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Football : Les déboires d’Ismaïli

Karim Farouk, Mardi, 23 février 2021

Manque de talents, d'investissement et de stabilité, Ismaïli est confronté au spectre de la relégation pour la première fois depuis 1978-1979. Le club a fait appel à ses anciennes gloires pour redresser la barre de l’équipe en chute libre depuis plusieurs saisons.

Football : Les déboires d’Ismaïli
Ismaïli n'a remporté qu'un seul match en 13 rencontres du Championnat jusqu'à présent. (Photo : Page Facebook du club)

2002 ne remonte pas à si loin, et pourtant, c’était un monde complètement dif­férent pour les supporters d’Is­maïli ! A l’époque, les Derviches étaient sacrés champions d’Egypte pour la 3e fois de leur histoire après un coude-à-coude acharné avec les ténors cairotes et puissances clas­siques du football égyptien, Ahli et Zamalek. Le Brésil d’Egypte, comme ils étaient surnommés en référence à leur maillot jaune et short bleu, mais surtout à cause de leur jeu esthétique, avait monté un spectacle régalant contre Ahli 4-4 dans un match qui est perçu par de nombreux observateurs comme le meilleur de l’histoire du football égyptien. Les héros Mohamad Barakat, Hosni Abd-Rabbo, Ahmad Fathi, Emad Al-Nahas, Khaled Bibo et Mohamad Salah, l’un des descendants de la dynastie Abou-Greicha, ont inscrit leurs noms en lettres d’or parmi les légendes égyptiennes.

En 2021, le ballon ne tourne plus rond dans cette ville qui respire le foot. Ismaïli est dans la zone de relé­gation à la mi-saison avec 9 points seulement après 13 matchs à deux points d’avance seulement devant Wadi Degla, qui est au fond du clas­sement. C’est une équipe qui n’est que l’ombre d’elle-même n’ayant réalisé qu’une seule victoire contre Assouan le 29 décembre dernier, concédé 6 nuls et affiché 6 défaites.

Cette crise, qui secoue l’un des plus grands clubs égyptiens, n’est pas un effondrement subit mais plu­tôt une conséquence logique d’une dégringolade qui s’est étalée sur plusieurs années. « Ce qui arrive à Ismaïli c’est un vrai crime. C’est le résultat d’une énorme négligence et la présence de personnes aux com­mandes qui ne s’intéressent qu’à leurs intérêts personnels sans se soucier des millions qui supportent ce club », a dit l’ancien capitaine du club, Hosni Abd-Rabbo. Bien que les critiques de l’ancien internatio­nal des Pharaons semblent sévères, il est clair que la mauvaise gestion du club a mis l’équipe au bord du précipice.

15 entraîneurs en 5 ans

Rien que lors des dernières 5 années, l’administration a nommé 15 entraîneurs à la barre technique avec un mélange de nationalités entre Brésilien, Egyptien, Tunisien, Français, Portugais, Algérien, Serbe pour en terminer avec l’ac­tuel entraîneur bosniaque Dragan Jovic. Une valse technique qui a mis en débris tout projet de construction ou de maintenir l’iden­tité de l’équipe. « C'est clair qu’il y a une absence de vision quant à la nomination des entraîneurs, sans compter que certains ne possèdent même pas de grands CV dignes de l’équipe. L’administration ne fait pas de consultations et ne fait confiance qu’à certaines personnes seulement dans le recrutement des entraîneurs, tout comme les joueurs. Beaucoup d'arrivés n’ont conscience ni de la valeur d’Is­maïli, ni de son maillot », a dit Khaled Al-Qammach, ancien joueur et entraîneur du club. L’entraîneur Talaat Youssef avait même renoncé à son poste trois jours seulement après son annonce en décembre dernier. « Après avoir trouvé un accord sur tous les éléments, ils ont changé certains termes le lende­main, ce qui a été inacceptable pour moi. Si ça commence ainsi, qu’en sera-t-il plus tard ? », dit-il.

Ismaïli n’était pas réputé pour ses muscles financiers, mais c’était une terre fertile pour la formation de jeunes talents et l’épanouissement des joueurs. Cette ville costale avait présenté, aux cours des généra­tions, de nombreuses vedettes qui sont entrées dans la légende et sont plus récemment devenues un pro­duit d’exportation lucratif, que ce soit vers l’Europe ou même des clubs locaux. Mais à une époque où le foot est décidé par les moyens financiers, Ismaïli s’est trouvé dépassé, surtout avec l’apparition de nouvelles puissances telles que Pyramids FC, Smouha et Ceramica Cleopatra.

L’actuelle version des Derviches ne compte aucun joueur internatio­nal des Pharaons, et même la vedette de la défense de l’équipe et son capitaine, Baher Al-Mohammadi, est absent depuis le début de la saison en raison de blessure. « On avait longtemps pré­venu contre cette politique de vente de joueurs. Même si parfois il fal­lait laisser partir quelques élé­ments, mais il fallait conserver des joueurs de calibre et d’expérience pour assurer la continuité. Voilà que l’équipe est entièrement dépouillée de tous ses talents et même les nouvelles recrues ne sont pas prometteuses », affirme Ossama Khalil, ancien attaquant d’Ismaïli et d’Egypte.

Tentative de redressement

Dans l’oeil du cyclone et faisant face au spectre de relégation pour la première fois depuis 1978-1979, le président Ibrahim Osman, dernier héritier de la famille Osman qui a pour longtemps géré ce club, a fait appel aux gloires du club dans cette mission de sauvetage. L’ancien atta­quant légendaire des Pharaons, Ali Abou-Greicha, a été nommé à la tête du comité technique du club et l’ancien milieu international, Emad Soliman, a été nommé en tant que directeur sportif. « Mieux vaut tard que jamais. L’administration a bien fait de convoquer les icônes du club pour se regrouper et mener la relève de l’équipe. On voit déjà un nouvel esprit mais il y a beaucoup de tra­vail à faire », a dit Khaled Bayoumi, ancien membre du conseil d’admi­nistration d’Ismaïli et analyste spor­tif, sur son compte Twitter.

En janvier dernier, Ismaïli a consolidé son effectif en signant un contrat avec l’international ango­lais Ary Papel, ramenant de nou­veau l’attaquant tunisien expéri­menté Fakhreddine Bin Youssef, l’ancien latéral gauche d’Ahli Hussein Al-Sayed, et l’ancien milieu de Zamalek Mohamad Hassan.

Bien que les résultats ne se soient pas encore améliorés suite à une récente défaite contre Zamalek (2-1) et un nul contre Enppi (1-1) à domicile, les performances laissent à espérer à un meilleur futur. « Face à Zamalek, nous avons joué un très grand match contre une équipe qui vient de disputer la finale de la Ligue d’Afrique. Nous n’avions pas mérité cette défaite et nous n’avi­ons pas été chanceux devant les buts. La succession des matchs ne nous donne pas assez de temps pour souffler car nous avons dis­puté 4 rencontres en l’espace de 10 jours seulement ! L’équipe évolue, mais nous avons besoin de patience et de continuer notre travail », a déclaré Abou-Greicha sur le site officiel du club. On espère aussi que les danseurs de la Samba trou­veront leur rythme afin d’enchanter le public de nouveau.

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