme, en plus d’un incubateur égypto-africain et d’une mini-usine, ceci en coopération avec la Nile Preneurs Initiativequi apporte un soutien technique et financier aux jeunes », explique Ghada Khalil.

Le ministère des Télécommunications et de la Technologie de l’Information prend part à ces initiatives par le biais de l’Autorité de développement des technologies de l’information et du Centre d’innovation technologique et de l’entrepreneuriat qui financent les idées innovantes et aident les entreprises à obtenir des fonds internationaux, ou les intègrent au sein d’accélérateurs d’entreprises mondiaux comme « 500 Start-ups », un incubateur situé dans la Silicon Valley, aux Etats-Unis. D’autres institutions apportent un soutien aux start-up, comme la compagnie Misr pour l’entrepreneuriat, qui dépend du ministère de la Coopération internationale. Celle-ci a fait venir des investissements de 334 millions de L.E. depuis sa création en 2017. Par ailleurs, le portefeuille du ministère de la Coopération internationale comprend 36 projets d’entrepreneuriat et un financement total de 1 milliard de dollars.

 

L’effet start-up

 

« Ces initiatives sont très bonnes. Il existe de très grands progrès et l’intérêt de l’Etat pour ce dossier est visible dans la promulgation de la loi sur le développement des petites et moyennes entreprises et la transformation du Fonds social en organe de développement des petites et moyennes entreprises en 2017. Celui-ci a pour mission de soutenir les projets émergents », souligne Dr Amr Sokkar, professeur adjoint de gestion des entreprises et consultant en entrepreneuriat pour l’Union européenne. Cet intérêt de l’Etat s’explique par la croissance remarquable réalisée par ce secteur au cours des dernières années. En effet, les start-up ont réalisé des gains essimés à 465 millions de dollars en 2021 contre 190 millions de dollars en 2020. « Au cours de l’année 2021, 335 start-up ont été créées en Egypte. De même, l’Autorité de surveillance financière a approuvé l’octroi de licences à des sociétés d’acquisition à vocation spécifique (SPAC), dont le but est de faciliter l’accès des start-up au financement », explique l’économiste Ahmad Moeti. Il fait remarquer que le gouvernement a pris cette mesure après la fusion de la compagnie égyptienne Swvl Smart Solutions for Mass Transportation et la société d’acquisition à vocation spéciale Queen’s Gambit Growth en une seule entité, et sa cotation à l’indice Nasdaq pour une valeur supérieure à 1,5 milliard de dollars. La société a réussi en Egypte et s’est lancée dans plus de 10 pays, bien que son siège soit actuellement à Dubaï.

Le financement, principal défi

 

L’effet start-up
Les start-up fournissent des produits et des services respectueux de l’environnement.

 

Les start-up ont besoin de financements de manière continue, afin de pouvoir franchir les étapes de leur construction. Ahmad Moeti indique que le gouvernement a levé la plupart des obstacles auxquels est confronté ce type d’entreprises, dont le plus important est le financement. En fait, le financement des entrepreneurs moyennant des prêts avec des taux d’intérêt relativement faibles est devenu plus accessible grâce aux initiatives lancées par l’Etat à travers ses différents organes, notamment la Banque Centrale, qui a facilité les conditions d’octroi des crédits pour les petites entreprises. 55 milliards de L.E. ont été consacrées à leur financement jusqu’à fin 2022, et 25 % du portefeuille des prêts leur ont été consacrés au lieu de 20 %. « Cependant, il y a encore des choses à régler comme les procédures compliquées et les taxes », affirme Moeti. Pour lui, une nouvelle législation sur les start-up est nécessaire. Amr Sokkar revient sur ces obstacles qui entravent le travail des start-up. « Pour accéder au financement bancaire, il faut souvent disposer d’actifs pour avoir des garanties. Il y a des sociétés de financement de capitaux en Egypte, mais le problème est qu’il n’y a pas de loi pour régir l’activité de ces sociétés. Certaines d’entre elles se sont installées à l’étranger et exercent leurs activités en Egypte. Par exemple, la société Swvl est basée aux Emirats. Il faut rédiger une loi qui organise le travail de ces entreprises », explique Sokkar. Mohamad Okacha, fondateur du fonds Disruptech, spécialisé dans l’investissement dans les start-up de technologie financière, explique comment son fonds aide à résoudre la crise de financement : « Nous aidons les start-up durant les différents stades de leur développement à atteindre des taux de rendement élevés, pour les vendre ensuite à des investisseurs stratégiques, à des fonds d’investissement, ou les introduire en Bourse ». Un autre obstacle qui entrave le travail des start-up est que l’entrepreneur ne possède souvent pas des compétences en matière de gestion, même s’il a des idées novatrices. Okacha demande à ce que les entrepreneurs soient formés à la gestion et à la manière de faire face à une croissance non planifiée. Ossama, un jeune entrepreneur, confirme ces obstacles. « Nous avons besoin de plus de conseils et de soutien technique et administratif pour que nos entreprises puissent se débrouiller seules et continuer », affirme-til.

Soutien et partenariats internationaux

En 2021, le Programme des Nations- Unies pour le développement a soutenu la création de 233 start-up dans le domaine de la technologie et a fourni un soutien à 247 petites et moyennes entreprises à divers stades de leur développement, et ce, en coopération avec le gouvernement égyptien. L’Organisation des Nations-Unies pour le Développement Industriel (ONUDI) et Onu Femmes ont également fourni un soutien aux start-up afin de leur permettre de continuer et de croître, ainsi que de renforcer en même temps les compétences technologiques des femmes. « Les partenariats internationaux sont nombreux. Des programmes avec l’Union européenne ont été lancés dont le dernier en date est un projet en coopération avec le ministère de l’Industrie pour soutenir l’artisanat. L’USAID fournit également des fonds pour créer des incubateurs d’entreprises. GIZ, une institution allemande de coopération internationale, propose des programmes qui aident les entrepreneurs à travailler sur des produits respectueux de l’environnement, comme le projet Biogaz en Haute-Egypte, qui vise à extraire l’énergie des excréments d’animaux », ajoute Sokkar.

Les experts sont d’accord que le Covid-19 a accéléré l’entrepreneuriat. « Au cours des deux dernières années, nous avons vu un grand nombre d’idées technologiques qui sont apparues, telles les applications et les plateformes éducatives », affirme Moeti. Et de conclure : « Ces idées ont connu une très forte croissance, car l’entrepreneur a toujours pensé que la crise ou le problème est une opportunité pour créer un projet ».

 
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