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Tareq Moëmen : Mon rêve d’enfance de porter ce trophée a enfin été réalisé

Chourouq Chimy, Mardi, 19 novembre 2019

Tareq Moëmen, actuel numéro 3 mondial PSA, revient sur sa victoire aux Championnats du monde seniors de squash. Un sacre qui le place en bonne voie vers son prochain but : trôner au classement mondial. Interview.

Tareq Moëmen

Al-Ahram Hebdo : Que signifie pour vous le titre de champion du monde à ce moment de votre carrière ?

Tareq Moëmen : Le titre de champion du monde a aujourd’hui un goût très particulier, surtout après plusieurs tentatives de le décrocher ces dernières années. Mes résultats s’améliorent chaque année et je me sens plus proche de mon but qui est d’être numéro un mondial. Lors de la dernière édition 2018, j’ai terminé finaliste, alors que cette année, j’ai réussi à gagner la finale avec plus d’expérience et de maturité en plein court. J’ai gagné de nombreux titres de catégories Silver et Gold, mais remporter les Championnats du monde individuels est ma première victoire en catégorie Platinium. Mon rêve d’enfance de porter ce trophée a enfin été réalisé. Déjà, quand j’étais junior en squash, je voulais remporter le titre de champion du monde junior, mais je n’ai pas réussi à cause de la suprématie de mon merveilleux compatriote et ex-joueur de squash, Rami Achour.

— Comment décrivez-vous votre parcours lors de ces Championnats du monde individuels seniors ?

— Tout au long de la compétition, j’ai joué sous une très forte pression. Je voulais à tout prix gagner le titre, car je voyais qu’il était temps de le faire. Mais je n’ai pas eu de tirage au sort facile. Au premier tour, j’ai joué contre l’Allemand Raphael Kendra, actuel n° 25 mondial. D’habitude, on rencontre à ce stade de la compétition des joueurs beaucoup moins qualifiés. Alors j’ai dû jouer avec toute ma concentration et j’ai gagné sur le score de 3 à 1. Ensuite en 16es de finale, j’ai joué contre mon compatriote Mazen Hicham, 19e joueur mondial qui est très fort. A mon avis, Mazen est actuellement le joueur le plus doué du circuit de squash. C’est un cauchemar pour n’importe quel adversaire. Son seul point faible est parfois de perdre sa concentration, ce qui lui fait commettre quelques erreurs. Mais il est encore jeune et j’ai dû faire beaucoup d’effort en plein court pour le battre. Arrivé en 8es de finale, j’ai joué le plus difficile match de la compétition contre le Qatari Abdallah Al-Tamimi, actuel 47e mondial. En réalité, son classement mondial ne reflète pas son talent. Il a arrêté le jeu pour un certain temps à cause d’une blessure et est de retour aujourd’hui avec beaucoup de force. Le mois dernier, je l’ai difficilement battu sur le score de 3 à 2 lors de l’Open des Etats-Unis. Lors des Championnats du monde, il était sur le point de me battre, mais j’ai redoublé d’efforts pour gagner sur le score de 3 à 1. En quarts de finale, j’ai rencontré le joueur de Pérou, Diego Elias. Un jeune très talentueux, mais vu que j’avais un jour de repos avant son match, j’ai pu le battre sur le score de 3 à 0. En demi-finale, j’ai rencontré l’Allemand Simon Rosner, actuel n° 6 mondial, très expérimenté. On a beaucoup joué ensemble et on connaît par coeur nos techniques de jeu. Voilà pourquoi, notre match était un long marathon d’une heure qui s’est terminé sur le score de 3 à 1 en ma faveur. En finale, j’ai joué contre le Néo-Zélandais Paul Coll, actuel n° 5 mondial. On l’appelle le superman du squash. Il possède une très forte condition physique. C’était vraiment dur pour moi d’affronter un joueur pareil après ce long parcours dans la compétition. Je me suis dit que la seule solution était de faire mon maximum pour remporter le premier set en vue de lui faire perdre un peu de confiance. J’ai gagné le premier set et puisqu’il était un peu fatigué, j’ai profité pour le battre rapidement sur le score de 3 à 0. En finale, un large public égyptien est venu me soutenir. Un grand encouragement qui m’a vraiment facilité la tâche.

— Comment cette grande et première victoire va-t-elle influencer votre classement mondial, actuellement à la 3e place ?

— En ce qui concerne mon classement mondial, que ce soit volontairement ou non, j’avance lentement. Pas à pas, je suis devenu le n° 3 mondial et je ne crois pas que c’est une mauvaise affaire. Car mes pas étaient lents mais sûrs. Ces dernières années, j’ai obtenu des résultats et une performance très stable. Parfois, des joueurs montent en flèche mais tombent aussi rapidement. D’ailleurs, mon classement va être positivement influencé. C’est vrai qu’un grand écart de points me sépare actuellement des deux premiers du classement mondial, les Egyptiens Ali Farag et Mohamad Al-Chorbagui, respectivement n° 1 et 2 mondial, mais il me reste 2 ou 3 tournois que je dois gagner. Je pourrais les dépasser si jamais je me maintiens à mon niveau de jeu actuel. Le vrai problème est que Farag et Al-Chorbagui sont aussi des joueurs très stables et très forts. Ils feront de leur mieux pour garder leurs places au sommet pour longtemps.

— Certains joueurs sont satisfaits en remportant le titre de champion du monde une seule fois, laissant leurs noms dans la mémoire du squash. Qu’en pensez-vous ?

— Dès mon enfance, j’avais pour but de remporter ce prestigieux titre. Mais désormais, mes buts et mes plans ont complètement changé. J’ai d’autres rêves qui sont de pouvoir remporter ce titre plusieurs fois. Je n’arrête pas de me fixer des objectifs et une fois atteints, je cherche à en réaliser d’autres. Quand j’aurai arrêté de jouer, je posséderai une longue liste de victoires.

— Etre parmi le top 3 signifie que vous avez un jeu exceptionnel. Quels sont vos points forts, mais aussi les points faibles que vous souhaitez améliorer ?

— En squash, il y a deux genres de joueurs. Ceux qui possèdent un vrai talent en squash et d’autres qui misent essentiellement sur leur rapidité et leurs fortes conditions physiques en fatiguant leurs adversaires sur le court. Normalement, les joueurs égyptiens sont plus doués techniquement en squash tandis que les étrangers dépendent de leurs performances physiques. Pour moi, je crois que je suis l’un des rares joueurs qui excellent en squash et en même temps je suis très rapide. Je joue toujours avec une tactique d’attaque et mes volées sont très rusées. Je peux aussi supporter les longs matchs sans me fatiguer facilement. Une combinaison qui n’existe pas chez la majorité des joueurs. Mon point faible, c’est toujours un problème de concentration. Je travaille à gommer ce défaut depuis longtemps et je crois que j’ai beaucoup réussi à l’améliorer.

Tareq Moëmen

— Au début du mois de décembre, vous allez figurer parmi les joueurs de la sélection égyptienne qui disputeront les Championnats du monde par équipe. Selon vous, quelle est la chance de l’Egypte ?

— On possède une grande chance de gagner surtout qu’on est le tenant du titre et le favori n° 1 de cette compétition. Notre équipe comprend Ali Farag, n° 1 mondial, Karim Abdel-Gawad, n° 4, et moi-même, le n° 3 mondial, ainsi que le remplaçant Mohamad Aboul-Ghar, n° 8 mondial. Nous sommes les meilleurs du classement mondial en comparaison avec les autres pays qui possèdent un ou deux joueurs au top 10. Mais il y a toujours des sélections à craindre comme l’Angleterre, notre classique adversaire en championnats par équipe, qui rassemble des joueurs très expérimentés. Les sélections de l’Allemagne et de la France possèdent aussi de forts joueurs. En outre, Amir Waguih, le sorcier du squash, va nous accompagner comme directeur technique. C’est un entraîneur qui porte bonheur aux équipes égyptiennes. Et c’est grâce à lui que la sélection junior a réalisé de nombreuses victoires quand elle était sous sa direction.

— Vous êtes marié avec Ranim Al-Welili, actuelle n° 1 mondiale dames. Quel est son rôle dans votre carrière en squash ?

— La présence de Ranim dans ma vie est très importante. La vie n’est pas toujours belle et faite de victoires. Il y a des périodes très difficiles en squash où j’échoue parfois à atteindre mes objectifs. Ranim est la seule qui peut transformer l’impossible en possible pour moi. J’ai toujours besoin de ses conseils et de son soutien. Elle m’a accompagné lors de cette compétition avec mon staff technique : Haytham Effat, mon directeur technique, et Samir Al-Degwi, mon entraîneur physique.

— Comment voyez-vous l’avenir de l’Egypte en squash. Pourra-t-elle maintenir sa place au sommet pour longtemps ?

— Avec une simple lecture de l’âge des joueurs égyptiens au top 20, il y a beaucoup de joueurs de différentes catégories d’âges. Moi, j’ai 31 ans et il y a un grand nombre de joueurs, tels Marwan Al-Chorbagui, Mohamad Aboul-Ghar et Fares Al-Dessouqi qui sont moins âgés que moi de 6 ou 7 ans. Il y a aussi des talents exceptionnels comme Moustapha Assal en juniors. Cependant, après 10 ans, je pense qu’on va commencer à diminuer, car on ne possède pas le nombre de joueurs talentueux qu’on avait auparavant. Les autres pays, en revanche, travaillent énormément pour former de futures générations très fortes en squash. La solution serait que l’Egypte accorde plus d’attention aux jeunes joueurs pour qu’elle reste toujours au sommet.

L’amour tout court

Tareq Moëmen

Tareq Moëmen a dédié sa victoire à sa femme Ranim Al-Welili, numé­ro 1 mondiale dames. Moëmen et Al-Welili sont le seul couple sur le circuit du squash. Ils ont remporté plusieurs titres prestigieux. Lui est champion du monde 2019, et elle championne du monde 2018. « Je suis actuellement numéro 3 au classement mondial. Mon objectif à présent est d’occuper la tête du classement », a déclaré Moëmen après sa victoire.

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