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Tareq Moustapha : Nous sommes un pays en crise, mais de nombreuses ressources peuvent être trouvées »

Névine Kamel, Lundi, 17 juin 2013

Tareq Moustapha dirige la commission de l’industrie et de l’énergie au Conseil consultatif. Ses priorités sont la libéralisation des prix de l'énergie et une meilleure distribution des aides pour favoriser les petites et moyennes entreprises.

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Al-ahram hebdo : La commission de l’industrie et de l’énergie du Conseil consultatif déclare travailler sur plusieurs dossiers, mais aucune décision touchant l’industrie n’a été annoncée. Comment l’expliquez-vous ?

Tareq Moustapha : L’héritage de l’ancien régime est très lourd avec un système industriel très incohérent, des dossiers complexes et interdépendants. L’absence de justice sociale dans toutes ses formes était un trait marquant de l’ancien régime, sans compter que, toujours, un petit groupe d’industriels solides profitait d’avantages au détriment de la majorité des petits industriels. Traiter toutes ces distorsions n’est pas une tâche facile, nous devons formuler de nouvelles lois et négocier avec plusieurs parties. Il y a aussi le volet bureaucratique avec toutes les réticences officielles pour éviter d’assumer les responsabilités.

— Quelle est votre stratégie face à cette situation ?

— Nous avons décidé au sein de la commission de travailler à résoudre ces distorsions dans l’ensemble du secteur. C’est ainsi que nous surveillons et évaluons les divers organes du ministère de l’Industrie, les tâches qui lui sont confiées et son succès à les accomplir. Nous examinons chaque dossier en détail, ses besoins en énergie, sa consommation énergétique, le nombre d’employés, les lois ... Notre but, avec cette nouvelle approche, est de réaliser la justice sociale, une justice inexistante pendant de nombreuses années dans le secteur industriel. La situation des ouvriers du secteur industriel, longtemps négligée, était une urgence en raison justement de l’absence de justice sociale.

— Le secteur des engrais est épineux, notamment après l’augmentation du prix du gaz, une augmentation qui viole les contrats signés entre des sociétés et le gouvernement …

— Le gouvernement égyptien a augmenté le prix du gaz accordé aux producteurs d’engrais, comme cela a été le cas pour toutes les usines lourdement consommatrices d’énergie. Ce comportement est normal à ce stade difficile, surtout avec la hausse du prix du gaz dans le monde, et le problème de la pénurie d’électricité que connaît le pays. Les contrats conclus avec ces entreprises est l’un des dossiers les plus corrompus hérités du régime Moubarak.

Les entreprises ont eu recours à l’arbitrage international contre l’Etat, sans négociation. Cela n’était pas convenable et nous avons transmis ce message aux entreprises. Nous oeuvrons actuellement à préciser le prix du gaz accordé aux producteurs d’engrais. Notre objectif est de mettre fin à la crise annuelle des engrais. Nous voulons que l’investisseur gagne de l’argent, que l’agriculteur profite des subventions, et nous voulons aussi éradiquer le marché noir.

— Et quel est votre état d’avancement concernant cet objectif ?

— Nous avons travaillé à ajuster les prix du gaz accordés aux usines pour réaliser une distribution équitable de l’énergie. J’étais pour l’idée de libéraliser les prix des engrais, afin d’éliminer le marché noir. Nous aurions accordé à l’agriculteur des subventions en espèces. Cette allocation est déterminée selon la quantité d’engrais utilisée pour chaque récolte. Mais nous sommes parvenus à une formule liant le prix du gaz à celui de l’urée sur le marché mondial.

Les entreprises achètent à prix élevé le gaz si l’urée est peu cher sur le marché mondial, et vice-versa, de sorte que le prix du gaz ne soit pas un fardeau pour les entreprises. Ce système est appliqué dans le monde entier. Un autre scénario est sur la table : si les entreprises s’opposent au premier. Imposer des taxes sur les exportations des engrais, afin de satisfaire les besoins locaux du marché. Nous voulons que toutes les parties en profitent, et que l’agriculteur obtienne du soutien.

— Quand ce système sera-t-il appliqué ?

— Prochainement. Nous avons proposé cette équation à tous les producteurs d’engrais et ils ont fait preuve de souplesse. De même pour le ministère des Finances et le ministère de l’Industrie. Il ne manque que l’approbation du ministère de l’Agriculture qui a manifesté une forte résistance vis-à-vis de la libéralisation des prix.

— La commission a également travaillé sur le dossier de l’énergie. Elle a négocié avec les partenaires étrangers pour résoudre la crise avec l’autorité générale du pétrole ...

— Nous travaillons actuellement à résoudre le problème des sociétés étrangères travaillant dans le domaine de la recherche et de l’exploration. Ces dernières ont demandé 14 arbitrages contre l’autorité du pétrole. C’est une menace pour l’Egypte, surtout avec ses besoins urgents en gaz. Nous avons négocié avec l’entreprise Pico et avons réussi à mettre fin au conflit. La société a accepté de diminuer de 5 % sa part dans le gaz extrait — 25 % au lieu de 30 %. Elle s’est également engagée à injecter 65 millions de dollars. En outre, elle a promis d’annuler la question de l’arbitrage immédiatement après la ratification de la convention par le Conseil consultatif. Nous travaillons sur le reste.

— Le ministère du Pétrole a conclu un accord avec des partenaires étrangers stipulant une hausse du quota de l’entreprise dans le gaz extrait, ce qui signifie que la part revenant à l’Egypte est en baisse ...

— L’Egypte fait face actuellement à une réelle crise du gaz. Les entreprises internationales qui oeuvrent dans le domaine de l’exploration peuvent aller partout dans le monde. Nous devons donc les encourager à rester en Egypte. Le gouvernement doit leur proposer des offres raisonnables, les encourageant à rester dans le pays.

— Vous travaillez en ce moment à une libéralisation prochaine des prix de l’énergie. Comment encouragez-vous le secteur à accepter une telle hausse des prix ?

— Nous augmenterons le soutien accordé à l’exportation dans le budget de l’Etat. L’industrie assume actuellement un lourd fardeau depuis le déclenchement de la révolution et elle a besoin d’aide pour se redresser. Mais cette fois, la distribution du soutien favorisera les petites et moyennes industries.

— Le ministère a déjà annoncé un nouveau système de distribution des subventions à l’exportation, mais il n’a pas encore vu le jour. Ces amendements réussiront-ils à réaliser la justice sociale ?

— Le nouveau système consacrera une part de 3 % du total des subventions à l’exportation aux petites et moyennes entreprises en conformité avec leur part de marché et le nombre d’employés. Nous allons travailler de manière à favoriser les petites entités qui méritent un plus grand soutien ainsi qu’à réduire la taille des aides reçues par les grandes entreprises. Je ne vais pas cependant exclure ces grandes entités, ce serait contre les règles du commerce mondial.

— Avec un déficit budgétaire croissant, le gouvernement a-t-il les ressources pour répondre à l’ensemble de ces projets ?

— Il faut reconnaître une réalité. Nous sommes un pays en crise, le déficit budgétaire atteint 200 milliards de L.E. Personne ne veut travailler, alors la situation est critique. Mais de nombreuses ressources supplémentaires peuvent être trouvées pour améliorer le budget de l’Etat .

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