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Medhat Nafie : Le nouveau gouvernement aura affaire à de multiples défis sur le plan interne et externe

Ghada Ismail , Mercredi, 12 juin 2024

Après la décision du président de la République de confier au premier ministre, Mostafa Madbouly, la tâche de former un nouveau gouvernement, Dr Medhat Nafie, professeur d’économie à l’Université du Caire, revient sur les grands défis de la période à venir.

Medhat Nafie

Al-Ahram Hebdo : Le président Abdel Fattah Al-Sissi a demandé à ce qu’une attention toute particulière soit accordée aux dossiers stratégiques. Quels sont ces dossiers ?

Medhat Nafie : Le premier défi auquel le nouveau gouvernement Madbouly fera face est le degré de cohésion de ses membres pour réaliser ce que le président de la République a demandé. Parmi les dossiers les plus importants figurent notamment la sécurité nationale et le développement humain. En effet, le nouveau gouvernement sera confronté à des défis exceptionnels à la fois sur les plans interne et externe. L’aspect économique est présent dans divers dossiers. La sécurité économique est l’un des piliers les plus importants. Il y a aussi le dossier de la sécurité alimentaire, la sécurité de l’emploi et la sécurité énergétique qui relèvent tous de la sécurité économique. Et aucun de ces éléments ne peut être réalisé sans une économie forte, une croissance économique élevée, durable et stimulée par l’investissement, ainsi qu’une distribution plus équitable des ressources et des revenus. Je pense qu’il est nécessaire que le premier ministre ait un adjoint qui soit responsable des affaires économiques. Le rôle de cet adjoint sera de coordonner les politiques économiques, financières et monétaires de manière à réaliser les objectifs de la vision 2030 et à aller plus loin encore vers des perspectives plus ambitieuses. Le secteur privé doit également jouer un rôle plus important dans la réforme économique.

— Existe-t-il d’autres dossiers importants ?

— Le nouveau gouvernement devra notamment poursuivre la politique consistant à réduire le déficit budgétaire. Il y a aussi l’accord conclu avec le Fonds Monétaire International (FMI) et les réformes structurelles et institutionnelles essentielles qui permettront au secteur privé de jouer un rôle accru et aux institutions publiques d’avoir un meilleur rendement. Rappelons que le projet de Ras Al-Hikma (plus grand accord d’investissement direct étranger avec la compagnie émiratie Abu-Dhabi Developmental Holding Company) a permis une reprise économique, mais nous avons encore une inflation importante et nous devons mettre fin aux risques de volatilité des taux de change et éliminer toute pénurie d’énergie. Nous espérons que le nouveau gouvernement fera face à ces défis avec souplesse et rapidité. Rappelons aussi, parmi les défis, la faiblesse de la productivité, qui aggrave le déficit budgétaire et la balance des paiements. En ce qui concerne la réforme structurelle, le secteur privé doit jouer un rôle plus important. C’est là l’un des dossiers majeurs sur lesquels le prochain gouvernement devra travailler. Il faut que les institutions de l’Etat soient réformées même si cette réforme prend du temps.

— Existe-t-il, selon vous, des défis régionaux et internationaux ? Lesquels ?

— Aux niveaux régional et international, il y a divers défis. Citons, entre autres, les crises climatiques, les conflits commerciaux mondiaux comme la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, la guerre russo-ukrainienne et l’agression israélienne contre les Palestiniens. Toutes ces crises peuvent avoir des répercussions sur l’Egypte, augmenter le coût de la dette et la facture des importations, ce qui pourrait accroître l’inflation. Ces problèmes sont difficiles à aborder sans alliances régionales. L’Egypte doit donc opérer au sein des BRICS où elle est devenue officiellement membre. L’adhésion de l’Egypte aux BRICS suscite l’espoir. Cette adhésion devrait nous permettre d’agir en faveur d’une redistribution plus équitable des forces économiques dans le monde.

— Le dossier de la protection sociale est d’une grande importance. Comment le nouveau gouvernement devra-t-il gérer ce dossier ?

— Bien sûr, c’est un dossier très important. Le nouveau gouvernement s’efforcera d’apporter un soutien aux groupes les plus nécessiteux en Egypte. Il devra trouver la bonne équation pour indemniser les groupes qui ont été affectés par les conditions économiques et les fluctuations des prix. Le gouvernement devra mettre en place une transition progressive vers des subventions en espèces qui est la solution optimale à l’heure actuelle.

— Quels ministères seront, selon vous, les ministères les plus concernés par le changement ?

— On ne peut pas prédire exactement quels ministères connaîtront des changements, mais généralement, les ministères économiques sont les plus susceptibles de subir des ajustements étant donné les défis économiques actuels. On s’attend également à des changements au sein des ministères de la Santé et de l’Education. Je pense que nous avons besoin aussi d’un ministère d’Investissement.

— Les jeunes auront-ils leur place dans la nouvelle structure ministérielle ?

— J’aimerais que nous puissions nommer de jeunes ministres au nouveau gouvernement. On a besoin de créativité. Nous avons à l’université où j’enseigne des jeunes avec des esprits remarquables qui comprennent la langue de notre époque, qui est l’intelligence artificielle. Ils savent comment en bénéficier et comprennent aussi l’importance de la créativité et de l’entrepreneuriat.

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