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Naëla Gabr : La coopération est une solution magique au problème de la migration illégale

Ola Hamdi, Mardi, 18 décembre 2018

L’ambassadrice Naëla Gabr, présidente du Comité de coordination égyptien chargé de combattre la migration illégale (NCCPIM), revient sur la stratégie de l’Egypte pour faire face aux défis de la migration irrégulière.

Naëla Gabr

Al-Ahram Hebdo : Plus de 150 pays, dont l’Egypte, ont adopté formellement, le 10 décembre à Marrakech, le Pacte mondial pour les migrations. Quelle est l’importance de ce Pacte mondial ?

Naëla Gabr: Ce Pacte mondial est plutôt une feuille de route qui vise à rassembler les pays de départ, de transit et de destination autour d’une vision commune et à renforcer la coopération internationale dans ce domaine. Figurent parmi ses objectifs la lutte contre les problèmes structurels qui poussent les migrants au départ, ainsi que la facilitation du retour et de la réintégration des migrants dans leur pays d’origine. Il ne s’agit pas d’un traité que les pays ratifient. Mais, il s’agit plutôt d’une déclaration politique, un outil exerçant un certain impact moral sur les pays signataires. Ce qui explique, en effet, le refus de certains pays de l’approuver.

— Louise Arbour, représentante spéciale des Nations-Unies pour les migrations internationales, a déclaré que de nombreux défis se dressent face à la mise en oeuvre de ce pacte. Quels sont ces défis ?

— Bien sûr, s’il n’y a pas de volonté politique rien ne sera appliqué. Il incombe à tous les pays d’être réalistes et de regarder les choses en face. Le dilemme de la migration clandestine devrait être résolu par la coopération entre toutes les parties qui en souffrent. Certains pays européens croient que la solution sécuritaire et le renforcement des moyens de contrôle sécuritaire, qui coûtent des sommes exorbitantes, sont les méthodes les plus efficaces. Il est vrai que le contrôle des frontières est très important, mais les solutions sécuritaires ne peuvent être efficaces qu’à court terme. Pour trouver des solutions efficaces à long terme, nous devons opter pour la coopération et le développement qui sont, à mon avis, des solutions magiques.

— L’Egypte a voté pour le Pacte de Marrakech. Comment voyez-vous cette décision ?

— L’Egypte a beaucoup travaillé sur ce dossier. Elle a déployé des efforts au sein de l’Assemblée générale des Nations-Unies, vu qu’elle possède des experts dans ce dossier, tel l’ancien ministre de la Solidarité, Dr Ahmad Al-Borai. L’Egypte est l’un des pays qui ont ratifié la Convention des Nations-Unies sur les droits des travailleurs migrants et de leurs familles il y a plusieurs années. Elle a également ratifié le protocole de Palerme, une convention des Nations-Unies signée en décembre 2000 et destinée à lutter contre le phénomène de la criminalité transnationale. En plus, le président de la République, Abdel-Fattah Al-Sissi, a évoqué clairement la question de la migration, il y a deux ans à l’Assemblée générale. Par ailleurs, l’Egypte a créé, en 2014, le Comité de coordination national chargé de combattre et de prévenir la migration illégale (NCCPIM),

— Quel est le rôle de ce comité ?

— Il s’agit de faciliter la coordination entre les ministères et les institutions qui oeuvrent sur le dossier de la migration illégale. Le parlement égyptien a adopté en octobre 2016 une loi destinée également à lutter contre la migration et le trafic d’êtres humains. Cette loi a donné naissance, pour la première fois, à une définition précise du phénomène de la migration. Elle ne sanctionne pas seulement les migrants, mais aussi les gens qui les aident et toutes les parties qui profitent de ce crime organisé et qui exploitent ces personnes vulnérables dans le besoin. Nous, en tant que comité ministériel, avons terminé notre rapport qui a été envoyé au premier ministre le mois passé sur le premier plan d’action 2016-2018. L’Egypte est donc prête à s’engager en faveur de solutions utiles et efficaces.

La coopération est une solution magique au problème de la migration illégale

— Quelles sont les principales observations de ce rapport ?

— Le rapport a présenté le plan d’action du comité et ses efforts pour lutter contre la migration illégale de 2016 à 2018 dont la promulgation de la loi n°82 de l’année 2016 qui est la première loi de son genre dans la région du Proche-Orient. De plus, le rapport englobait une étude sur la migration des enfants et des jeunes sans leurs familles, avec la coopération du Conseil national des droits de l’homme et le Conseil national des recherches sociales et criminelles, et ce, pour étudier le phénomène et lui trouver des solutions. En plus, le comité a organisé 23 cours de formation pour les cadres internationaux et nationaux en matière de lutte contre la migration illégale, réunissant un total de 471 personnes, ainsi que des campagnes d’information et de sensibilisation pour préserver la richesse humaine de l’Egypte. Le comité a également tracé une carte des gouvernorats qui enregistrent le plus grand nombre de migrants.

— D’après ce rapport, quels sont les gouvernorats qui enregistrent le plus grand nombre de migrants ?

— Il s’agit des gouvernorats du Fayoum et de Kafr Al-Cheikh, puis viennent ensuite Charqiya, Daqahliya, Qalioubiya, Gharbiya, Ménoufiya, Béheira, Assiout, Minya et Louqsor. Cette carte a été élaborée dans le but de déterminer les besoins des différentes provinces afin d’orienter les efforts de développement de l’Etat. Le comité a également invité les sponsors à financer des mini-projets pour aider les jeunes dans ces provinces.

— En septembre 2016, l’Egypte a déclaré avoir mis un terme à l’immigration illégale à partir de son littoral. Comment a-t-on réalisé cet exploit ?

— C’est grâce à une stratégie nationale pour faire face aux défis de la migration que l’Egypte a réussi à surmonter les défis, soit par le contrôle strict de ses frontières terrestres et maritimes, soit à travers les campagnes de sensibilisation comme la campagne du célèbre joueur de football Hazem Emam intitulée « Votre famille ... votre rêve ... votre vie ... Non à l’immigration illégale ». Il y a aussi la chanson de Farès qui a réalisé 7 millions de vues et qui raconte l’histoire d’un jeune homme qui a péri en mer en essayant de rejoindre l’Europe. Maintenant, les habitants du gouvernorat de Kafr Al-Cheikh, qui réalisait le plus grand nombre de migrants, sont contents des projets menés par l’Etat sous les auspices du président Abdel-Fattah Al-Sissi comme les méga-projets de pisciculture qui emploient une grande main-d’oeuvre et qui redonnent une lueur d’espoir aux jeunes.

— Le premier sommet entre l’Union européenne et les pays arabes concernés par la migration illégale se tiendra les 24 et 25 février 2019 en Egypte, comment voyez-vous l’Egypte en tant qu’acteur majeur dans ce dossier ?

— En fait, l’Egypte a participé à la conférence de l’Union européenne, à Malte en février 2017, pour discuter de la crise migratoire et de l’avenir de l’Europe où elle a parlé au nom des pays africains. Ce nouveau sommet sera le prolongement de la coopération internationale. Le ministère des Affaires étrangères se prépare donc pour ce sommet avec une vision bien précise.

La coopération est une solution magique au problème de la migration illégale

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