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Les cartoons de Disney font le buzz

Chahinaz Gheith , Mercredi, 29 juin 2022

Le géant Disney, qui a fasciné et façonné des générations entières, est aujourd’hui au centre d’un débat houleux après avoir instauré un important quota aux personnages LGBTQ. Une décision considérée en Egypte comme une promotion inacceptable de l’homosexualité. Focus.

Les cartoons de Disney font le buzz
Le film Buzz l’Eclair a été interdit dans une dizaine de pays, dont l’Egypte, en raison d’une scène de baiser entre deux femmes.

Winnie l’ourson hermaphrodite, Bob l’éponge, propagandiste homosexuel, Shrek et la transsexualité. Disney porte désormais le flambeau de la cause LGBTQ (Lesbiennes, Gays, Bisexuels, Transgenres et Queer). Pour les responsables du géant américain, c’est une meilleure représentation des minorités. Mais au sein de la société égyptienne, l’affaire dérange. Et dérange beaucoup. « Pourquoi la société Disney veut-elle que nos enfants soient endoctrinés par la cause LGBTQ ? L’enfant a tendance à voir le super-héros comme un modèle à suivre. En mettant en scène l’attraction pour une personne de même sexe dans une scène courte, mais explicitement gay ou lesbienne, le message envoyé est que cela est naturel. Mais chez nous, ça ne l’est pas », se demande Hicham Abdallah, père de deux enfants. Et d’ajouter : « Ne serait-il pas possible de regarder un film parlant de deux enfants ayant de l’affection l’un pour l’autre sans vouloir forcément qu’ils aient une relation amoureuse ? Nous sommes opposés à cette propagande LGBTQ, qui déclare la guerre à notre nation et à nos enfants. Avec ce contenu, Disney cherche à empoisonner l’esprit de la jeunesse égyptienne ».

La colère gronde. De nombreux parents expriment des réserves sur ce qu’ils perçoivent comme un contenu inapproprié pour leurs enfants. Ils sont aussi très inquiets avec Disney+ et demandent aux responsables d’interdire sa diffusion en Egypte. Il s’agit, selon eux, d’une « manière de corrompre la saine nature de l’enfant ». Nadia, une mère qui suivait des dessins animés avec sa fille de 6 ans, vient de lancer une alerte. Cette femme a vu l’image d’un homme nu en érection au milieu d’un dessin animé diffusé sur Disney. « Pourquoi des messages sexuels subtils abrités derrière un divertissement supposé inoffensif et orienté vers des enfants ? Les lobbies LGBTQ ont un programme et une stratégie pour imposer à nos enfants leur vision de la sexualité. Ils y travaillent et ils arrivent petit à petit à leurs fins », lance-t-elle. « Ces médias sont déterminés à endommager les esprits de nos enfants et il n’y a pas de meilleur moyen pour les désensibiliser qu’un dessin animé. Un excellent canal pour formater les enfants dès le plus jeune âge », ajoute une autre mère qui a déjà boycotté Disney depuis 4 ans.

Rôles genrés, personnages sexistes ... Disney se retrouve aujourd’hui sous le feu des critiques. Tout a commencé lorsqu’en mars dernier, Disney a annoncé qu’elle instaurait un important quota de personnages LGBTQ dans ses productions. Mais l’affaire a surtout été médiatisée en Egypte ces dernières semaines, quand le dernier film d’animation des studios Pixar, Buzz l’Eclair, qui contient une fugace scène de baiser lesbien, a été interdit dans 14 pays, à savoir l’Egypte, le Liban, la Jordanie, Bahreïn, le Koweït, Oman, le Qatar, l’Arabie saoudite, la Syrie, l’Iraq, la Malaisie, l’Indonésie, les Emirats arabes unis et les Territoires palestiniens.

Pourtant, le 8 juin, la Walt Disney Company a lancé son service de streaming, Disney+, dans 16 pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, dont l’Egypte, avec un contenu « adapté » à une région où la population est majoritairement jeune. Selon Digital TV Research, Netflix est actuellement la plateforme de streaming vidéo la plus demandée dans la région du Moyen- Orient avec plus de 6,8 millions d’abonnés, suivie de Starzplay avec un peu moins de 2 millions et d’Amazon avec 1,4 million. Digital TV Research prévoit que Disney+ deviendra le deuxième service de streaming le plus demandé au Moyen-Orient d’ici 2027 avec 6,5 millions d’abonnés après Netflix avec 11 millions.

Deux polémiques opposées

Si dans nos sociétés, le contenu pro- LGBTQ choque, en Occident, ce qui dérange, c’est justement l’opposition à ce contenu. La polémique avait été déjà lancée après l’adoption en Floride d’une loi controversée interdisant les enseignements sur l’orientation sexuelle dans les écoles publiques. Bob Chapek, directeur général de Disney, qui emploie plus de 75 000 personnes dans son parc d’attractions Disney World à Orlando, dans cet Etat du sud-est des Etats-Unis, s’était trouvé dans la tourmente après avoir dit hésiter à s’opposer à cette loi. Sous la pression, il avait finalement publiquement dénoncé cette loi. La présidente de Disney, Karey Burke, avait, elle, déclaré, en avril dernier, lors d’un événement en ligne intitulé « Reimagine Tomorrow », que son groupe allait mettre l’accent sur les personnages principaux LGBTQ dans ses productions. « En tant que mère d’un enfant transgenre et d’un enfant pansexuel », elle a exprimé le souhait d’avoir au moins 50 % des nouveaux personnages de Disney qui soient LGBTQ ou issus de minorités d’ici la fin de 2022.

Et ce n’est pas tout. Le mois dernier, une nouvelle ligne de mode a été lancée, proposant des produits tels que des chandails, des t-shirts, des vêtements pour bébés et d’autres articles, tous arborant le drapeau de la fierté arc-enciel qui symbolise le mouvement LGBTQ. De nombreux produits incluent également des images sur le thème LGBTQ du personnage emblématique de Disney Mickey Mouse et des franchises Star Wars, Marvel et Pixar de la société. En Arabie saoudite, où l’homosexualité est passible de la peine capitale, les jouets et vêtements aux couleurs de l’homosexualité, jugés contraires à la foi musulmane, ont été saisis dans les magasins de la capitale. Il y a aussi Barbie qui est devenue une poupée transgenre. Adieu le top-modèle longiligne à la chevelure blonde, jugé discriminant : désormais, Barbie se décline sur un fauteuil roulant, avec prothèse, sans cheveux ou aux couleurs LGBTQ, etc.

Pour les adhérents à ces idées, il s’agit de défendre les libertés et les minorités. Pour une société comme la nôtre, l’affaire est tout autre. « Ces géants des médias utilisent des messages empoisonnés pour pousser des idéologies étrangères sur des téléspectateurs jeunes et impressionnables », souligne Karim Mostafa, un pédagogue et père de deux filles. Celui-ci proteste contre la propagande LGBTQ perçue sur des plateformes médiatiques populaires telles que Disney, Netflix et YouTube. « La promotion d’une telle idéologie n’a rien à voir avec la liberté ou les droits de l’homme. Il s’agit plutôt de réduire les gens en esclaves du système sans cervelle en les éloignant de leurs valeurs. Cette corruption des valeurs traditionnelles propre aux sociétés occidentales est exportée et imposée à l’ensemble de la planète sous la bannière de la mondialisation », s’insurget- il, tout en appelant à ce que toutes les plateformes médiatiques qui s’adressent aux enfants soient étroitement surveillées.

Plus de surveillance parentale

Al-Azhar, la plus haute autorité religieuse de l’islam sunnite, s’est mêlée à la polémique, dans un contexte d’appels croissants sur les médias sociaux en Egypte pour boycotter les films de Walt Disney qui promeuvent les droits des homosexuels.

Dans une déclaration faite le 9 juin, le Centre mondial de la fatwa d’Al-Azhar a condamné l’homosexualité comme « une obscénité damnable contredisant la nature originelle de l’homme ». Il a dénoncé un plan diabolique systématique pour « normaliser le crime immoral de l’homosexualité » dans les sociétés musulmanes à travers le contenu des médias de divertissement. « Le plan vise à détruire le système des valeurs morales et sociales de l’institution familiale, à déformer l’identité de ses membres et à porter atteinte à la sécurité et à la stabilité des sociétés. Il y a des tentatives d’imposer une culture de l’homosexualité au monde islamique sous prétexte d’accepter l’autre », a indiqué le communiqué. La déclaration a exhorté les parents, les institutions médiatiques et les éducateurs à jouer leur rôle pour renforcer les valeurs religieuses et sociétales et immuniser les jeunes contre les griffes de ces tentatives. « Mais comment les parents peuvent-ils protéger leur progéniture alors que Disney est le plus grand fournisseur de contenu pour enfants au monde ? », s’interrogeait la célèbre présentatrice Lamis Al-Hadidi sur les plateaux de la chaîne privée OnTV. « Nous avons tous grandi en regardant des films Disney. Comment puis-je regarder un Donald Duck ou un Mickey Mouse gay ? Nous ne devons pas accepter cette culture venant en sens inverse et nous devons être conscients de ce qui est présenté à nos enfants », poursuit Al-Hadidi.

Un certain nombre d’acteurs égyptiens sont également sortis pour appeler à boycotter et dénoncer les projets de Walt Disney d’introduire des personnages homosexuels. « Je refuse de participer à toute production qui promeut ces pratiques », a déclaré Sami Maghawri, qui a joué le personnage de Sullivan dans une version égyptienne de la comédie animée Monsters, Inc., produite par Pixar Animation Studios et distribuée par Walt Disney Pictures.

Mohamed Sayed Abdel-Rahim, un critique de cinéma, estime que les enfants ne doivent être soumis à aucun contenu médiatique qui ne convient pas à leur âge, afin de ne pas détruire leur innocence. « Face à ces dangers, il est indispensable pour préserver nos enfants de procéder à une sélection stricte des dessins animés qu’ils visionnent. Les chaînes arabes sont, elles aussi, gangrénées par ces dessins animés, souvent importés, sans faire le moindre tri. Même si l’offre est moins large que ce que l’on trouve hors du monde musulman, cela reste largement suffisant pour représenter une alternative aux mauvais dessins animés », explique-t-il. Et de conclure : « Fixer une limite d’âge pour les plateformes de divertissement en ligne est donc nécessaire pour protéger les enfants contre tout contenu sexuel ou gay ».

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