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A chacun son muezzin

Dina Bakr , Mercredi, 13 avril 2022

Durant le mois du Ramadan, au moment de la rupture du jeûne, les voix des muezzins (personnes faisant l’appel à la prière) résonnent dans les maisons égyptiennes. Chaque famille a cependant sa préférence. Témoignages.

Mohamad Réfaat est l’une des icônes de l’adhan durant le Ramadan.
Mohamad Réfaat est l’une des icônes de l’adhan durant le Ramadan.

Chez nahed, au moment de  l’Iftar, c’est la voix du cheikh  Mohamad Réfaat, (1882-  1950), célèbre muezzin et  récitateur du Coran que l’on préfère  entendre. La voix du cheikh Réfaat  inspire en effet calme et sérénité. « Sa  voix douce et envoûtante suscite le désir  de se rapprocher de Dieu. Le cheikh  Réfaat est devenu un élément essentiel  du mois du Ramadan », souligne Nahed,  60 ans, qui est née 10 ans après le  décès du cheikh. « La voix du cheikh  Réfaat incite les gens à se défaire de la  médisance à s’éloigner des commérages,  à craindre les péchés et à respecter les  rites religieux », ajoute Nahed. Elle reste  branchée à la station radio d’Al-Charq  Al-Awsat qui diffuse l’adhan (l’appel à la  prière) du Maghreb du cheikh Mohamad  Réfaat durant le mois du Ramadan. « En  1934, Mohamad Réfaat était le premier  muezzin et récitateur du Coran à la  Radio égyptienne ».

L’adhan a été institué à l’époque du  prophète Mohamad et de ses compagnons  qui cherchaient un moyen de rassembler  les musulmans pour faire les cinq prières  quotidiennes. Trois compagnons se sont  proposés pour faire l’adhan, mais le  prophète a choisi un quatrième compagnon,  Bilal Ibn Rabah, dont la voix était  splendide. Il fallait en effet une personne  ayant une voix douce et enveloppante pour  inciter les gens à faire la prière.

Les fans dAl-Naqchabandi

Au sein de la famille Saïd, c’est la  voix du cheikh Sayed Al-Naqchabandi  (1920-1976) que l’on préfère entendre  au moment de la rupture du jeûne. Ce  muezzin était célèbre pour ses chants  religieux. « On a l’impression que sa  voix vient du ciel. Au fil du temps, il  est devenu le symbole du mois sacré »affirme Ibrahim Saïd. Et d’ajouter : « La  voix d’Al-Naqchabandi est un mélange  de chaleur et d’harmonie. Elle est très  émouvante », ajoute Ibrahim Saïd.

Mais la belle voix du muezzin n’est pas  la seule raison qui pousse les fidèles à s’y  attacher. Ils s’y attachent parfois parce  qu’elle leur rappelle des souvenirs. On peut  ainsi choisir une voix par nostalgie car elle  rappelle des rencontres familiales d’antan.  « La belle voix du cheikh Abdel-Basset  Abdel-Samad (1927-1988) me rappelle  mes souvenirs de jeune fille, lorsque mes  parents étaient encore vivants. Cette voix  atténue un peu leur absence et m’aide  à surmonter le fait que je vis à Bahreïn  loin de ma famille », explique Marwa. Et  d’ajouter : « Ses paroles m’apportent la  quiétude et me plongent dans une ambiance  particulière. La dimension spirituelle du  mois du Ramadan est plus perceptible ».

D’après Hoda Zakariya, sociologue,  aimer entendre une voix ou en préférer  une autre est une sorte de célébration  religieuse. « Ces belles voix qui appellent  aux cinq prières sont en fait un produit  culturel qui s’appuie sur la foi et le mois  sacré du Ramadan », indique-t-elle. Elle  dit avoir eu un collègue de confession  chrétienne qui travaillait au Liban, et à la  veille du Ramadan, après avoir entendu à  la radio cheikh Sayed Al-Naqchabandi,  il a demandé à prendre un congé pour  passer ce mois en Egypte. « Il disait ne pas  pouvoir rester loin de son pays durant le  Ramadan », dit-elle.

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