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Des méthodes éducatives qui viennent de loin

Chahinaz Gheith, Mardi, 27 novembre 2012

La violence comme moyen d’éducation semble tirer ses origines d’un passé très ancien et se retrouve dans toutes les cultures.

Depuis plus de 5000 ans, la quasi-totalité de l’humanité bat, frappe, gronde, injurie, punit et humilie les enfants. C’est à partir des civilisations les plus anciennes, dont on peut avoir des témoignages écrits, que la pratique de la violence éducative est devenue universelle. Il semble n’y avoir aucune exception : de Sumer (d’où une tablette gravée nous est parvenue évoquant un enfant fouetté par son maître), en Egypte (« Les oreilles de l’enfant sont sur son dos », dit une « sagesse » égyptienne) et en Chine (« Si tu aimes ton fils, donne-lui le fouet, si tu ne l’aimes pas, donne-lui des sucreries »), de l’Inde antique à l’Amérique, d’Athènes à Rome, on a frappé les enfants. Et l’écriture est venue donner encore plus de force et de prestige aux proverbes préconisant la violence. « Aime les enfants avec ton coeur, mais éduque-les avec ta main » (russe) ; « Qui n’a pas été bien fouetté n’a pas été bien élevé » (grec) ; « Si de la main droite tu fouettes l’enfant, de la main gauche tu le presses sur ton coeur » (nigérien) ...

Ceux qui ont eu et ont encore le plus d’influence, parce qu’ils ont été attribués à une inspiration divine, sont les proverbes bibliques. « Celui qui ménage les verges hait son fils, mais celui qui l’aime le corrige de bonne heure » ; « Tant qu’il y a de l’espoir châtie ton fils ! Mais ne va pas jusqu’à le faire mourir » ; « La folie est ancrée au coeur de l’enfant, le fouet bien appliqué l’en délivre » ; « Ne ménage pas à l’enfant la correction, si tu le frappes de la baguette, il n’en mourra pas ».
Dans ces proverbes, le châtiment n’est pas seulement présenté comme la punition d’une faute, mais comme une nécessité en elle-même pour une bonne éducation. Des adages comme tant d’autres dictons éducatifs qui, incontestablement, sont devenus les premiers régulateurs des relations parents-enfants, véhiculant les valeurs et les conceptions d’une famille.
Mais ce qui est certain, c’est qu’en Egypte, frapper les enfants est au moins aussi ancien que l’écriture. La coercition éducative exercée sur les enfants dans leur milieu familial s’est, en effet, formalisée en dictons, adages et proverbes transmissibles de génération en génération et est devenue au fil des ans ce qu’on peut appeler la pédagogie traditionnelle. Celle-ci se traduit le plus souvent par une violence verbale inégalable et se distingue par les verbalisations mortifères des mères de famille, comme l’explique la sociologue Nadia Radwane, « l’examen des expressions, utilisées dans le langage courant, montre qu’elles sont toutes empreintes d’une grande violence : je t’étrangle, je te pends, je te dissèque, je te tue, je t’égorge et je bois ton sang : que Dieu mette sur ton chemin une voiture qui te déchiquette ». Autant d’expressions prononcées dans les moments de colère et souvent suivies de la formule : « Que Dieu l’en préserve ». Et la fréquence d’application de cette méthode d’éducation a engendré l’idée même qui la justifie : les enfants ne sont pas naturellement aptes à devenir des adultes ; ils ont besoin d’être « corrigés », « redressés ».
Toutefois, en Europe, les punitions corporelles se sont adoucies, et elles ont même été interdites dans une vingtaine de pays depuis 1979, date où la Suède a été la première à voter cette interdiction .
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