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C’est à la maternelle que tout commence

Dina Bakr , Dimanche, 21 mai 2023

Bien qu’elle ne soit pas obligatoire à l’école publique, la maternelle reste une étape essentielle dans le développement des enfants en bas âge. Plusieurs initiatives tentent de pallier les manques.

C’est à la maternelle que tout commence
La maternelle permet aux petits enfants de construire des bases solides, ce qui va les aider dans les différentes phases de l’enseignement.

Oeuvrer pour un avenir meilleur est l’objectif principal de l’ONG Takatof. Et pour bâtir l’avenir, il faut s’occuper de ceux qui vont le façonner, c’est-à-dire les enfants. C’est pourquoi Takatof a contribué à mettre en place des services dans 16 écoles en installant les infrastructures nécessaires permettant d’accueillir les toutpetits dans les classes maternelles. « Dans les quartiers défavorisés, on n’accorde pas assez d’importance à l’éducation préscolaire, alors que les enfants âgés de 4 à 6 ans ont des besoins spécifiques liés aux facteurs de développement cognitif. L’entrée en maternelle est une étape importante dans la vie des enfants. Les premiers apprentissages scolaires, les activités physiques, sportives et artistiques contribuent pleinement à l’éducation des tout petits, leur permettant de s’épanouir, se sociabiliser et d’acquérir des connaissances, ainsi que des compétences adaptées à leurs âges », explique Mireille Nessime, présidente exécutive de l’association Takatof pour le développement. Cette association a créé des classes, des terrains de jeux et a même installé des sièges de toilettes adaptés aux petits enfants tout en décorant les murs des classes de dessins multicolores pour inciter les enfants à la scolarisation. Un lieu qui fait rêver les enfants et qui leur donne envie d’aller à l’école. Selon Mireille Nessime, le côté matériel va de pair avec le nouveau programme de la maternelle lancé en 2017 par le ministère de l’Education. Un programme basé sur l’apprentissage par le jeu et des activités cognitives de base, d’où l’importance de disposer d’infrastructures adéquates. Quant aux enseignants, ils ont suivi des stages de formation pour pouvoir utiliser les outils modernes et appliquer les stratégies pédagogiques basées sur l’enseignement interactif. Il s’agit d’un programme qui favorise le développement intellectuel, moteur et social de l’enfant. Avant d’avoir ces nouveaux programmes à la maternelle, c’était aux enseignants de déterminer les cours d’enseignement, comme par exemple apprendre l’alphabet aux petits enfants et les chiffres de 1 à 100. Mais, actuellement, le programme est accompagné d’un guide qui explique les étapes à suivre et comment favoriser la réflexion chez les enfants.

Comprendre le rôle de la maternelle

L’initiative de Takatof apporte non seulement une aide concrète, mais elle tente aussi et surtout de sensibiliser quant à l’importance de l’éducation préscolaire ; d’autant plus qu’il s’agit d’une phase décisive dans la vie de l’enfant et que l’existence d’une maternelle n’est pas obligatoire dans l’école publique. Chez une partie de la population, notamment les couches les plus défavorisées, peu d’importance est donnée à la maternelle. Certains pensent que chez les enfants en bas âge, le rôle de l’école se limite à l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. Or, il s’agit de développer un nombre important de compétences de toutes sortes.


L’interaction développe la personnalité de l’enfant.

Un premier pas est donc de sensibiliser les familles. « Les parents viennent se plaindre en disant que leurs enfants ne savent pas écrire et se demandent pourquoi ils les envoient à l’école », raconte Ghada, enseignante de maternelle dans une école à Sayeda Aïcha. Elle ajoute que l’administration de l’école organise donc, dans le cadre de cette initiative, des sessions de sensibilisation pour faire comprendre aux parents qu’il est plus difficile de lire que d’écrire, car l’écriture est une représentation graphique visuelle, alors que pour la lecture, il faut apprendre à bien prononcer les lettres et les mots. « Faire comprendre cela aux parents, surtout dans les écoles situées dans les quartiers populaires, n’est pas une simple affaire, surtout lorsqu’il s’agit de familles elles-mêmes peu éduquées. Celles-ci veulent voir leurs enfants apprendre rapidement pour réussir. Elles ne comprennent pas que l’école avant l’âge de 6 ans permet de développer les compétences cognitives, sociales, linguistiques et émotionnelles de l’enfant. Elle apprend à s’exprimer, à interagir, à établir des rapports étroits avec les autres et à sentir le groupe dans lequel il se trouve », explique Ghada.

D’après Bossayna Abdel-Raouf, pédagogue, lorsque l’enfant entre à la maternelle, il développe ses capacités de communication. Ensuite, cette habileté l’aide à apprendre à lire et à écrire. Il acquiert aussi des aptitudes sociales comme écouter, respecter les autres, réfléchir et être créatif. L’apprentissage par le jeu l’aide donc à tisser des relations avec d’autres enfants du même âge et même avec des adultes. Toute cette nouvelle pédagogie conçue pour l’école maternelle paraît irréalisable au niveau des écoles gouvernementales.

D’importants défis

Autre défi : les classes surchargées est un facteur commun dans ces écoles, avec jusqu’à 100 élèves entassés dans une classe qui devrait n’en contenir pas plus que 35 élèves, ce qui entrave la réussite scolaire. A quoi bon envoyer des enfants en bas âge à l’école ?, pensent certaines familles. « Mon fils est inscrit à l’école du quartier, mais comme les classes sont surchargées, je le garde à la maison et je paye un enseignant pour lui donner des leçons particulières afin d’apprendre l’alphabet », dit Fatma, femme au foyer, à Manchiyet Nasser. Fatma estime que l’école n’est qu’un endroit où les enfants passent leurs examens et que ce sont les cours particuliers qui comptent. Or, l’interaction entre enfants est essentielle : « Je n’ai pas fait connaissance avec mes camarades de classe, je suis allée à l’école une seule fois au début de l’année. Tous les lundis, un maître vient chez moi à 17 heures pour m’apprendre à lire et à écrire », témoigne Bassant, 5 ans, fille d’un concierge dans un immeuble à Mohandessine.

Côté législatif, malgré l’évolution des programmes qui appuient sur la réflexion et la créativité, la loi sur l’éducation de l’année 1981 n°139 n’a pas été modifiée. Cette loi précise que l’enseignement est obligatoire dès l’âge de 6 ans, c’està- dire à partir du cycle primaire. « La maternelle n’est pas incluse dans le système éducatif à cause du manque d’infrastructures adéquates qui nécessitent des coûts élevés pour leur construction. Et donc, il n’existe pas d’écoles opérant la transition de la mère à l’école », décrit Kamal Moughith, expert en pédagogie. Selon ce dernier, avec la croissance démographie galopante, « l’Etat doit aménager des maternelles pour 5 millions d’enfants chaque année ». Un défi de taille. En effet, selon une recherche publiée par le Centre égyptien pour les études stratégiques, « il est pratiquement impossible d’offrir un enseignement préscolaire pour tous les enfants à cause du manque d’infrastructures susceptibles de les accueillir dans ces écoles », analyse Ahmad Sayed Daoud.

Pénurie d’instituteurs

A l’école d’Al-Imam Al-Chaféï, Hanane, la seule responsable de sa classe, mène des journées à un rythme infernal. Elle déploie beaucoup de temps et d’énergie pour préparer chaque activité tout en surveillant les enfants qui sont souvent agités en classe. Et même pendant la récréation, elle continue de les surveiller pour éviter les accidents. « Pour une classe maternelle, il faut au moins 2 personnes, une assistante et une surveillante pour aider les petits enfants en cas de besoin », dit-elle. En plus de la loi qui ne rend pas obligatoire la maternelle, il y a un manque d’instituteurs bien qu’il existe 12 facultés de pédagogie.

Dans certaines écoles, pour pallier le manque d’enseignants, le ministère de l’Education a accepté le recrutement de bénévoles. « J’ai fait une expérience d’apprentissage durant une année dans une école maternelle. J’ai trouvé que les programmes étaient ambitieux, mais le manque de salles de classe dotés de projecteurs a fait que l’impact attendu était réduit », déclare Rochane Al-Kassabani, mère de 2 enfants. Dernièrement, elle a créé une chaîne sur YouTube pour développer l’interaction orale en présentant le contenu du programme de la maternelle avec une voix expressive qui aide les enfants à apprendre correctement la langue et les pousser à découvrir le monde merveilleux de la lecture.

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