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Ahmed Fouly : Deux vocations, deux carrières

Doaa Badr, Mardi, 28 avril 2020

Président de la Fédération africaine de taekwondo et vice-président de la Fédération mondiale, le général Ahmed Fouly a eu plusieurs vies. Parallèlement à sa passion du sport, il mène une carrière de policier, se mêlant aux coulisses de la politique. Faisant partie de la garde présidentielle, il a été témoin de l’assassinat de Sadate par les islamistes en 1981.

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Une voix douce, un visage calme et un regard paternel. Le général Ahmed Fouly fait office de mentor pour pas mal de jeunes dans son entourage. Derrière cette apparence calme, il cache bien le côté ferme de l’ancien policier qu’il a été. Il a toujours su diriger les autres avec beaucoup d’amour. Tous ceux qui ont travaillé avec lui se sont pliés à ses ordres par respect. Président de la Fédération africaine de taekwondo et vice-président de la Fédération mondiale, Fouly vient de célébrer ses 70 ans, partagés entre les domaines sportif et sécuritaire. Une belle expérience qu’il a voulu absolument transmettre aux nouvelles générations. Né le 18 novembre 1949 au Caire, Ahmed Fouly est issu d’une famille de policiers, son père est le général Mohamed Fouly, fondateur du club Ittihad Al-Chorta (l’union de la police), décoré à deux reprises par les présidents Nasser et Sadate qui lui avaient décerné l’Ordre de la République. Fouly père a été lui aussi un éminent policier et sportif, ce qui n’a pas manqué de marquer la vie de son fils.

« J’ai mené une enfance disciplinée, puisque mon père était un policier ferme et déterminé. A la maison, tout devait rentrer dans l’ordre : les études, les entraînements sportifs au club Ittihad Al- Chorta, etc. Mon père était parmi les premiers policiers à s’introduire dans le domaine de l’administration sportive ; il était l’un des fondateurs de la Fédération égyptienne de handball et président de la Fédération égyptienne de cyclisme. J’ai suivi ses pas dans les deux domaines qui ont sillonné mon existence », affirme Fouly.

Et d’ajouter : « Ma mère, Azza, a également eu un grand impact sur ma personnalité. Elle était ferme et tendre à la fois. Vu l’absence fréquente de mon père, très occupé par son travail, elle a tenu à ce que nous soyons très solidaires, mon frère et moi, ainsi que mes deux soeurs. J’avais une relation très spéciale avec elle, étant l’aîné. Aujourd’hui, ma femme, Mira, tient presque le même rôle que ma mère. Elle m’a soutenu à toutes les phases de ma vie ».

Son chemin était tout tracé, il allait de soi qu’il intègre la faculté de police. C’était en 1965, et il avait à peine 15 ans, le plus jeune étudiant de sa promotion. « J’ai commencé mes études primaires deux ans plus tôt que mes compères. A cause de mon jeune âge, j’avais des difficultés à assimiler les matières, notamment celles en rapport avec les études de droit. De plus, j’étais un adolescent turbulent. J’étais un champion de hockey et d’aviron à la faculté. J’ai terminé mes études en six ans au lieu de quatre ».

En 1971, Ahmed Fouly a enfin obtenu son diplôme et a été posté au gouvernorat de Béheira, dans le Delta égyptien. « Mon père, un homme de principe, a refusé toutes sortes de piston pour changer le lieu de ma convocation. A chaque étape de ma vie, il me servait d’exemple, m’inculquant des leçons importantes », confie Fouly. Et d’ajouter : « Au début de ma carrière, j’ai travaillé avec un homme qui m’a beaucoup influencé, à savoir le général Youssef Fawzi. C’est grâce à lui que j’ai appris à jouer au commandant avec amour. Un jour, il m’a laissé passer l’après-midi au cinéma avec des collègues, jugeant que nous avions besoin de nous détendre un peu avant de passer aux choses sérieuses. J’ai appris de ce général comment se comporter avec les jeunes policiers et j’ai appris de mon père la discipline, l’impartialité et l’amour de l’Egypte ».

En mai 1973, sa vie a pris un nouveau tournant. « Suivant les conseils de mon père, j’ai choisi d’intégrer les forces de la garde présidentielle, sous Sadate. C’était un grand honneur, je garde des souvenirs inoubliables de cette époque », dit Fouly, non sans émotions. Le 6 octobre 1981, il était d’ailleurs aux côtés de Sadate, sur la tribune présidentielle, lorsque ce dernier a été assassiné. « Ce jour restera gravé dans ma mémoire avec tous ses détails. Je peux fermer les yeux et revivre tous ces incidents fâcheux. J’ai vécu 45 secondes inoubliables qui pourront être racontées dans un grand livre. J’étais tout à fait à gauche de la tribune, à quelques mètres du raïs. A peine le président attaqué, je me suis dirigé vers ce dernier pour essayer de le soulever avec l’un de mes collègues. Nous nous sommes dirigés vers l’hélicoptère, juste derrière la tribune, lequel a transporté Sadate vers l’hôpital. Le président était une personne très croyante ; il avait dit à plusieurs reprises : Personne ne peut me tuer sans la volonté de Dieu ».

Sadate représente, en effet, une période très importante dans la vie du général Fouly. Pour lui, c’est un chef de guerre et un homme de paix hors pair. Fouly et ses collègues maintenaient une relation d’amitié avec le président. « Le raïs m’a beaucoup influencé. Il était rusé, intelligent, politicien chevronné, mais également doux et tendre. Je me souviens de plusieurs situations qui révèlent bien ses multiples facettes. Un jour de Ramadan il était à Ismaïliya en train de se balader lorsqu’un inconnu est venu l’inviter afin de prendre l’iftar (rompre le jeûne) avec lui et le raïs a facilement accepté. Un autre jour, nous étions à Al-Qanater Al-Khaïriya et Sadate a décidé de faire la prière du vendredi dans une mosquée du coin avec tout le monde. C’était un homme simple qui aimait son peuple », témoigne Fouly. Et de poursuivre : « De même, notre rapport avec la première dame, Gihane Al-Sadate, et leurs enfants était très agréable. Ils nous traitaient comme faisant partie de leur grande famille ».

La mort de Sadate était un coup dur pour Fouly qui a continué à travailler au sein de la garde présidentielle sous Moubarak. Mais en 1985, il a demandé de quitter son poste pour aller servir ailleurs. Après l’attentat avorté de l'ancien ministre de l’Intérieur Hassan Al-Alfi en 1990, Fouly a été chargé de fonder une unité spéciale, chargée de la sécurité du ministre de l’Intérieur. Il y est resté jusqu’en 1997. « Après l’arrivée du nouveau ministre de l’Intérieur à l’époque, Habib Al-Adeli, ce dernier m’a envoyé à la retraite en 1999 à l’âge de 49 ans », avoue Ahmed Fouly, qui garde un amour intarissable pour l’uniforme. D’ailleurs, il a encouragé son propre fils à intégrer l’Académie de police. Tout comme son père, Ahmed Fouly s’est tourné vers l’administration sportive ; c’était en 1985. Il a été désigné membre du conseil d’administration de la Fédération égyptienne de cyclisme. Et en 1996, il a été élu membre de la Fédération égyptienne de taekwondo, puis membre du Comité olympique égyptien en 1997. Ensuite, il a été nommé vice-président de la délégation égyptienne aux Jeux Olympiques (JO) de Sydney 2000. « L’expérience olympique était une nouveauté pleine de joie. J’étais très proche de tous les athlètes égyptiens, j’ai assisté à presque toutes les compétitions et j’en garde de très beaux souvenirs », souligne Fouly qui a continué son élan dans l’administration sportive, surtout dans le taekwondo.

En 2001, il a été élu président de la Fédération égyptienne de taekwondo. « Mes enfants étaient des athlètes de taekwondo au club Al-Zohour, ce qui m’a encouragé à m’introduire dans cette fédération et ce fut le début d’une carrière sportive internationale », précise Fouly, désigné également comme membre du bureau exécutif de la Fédération mondiale de taekwondo en 2001. Sous sa direction, la Fédération égyptienne de taekwondo a réalisé un véritable progrès sur le plan international. Il a conduit l’Egypte à remporter la première médaille olympique dans l’histoire du taekwondo, décrochée par Tamer Salah aux JO d’Athènes 2004. « Une médaille très précieuse qui a prouvé que j’étais sur la bonne voie », lance-t-il.

En 2004, il a été choisi comme président de la Fédération africaine de taekwondo, puis viceprésident de la Fédération mondiale. « Mon but était de faire progresser le taekwondo dans le continent africain, en agrandissant la base des athlètes. Et nous avons pu l’atteindre. Le continent africain a réalisé un exploit lors des JO de Rio de Janeiro 2016, en décrochant 5 médailles olympiques, dont une de bronze remportée par la vedette égyptienne Hedaya Malak. Je suis totalement satisfait de ce que j’ai réussi à faire dans le sport égyptien et africain. Et ce, grâce à l’aide de mes collègues de la Fédération africaine, tels Ide Issaka (Niger), Driss El Hilali (Maroc) et Jonathen Nnaji (Nigeria) », affirme Fouly, qui a présidé la délégation égyptienne aux JO de Londres 2012 et a été membre et président du club Al-Zohour. En fait, il s’est toujours préoccupé des jeunes et a aidé plusieurs Africains à retrouver leur place sur la scène internationale, dont les Egyptiens Mohamed Shaaban, président du Comité des Jeux à la Fédération mondiale de taekwondo, Walid Gouda, membre au Comité d’éducation, et sa fille Azza Fouly, viceprésidente de la Fédération arabe de taekwondo. « J’ai envie de transférer mon expérience aux plus jeunes et je propose leurs noms pour des postes internationaux, mais je choisis seulement ceux qui sont capables de faire des exploits et d’assumer la responsabilité », conclut-il avec zèle .

Jalons

1949 : Naissance au Caire.

1965 : Intègre la faculté de police.

1973 : Intègre la garde présidentielle.

1981 : Assiste à l’assassinat du président Sadate.

1985 : Débute sa carrière à l’administration sportive.

2000 : Devient viceprésident de la délégation égyptienne aux Jeux olympiques.

2004 : Président de la Fédération africaine de taekwondo et vice-président de la Fédération mondiale.

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